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Quatrième fils du duc et cinquième de ses sept enfants, Ludovic avait toujours été le préféré de sa mère, Bianca-Maria Visconti. La duchesse aimait son esprit souple, sa culture, sa passion des arts et de la beauté sous toutes ses formes. Elle était fière aussi de sa prestance, de son visage brun aux yeux vifs, aux traits accusés, au grand nez busqué. C’était le peuple qui l’avait surnommé le More, un peu à cause de son teint basané, beaucoup à cause de ses armes qui représentaient un mûrier (moro en italien). Mais elle n’imaginait certainement pas la puissance de l’ambition qui dévorait son fils.

À peine son père mort et son frère aîné monté sur le trône ducal, Ludovic commence à tisser sa toile. Galéas est un prince raffiné et somptueux mais arrogant et d’une folle cruauté. Sa mère le gêne. Elle disparaît et l’on parle de poison à mots couverts. De ce jour Ludovic jure la perte de son frère. C’est lui pourtant qui vient, en France, chercher Bona de Savoie, la fiancée qu’on lui destine et qui est sœur de la reine de France. Mais il la juge vite : une sotte qu’il sera facile d’éliminer quand le temps en sera venu.

À Milan, le peuple est excédé des cruautés de Galéas. Au lendemain de Noël 1476, il est assassiné. C’est son fils, Jean-Galéas, qui monte sur le trône : il n’a que huit ans. Dès lors l’astre de Ludovic va monter : il commence par éliminer un vieux chancelier gênant, se débarrasse de Bona en la jetant dans les bras d’un sculpteur qu’elle voulut suivre en exil, ce qui lui valut d’être enfermée jusqu’à la fin de ses jours. Ludovic devient régent pour un neveu qu’il finira par empoisonner.

Or, le jeune duc et lui-même s’étaient mariés avec les deux sœurs : Isabelle d’Este avait épousé Jean-Galéas et la jeune Béatrice était devenue l’épouse de l’oncle. À la mort de son jeune époux, Isabelle ne supporta pas de voir monter sur le trône – et avec quel éclat ! – celui qu’elle considérait à juste titre comme un assassin. Elle s’en va porter sa plainte aux pieds du roi Charles VIII de France qui, depuis quelque temps, foule le sol italien en marche sur Rome. Elle n’en obtient rien : le roi de France tenait à garder de bonnes relations avec le fastueux duc de Milan dont la cour était peut-être la plus brillante d’Europe grâce au génie qui en réglait les fêtes et y bâtissait des merveilles : Léonard de Vinci.

Mais, Charles VIII mort, son cousin Louis XII reprenait le chemin de l’Italie avec, cette fois, pour objectif Milan. Sa mère était en effet une Visconti et fille du dernier duc de ce nom chassé par les Sforza. La bataille de Novare devait être fatale à Ludovic le More. Son armée débandée, il tenta de fuir en Suisse, fut reconnu et livré à Louis XII qui l’envoya en prison en France.

D’abord au château de Lys-Saint-Georges en Berry où il devait rester quatre ans, puis à Loches où, dans le Martelet, on l’enferma. Sa prison, plus longue que large, avec une voûte basse, avait assez la forme d’un coffret éclairé par une étroite fenêtre creusée dans le mur énorme. Ludovic y resta deux ans, occupant son temps à peindre les murs de sa prison à l’aide de couleurs et de pinceaux qu’on lui avait accordés. On peut encore y voir, peints de sa main, ses armes – le fameux mûrier –, un casque et aussi une sorte de signature « Celuy qui n’est pas contan… ».

Il l’était si peu qu’il tenta de fuir, caché dans une charrette de foin, mais, sans complicité et sans aide, il fut trahi par son aspect et son accent italien prononcé, et repris. Il en fut presque soulagé car il avait de moins en moins envie de vivre, surtout depuis la mort de Béatrice, la jeune femme qu’il avait profondément aimée.

En 1506, apprenant que la santé de son prisonnier s’était délabrée, Louis XII lui rendit la liberté. Mais le superbe duc de Milan n’était plus qu’un vieillard rongé par la maladie. Lorsque s’ouvrirent devant lui les lourdes portes de sa prison et qu’il vit s’étendre sous le grand soleil, la campagne lochoise, l’air libre, la joie fut trop forte pour son organisme usé : il s’écroula… mort !

