À la réception au château d’Angers, les Montsoreau sont invités. La reine Catherine est heureuse de revoir son ancienne suivante, et Bussy, pour sa part, trouve que cette Françoise est bien belle. Mais son époux et elle ne se quittent pas, même à la chasse.
Cela donne une idée à Bussy. Le roi a besoin d’un grand veneur. Pourquoi ne prendrait-il pas Montsoreau qui est d’assez grande maison pour occuper le poste et qui est un véritable Nemrod ? Il en parle au duc d’Anjou qui obtient sans trop de peine la charge pour son fidèle ami.
Un an plus tard, Bussy est de retour en Anjou, presque en disgrâce. C’est l’été et, comme il s’ennuie dans son château des Ponts-de-Cé, il songe à rendre visite à Françoise qu’il n’a pas oubliée, loin de là. Il se rend à Montsoreau mais elle n’y est pas. Il faut aller à la Coutancière et c’est là qu’il la retrouve.
Françoise est souvent seule, Charles étant retenu à la cour par sa charge. Elle trouve plaisir aux visites de Bussy et finalement tombe dans ses bras.
Montsoreau n’en aurait peut-être jamais rêvé si Bussy, cédant à une assez vilaine vanité masculine, n’avait écrit à son ami de Thou le billet suivant :
« J’ai tendu des rêts à la biche du grand veneur et je la tiens dans mes filets. »
Ravi de l’histoire, M. de Thou montre la lettre au roi. Henri III apprécie beaucoup son grand veneur et garde une dent à Bussy qui fut autrefois de ses amis. La vengeance est là et il ne s’en prive pas : il prévient Montsoreau.
Fou de rage, celui-ci galope chez lui et fait sentir à sa femme le poids de sa colère. Puis il dicte ses volontés : elle va donner rendez-vous à son amant pour la nuit suivante qui est celle du 19 août. Françoise obéit et accueille Bussy comme si de rien n’était. Mais Montsoreau est là aussi, avec douze hommes.
Ce fut l’un des duels les plus épiques de l’Histoire. Seul contre tous, Bussy trouva moyen de tuer quatre adversaires et d’en mettre trois hors de combat avant de tomber, assommé par un pommeau d’épée.
La belle Françoise ne reparut pas à la cour où on lui reprochait d’avoir trahi, non son mari, mais son amant qu’elle avait laissé tuer. Elle n’en reprit pas moins la vie commune avec Charles et vécut avec lui une vie désormais sans histoire… en compagnie de six enfants qu’elle lui donna en signe de repentance.
Après être passé dans d’autres mains, le château abrite actuellement le musée des Goums et des souvenirs de la pacification du Maroc. Il appartient au département de Maine-et-Loire.
HORAIRES D’OUVERTURE
Mars
14 h-18 h
(les samedis et dimanches) Du 1er au 27 avril 14 h-18 h Du 28 avril au 30 septembre 10 h-19 h Du 1er octobre au 11 novembre 14 h-18 h
http://www.chateau-montsoreau.com/
Nantes
La mort de Gilles de Rais
Il faut prier car c’est l’heure du Prince du Monde.
Le 15 septembre 1440, une forte troupe de soldats du duc de Bretagne se présente à la barbacane du château de Machecoul à une dizaine de lieues de Nantes. À leur tête le capitaine d’armes Jean Labbé, assisté du notaire Robin Guillaumet agissant au nom de Mgr Jean de Malestroit, évêque-chancelier de Bretagne. C’est un déploiement de forces impressionnant car il s’agit d’arrêter l’un des plus hauts seigneurs du royaume : Gilles, seigneur de Rais et d’une foule d’autres fiefs, maréchal de France, ancien compagnon de Jeanne d’Arc, sur lequel pèse une terrible accusation de crimes multiples accompagnés de sodomie.
Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, Gilles se laisse arrêter sans tenter le moindre effort pour se défendre. Il est las, peut-être, du monde de ténèbres et d’horreur dans lequel il vit depuis bientôt neuf ans… depuis que Jeanne est montée sur le bûcher de Rouen. Privé de l’ange, il s’est tourné vers le diable.
On le ramène à Nantes et on l’enferme dans la tour du Bouffay, l’une des plus fortes du château. Le procès qui s’ouvre peu après découvre un monde d’horreur : quelque trois cents petits garçons ont été égorgés dans les différents châteaux de Gilles : à Champtocé, à Tiffauges, à Machecoul, à Bourgneuf, après avoir servi aux plaisirs contre nature du monstre. Les derniers de ces enfants ont, de plus, été sacrifiés au cours d’évocations diaboliques.
Les juges, peu sensibles pourtant à cette rude époque, voient défiler devant eux la navrante cohorte des parents des petites victimes que la peur ne bâillonne plus. Tout est découvert, des orgies nocturnes, des affreuses débauches dans lesquelles l’homme s’est vautré avec délices. Avec lui seront jugés ses complices, des serviteurs trop zélés et surtout un certain Italien, du nom de François Prelati, son mauvais génie qui, durant des mois, l’a berné en prétendant avoir un commerce régulier avec Satan.
Devant les juges, Gilles de Rais tout d’abord a nié, opposant son orgueil, son mépris, son grand nom à ses accusateurs. Mais soudain, c’est le coup de théâtre : on vient de l’excommunier et, devant ce qu’il pense être le prélude de la damnation éternelle, il « craque ». Son revirement est éclatant, démesuré comme tout ce qui lui est propre. Il avoue tous ses crimes et, au milieu d’un torrent de larmes, il implore le pardon de ceux qui ont eu à souffrir de lui. Et ce repentir est si sincère, si visiblement venu des profondeurs secrètes de l’âme, qu’au jour de sa mort ceux qui prieront pour lui avec le plus de ferveur seront ceux-là mêmes dont il a tué les enfants.
Le 26 octobre, Gilles de Rais et deux de ses complices sont tirés du château et conduits au supplice sur la place du Bouffay. Une immense procession à laquelle participe même sa femme, Catherine de Thouars, vêtue de blanc – elle n’a pas connu beaucoup de bonheur avec Gilles et vit séparée de lui depuis plusieurs années –, mène les condamnés vers le lieu du supplice. Gilles de Rais, très droit, les yeux au ciel, marche à la mort en chantant des cantiques. Quelques minutes encore et on lui passe la corde au cou puis on allume le bûcher dressé sous la potence.
Le corps sera retiré du brasier avant d’être consumé et remis à la famille qui l’enterre dans l’une des églises de Nantes : Notre-Dame-du-Mont-Carmel. À l’emplacement du bûcher, Marie de Rais, fille de Gilles, fit élever quelques années plus tard un monument expiatoire que les Nantais appelaient le monument de Barbe-Bleue.
Des salles où se déroula le procès, il ne reste rien. Vingt-six ans plus tard, le duc François II de Bretagne décidait de faire reconstruire son château et faisait élever par Mathelin Rodier – qui est aussi l’architecte de la cathédrale – le superbe logis que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Le duc François y épousait, en 1471, Marguerite de Foix qui devait lui donner son unique enfant : cette petite duchesse Anne qui est apparue jusqu’à nos jours comme le symbole même de la Bretagne.
Duchesse en titre, Anne le devient en 1488 à la mort de son père : elle a alors douze ans. Mais elle ne manque pas de prétendants : entre autres son cousin Alain d’Albret et surtout l’empereur d’Allemagne Maximilien à qui on la fiance en 1491. Mais le mariage prévu inquiète le jeune roi Charles VIII de France et plus encore sa sœur qui fut régente. Anne de Beaujeu1 conseille à son frère d’épouser lui-même la jeune duchesse et c’est ce qui se produira le 16 décembre suivant au château de Langeais.