Выбрать главу
Avant de m'effondrer sur un banc de jardin Où je m'endors, je me retrouve deux heures plus loin.
Une cloche tinte dans l'air serein Le ciel est chaud, on sert du vin, Le bruit du temps remplit la vie; C'est une fin d'après-midi.
L'aube grandit dans la douceur Le lait tiédit, petites flammes Vibrantes et bleues, petites sœurs Lait gonflé comme un sein de femme
Et le bruit du percolateur Dans le silence de la ville; Vers le Sud, l'écho d'un moteur Il est cinq heures, tout est tranquille.

J'ai toujours eu l'impression que nous étions proches, comme deux fruits issus de la même branche. Le jour se lève au moment où je t'écris, le tonnerre gronde doucement; la journée sera pluvieuse. Je t'imagine te redressant dans ton lit. Cette angoisse que tu ressens, je la ressens également.

La nuit nous abandonne,

La lumière délimite

À nouveau les personnes,

Les personnes toutes petites.

Couché sur la moquette, j'observe avec résignation la montée de la lumière. Je vois des cheveux sur la moquette; ces cheveux ne sont pas les tiens. Un insecte solitaire escalade les tiges de laine. Ma tête s'abat, se relève; j'ai envie de fermer vraiment les yeux. Je n'ai pas dormi depuis trois jours; je n'ai pas travaillé depuis trois mois. Je pense à toi.

Quand la pluie tombait en rafales Sur notre petite maison Nous étions à l'abri du mal, Blottis auprès de la raison.
La raison est un gros chien tendre Et c'est l'opposé de la perte Il n'y a plus rien à comprendre, L'obéissance nous est offerte.
Donnez-moi la paix, le bonheur, Libérez mon cœur de la haine Je ne peux plus vivre dans la peur, Donnez-moi la mesure humaine.
Il existe un pays, plutôt une frontière, Où la lumière est douce et pratiquement solide Les êtres humains échangent des fragments de lumière, Mais ils n'ont pas la moindre appréhension du vide.
La parabole du désir Remplissait nos mains de silence Et chacun se sentait mourir, Nos corps vibraient de ton absence.
Nous avons traversé des frontières de craie Et le second matin le soleil devint proche Il y avait dans le ciel quelque chose qui bougeait, Un battement très doux faisait vibrer les roches.
Les gouttelettes de lumière Se posaient sur nos corps meurtris Comme la caresse infinie D'une divinité – matière.
Les couleurs de la déraison, Comme un fétiche inachevé Définissent de nouvelles saisons, L'inexistence remplit l'été.
Le soleil du Bouddha tranquille Glissait au milieu des nuages Nous venions de quitter la ville, Le temps n'était plus à l'orage.
La route glissait dans l'aurore Et les essuie-glaces vibraient, J'aurais aimé revoir ton corps Avant de partir à jamais.
Dehors il y a la nuit La violence, le carnage Viens près de moi, sans bruit, Je distingue une image Mouvante.
Et les contours se brouillent, La lumière est tremblante Mon regard se dépouille Je suis là, dans l'attente, Sereine.
Nous avons traversé Des époques de haine, Des temps controversés Sans dimension humaine
Et le monde a pris forme, Le monde est apparu Dans sa présence nue, Le monde.

LA LONGUE ROUTE DE CLIFDEN

À l'Ouest de Clifden, promontoire Là où le ciel se change en eau Là où l'eau se change en mémoire Tout au bord d'un monde nouveau
Le long des collines de Clifden, Des vertes collines de Clifden, Je viendrai déposer ma peine.
Pour accepter la mort il faut Que la mort se change en lumière Que la lumière se change en eau Et que l'eau se change en mémoire.
L'Ouest de l'humanité entière Se trouve sur la route de Clifden Sur la longue route de Clifden Où l'homme vient déposer sa peine Entre les vagues et la lumière.
Montre-toi, mon ami, mon double Mon existence est dans tes mains Je ne suis pas vraiment humain Je voudrais une existence trouble
Une existence comme un étang, comme une mer Une existence avec des algues Et des coraux, et des espoirs, et des mondes amers Roulés par la pureté des vagues.
L'eau glissera sur mon cadavre Comme une comète oubliée Et je retrouverai un havre, Un endroit sombre et protégé.
Avalanche de fausses raisons Dans l'univers privé de sens, Les soirées pleines de privation, Les murailles de la décadence.
Comme un poisson de mer vidé, J'ai donné mes organes aux bêtes Mes intestins écartelés Sont très loin, déjà, de ma tête.
La chair fourmille d'espérance Comme un bifteck décomposé, Il y aura des moments d'errance Où plus rien ne sera imposé.
Je suis libre comme un camion Qui traverse sans conducteur Les territoires de la terreur, Je suis libre comme la passion.

POÈME À MARIE-PIERRE

La clarté paraît dangereuse Et les femmes ont rarement besoin D'être satisfaites de leur sexe, Évidemment.
L'avantage d'avoir des organes sexuels internes, Je le lis avec clarté dans ton regard Au demeurant presque innocent. Tu attends ou tu provoques, Mais au fond tu attends toujours Une espèce d'hommage Qui pourra t'être donné ou refusé, Et ta seule possibilité en dernière analyse est d'attendre. Pour cela, je t'admire énormément.
En même temps tu es si faible et si soumise, Tu sais qu'une quantité excessive de sueur diminuera le [désir Que je suis seul à pouvoir te donner Car tu n'en veux pas d'autre, Et tu as besoin de ce désir. Pour cela, aussi, je t'admire énormément.