Un autre prisonnier célèbre allait connaître, plus tard, les délices de Loches : le comte de Saint-Vallier, père de Diane de Poitiers, compromis dans le complot du connétable de Bourbon contre François Ier. On sait comment celle qui était devenue Mme de Brézé obtint, non pas seule mais avec son mari, la grâce d’un père turbulent. Grâce qu’on ne lui fit payer que d’un sourire, contrairement à la légende lancée par Victor Hugo qui, Dieu sait pourquoi, n’aimait pas François Ier !

La Révolution se cassa les dents sur les vieilles pierres. L’Empire s’en servit de nouveau comme prison. Notre siècle a fait de Loches ce qu’il ne cessera plus d’être : un superbe et très émouvant témoin des siècles passés.

HORAIRES D’OUVERTURE

Du 2 janvier au 31 mars 9 h 30-17 h Du 1er avril au 31 mars 9 h-19 h Du 1er octobre au 31 décembre 9 h 30-17 h

Fermé le 25 décembre et le 1er janvier.

Le château abrite le tombeau d’Agnès Sorel, favorite de Charles VII.

http://www.chateau-loches.fr/

Louveciennes

La comtesse du Barry

La Beauté ne se discute pas ; elle règne de droit divin.

Oscar WILDE

Le 2 septembre 1771, Mme du Barry, favorite comblée d’un Louis XV déjà vieillissant, pend la crémaillère de sa nouvelle maison de Louveciennes. Un fabuleux souper, que président côte à côte la maîtresse de céans et son royal amant, réunit tout ce que la cour compte de grand dans une demeure exquise mais que l’on peut alors juger d’avant-garde car elle est l’une des toutes premières expressions de ce qui va être le style Louis XVI.

Ledoux est l’architecte de la merveille, Fajou le sculpteur, Gouthière le bronzier et Vien le peintre décorateur. Mais à force de vouloir innover, Mme du Barry a fait une bêtise, commis une faute de goût comme n’en aurait pas commis la Pompadour car elle a préféré Vien à Fragonard. Peut-être l’élu s’est-il montré plus souple, plus aimablement courtisan que l’enfant terrible de la peinture de l’époque ?

Quoi qu’il en soit, la belle comtesse inaugure sa maison en compagnie d’une foule d’amis où les femmes n’ont pas la majorité. Elle goûte là le plus doux triomphe de sa jeune vie. Un triomphe qui est l’aboutissement de deux années d’efforts, de plans et de plâtras.

C’est, en effet, en 1769 que le roi lui a donné Louveciennes « pour en jouir sa vie durant ». Ce n’était alors qu’une demeure assez simple, bâtie au siècle précédent pour Arnold de Ville, constructeur de la machine de Marly. En un siècle, elle était passée par plusieurs mains : Mlle de Clermont, la comtesse de Toulouse, son fils, le très pieux et très généreux duc de Penthièvre ; enfin le fils de celui-ci, le prince de Lamballe, époux de la fidèle amie de la reine Marie-Antoinette, qui devait y mourir trop jeune dans d’affreuses conditions.

Cet événement ayant eu lieu le 6 mai 1768, c’est-à-dire quelques mois avant que Mme du Barry ne devienne propriétaire de Louveciennes, celle-ci s’était hâtée d’en effacer les traces. L’architecte Gabriel reçut l’ordre de remettre la maison en état et de tout redécorer mais, ayant constaté qu’à la réflexion elle était un peu petite pour une vie de cour, même aux champs, la favorite décida de faire construire par Ledoux le fameux pavillon qui ne devait comporter que des pièces de réception.

Pendant trois ans, Louveciennes va être, pour le roi et pour la jolie Jeanne, le lieu de toutes les délices mais de délices singulièrement bourgeoises et qui n’avaient pas grand-chose à voir avec celles de Sodome et Gomorrhe : la comtesse y menait la vie d’une jeune femme élégante aux champs, le roi celle d’un gentilhomme qui aimait à préparer lui-même son café.