Anne demeurait souveraine et, après la mort de Charles, elle revint à Nantes. Pas pour longtemps : en 1499, dans la chapelle aujourd’hui détruite, Anne épouse le successeur de son mari, Louis XII, et devient reine de France pour la seconde fois. Mais avec elle s’éteint la réalité de la souveraineté de la Bretagne rattachée désormais à la France.
Par quatre fois, François Ier, époux de Claude de France, fille et héritière d’Anne de Bretagne, séjourne à Nantes en 1518, 1520, 1522 et, enfin, en 1532 où le rattachement de la Bretagne à la France est solennellement proclamé au château de Nantes.
Le château désormais servira surtout quand les rois viendront en Bretagne mais, à partir de 1592, quand les travaux de défense ordonnés par le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, s’achèvent, le château va tourner de plus en plus à la prison d’État. Vit-on jamais plus belles et plus solides murailles ? Lorsque Henri IV, l’ancien adversaire du duc de Mercœur, vint à Nantes, après la réconciliation des Ponts-de-Cé, il ne cacha pas son admiration :
« Ventre-saint-gris ! s’écria-t-il, ces ducs de Bretagne n’étaient pas de petits compagnons ! »
C’est à Nantes, d’ailleurs, qu’il promulgue le fameux édit réconciliateur que la sottise de Louis XIV, poussé par Mme de Maintenon, révoquera un jour, privant ainsi la France d’une part non négligeable de sa population et assurant définitivement la réputation de l’horlogerie suisse.
Si superbes que soient les murs, on peut tout de même s’en évader. Témoin le cardinal de Retz, le trublion de la Fronde, que l’on y enferma en 1654. Prison assez douce si l’on en croit les Mémoires du joyeux cardinal :
« Tout le monde me voyait. On me cherchait même tous les divertissements possibles ; j’avais presque tous les soirs la comédie. Toutes les dames s’y trouvaient. Elles y soupaient souvent. »
Pourtant, il n’est si bonne prison qui ne se quitte si l’on en a la possibilité. Le 8 août 1654, en plein jour – il est cinq heures de l’après-midi –, deux des domestiques du cardinal, Rousseau et Vacherot, descendent leur maître le long de la muraille au moyen d’une corde, d’une sangle et d’un bâton passé entre les jambes. Ce faisant, d’autres sont chargés d’amuser les sentinelles. Mais ils n’auront guère de peine à se donner grâce à certain dominicain qui choisit de se noyer dans les douves au moment où Monseigneur effectue sa descente. Sautant alors à cheval, le cardinal pique des deux mais il est mauvais cavalier et le cheval qu’on lui a trouvé en réclame justement un bon. Il se cabre et Retz, vidant les étriers, s’en va donner de l’épaule contre l’angle d’une porte cochère. La douleur est violente mais il ne faut pas s’attarder. Et il racontera plus tard qu’au cours de cette première chevauchée il a dû se tirer les cheveux pour s’empêcher de perdre connaissance.
En septembre 1661, Louis XIV réunit à Nantes les États de Bretagne. Le roi a convoqué son surintendant des Finances, Fouquet le Magnifique, dont il n’a pas encore digéré la fête fabuleuse qu’il lui offrit au château de Vaux-le-Vicomte. Au sortir d’un entretien avec le roi qui réside au château, Fouquet est arrêté par d’Artagnan, capitaine-lieutenant des Mousquetaires, enfermé dans un carrosse et ramené au château de Vincennes où il attendra que s’ouvre son procès.
Autres prisonniers, les nobles bretons convaincus d’avoir conspiré contre le Régent avec le prince de Cellamare, ambassadeur d’Espagne. L’arrêt a été rendu le 26 mars 1720 et porte que « les sieurs de Guer de Pontcallec, de Montlouis, de Talhouët et du Couedic, prisonniers es prison du chasteau de ceste ville de Nantes, atteints et convaincus de crimes de lèse-majesté et de félonie sont condamnés d’avoir la teste tranchée sur un échafaud qui sera dressé à cet effet dans la place publique de ceste ville de Nantes ». La place publique en question c’est cette même place du Bouffay qui vit mourir Gilles de Rais. Les quatre gentilshommes bretons ne sont pas, eux, des assassins. Ils sont seulement des braves gens qui ont cru rendre à la Bretagne ses droits et libertés. Ils appartenaient à la meilleure noblesse du pays et surent mourir dignement.
Les prisons de Nantes verront d’autres prisonniers, bien sûr, mais le dernier qu’il faut évoquer ici est une femme singulièrement attachante : elle se nomme Marie-Caroline, elle est duchesse de Berry et elle a tenté d’arracher le trône de France à son oncle le roi Louis-Philippe au bénéfice de son fils, le petit duc de Bordeaux. Cachée à quelques pas du château dans la maison des demoiselles du Guiny, la duchesse a été trahie par un certain Simon Deutz, un misérable à qui l’on tendra son salaire avec des pincettes. Elle eût peut-être échappé si un gendarme n’avait eu l’idée de faire du feu dans une cheminée derrière laquelle elle se tenait cachée avec trois amis. Il fallut se livrer… ou brûler.
Restauré en 1881, le château a été cédé par l’État à la ville de Nantes qui y abrite plusieurs musées.
HORAIRES D’OUVERTURE
Cour et remparts (en accès libre) :
Tous les jours de 10 h à 19 h
(9 h-20 h en juillet et août)
Intérieurs du château, musée et exposition :
Tous les jours de 10 h à 18 h, sauf le lundi (10 h-19 h en juillet et août)
Fermé le 1er janvier, le 1er mai, le 1er novembre et le 25 décembre.
http://www.chateau-nantes.fr/
1- Voir Amboise.
Nérac
Un roi, une reine et une coquette
Il y a des femmes dont l’infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari.
Vers la fin de l’année 1578, la reine mère, Catherine de Médicis, se prend à penser qu’il serait peut-être bon, pour la paix des familles et le bien du royaume, de tenter un rapprochement entre sa fille Marguerite – plus connue sous le nom de Margot – et son gendre Henri de Navarre, chef des protestants et plus connu sous les sobriquets du Béarnais ou du Vert-Galant. Ces deux-là sont mariés depuis bientôt six ans et n’ont pratiquement jamais vécu ensemble. Il est vrai que la Saint-Barthélemy, en se déchaînant quelques jours après leurs noces, n’était pas faite pour arranger les choses, mais à présent elles sont en plus mauvais état encore : retranché dans sa Navarre, Henri est en guerre ouverte contre son beau-frère, le roi Henri III. Pour une raison fort légitime d’ailleurs : on ne lui a jamais payé la dot de sa femme.
Catherine décide donc de ramener Marguerite à son époux et, dans cette intention, entreprend le voyage de Nérac où le Béarnais tient le plus volontiers sa cour. C’est que le château des bords de la Baïse est sans doute, avec ses jardins et ses allées nombreuses, le plus charmant qui soit. Une autre Marguerite jadis – Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier – en avait fait sa résidence préférée après son mariage avec le roi de Navarre. Et Jeanne d’Albret elle-même, la sévère Jeanne, mère d’Henri, était sensible à la grâce de cette jolie demeure. On peut supposer que Margot s’y plaira.
Mais comme Catherine connaît son gendre sur le bout du doigt, elle prend la précaution d’entourer la reine de Navarre de quelques-unes des plus jolies filles de son fameux Escadron volant. Et le stratagème réussit. Non seulement Henri accueille sa femme avec un plaisir apparent mais il reçoit sa « bonne mère » avec toute la courtoisie désirable et se hâte d’oublier la politique pour se lancer à l’assaut des jolis jupons parisiens.