L'Éternité en pension complète,
Découverte individuelle du pays
Soirée disco où les corps s'achètent,
Mais pas d'assurance pour la nuit.
Je suis en système libéral
Comme un loup dans un terrain vague,
Je m'adapte relativement mal
J'essaie de ne pas faire de vagues.
Certains soirs, je nourris l'idée
Que j'ai des amis quelque part
C'est difficile de décider
Que pour la vie, il est trop tard.
Je suis au milieu des vacances
Comme un acteur sans scénario,
Mais je sais que les autres dansent
Et qu'ils se filment en vidéo.
Les êtres établissent une distance
Qui est prétexte à la franchir;
Ainsi, dans la soirée, ils dansent;
Transpiration et repentir.
Je me sens cloué sur ma chaise
Comme un ver blanc trop bien nourri;
Pourtant les femmes sentent la fraise
Le réséda, le patchouli.
Je me tortille et je me voûte,
J'attends la gifle du destin;
Comme un chien qui cherche sa croûte,
Je flaire les parfums féminins.
La soirée se prolonge et crève,
Je vais reprendre un Mogadon
Pour aller au pays des rêves:
La nuit, je quitte ma prison.
SÉJOUR-CLUB
Le poète est celui qui se recouvre d'huile
Avant d'avoir usé les masques de survie
Hier après-midi le monde était docile,
Une brise soufflait sur les palmiers ravis
Et j'étais à la fois ailleurs et dans l'espace,
Je connaissais le Sud et les trois directions
Dans le ciel appauvri se dessinaient des traces,
J'imaginais les cadres assis dans leurs avions
Et les poils de leurs jambes, très similaires aux miens
Et leurs valeurs morales, et leurs maîtresses hindoues
Le poète est celui, presque semblable à nous,
Qui frétille de la queue en compagnie des chiens.
J'aurai passé trois ans au bord de la piscine
Sans vraiment distinguer le corps des estivants,
L'agitation des corps traverse ma rétine
Sans éveiller en moi aucun désir vivant.
La lumière évolue à peu près dans les formes.
Je suis toujours couché au niveau du dallage.
Il faudrait que je meure ou que j'aille à la plage;
Il est déjà sept heures. Probablement, ils dorment.
Je sais qu'ils seront là si je sors de l'hôtel,
Je sais qu'ils me verront et qu'ils auront des shorts,
J'ai un schéma du cœur. Près de l'artère aorte,
Le sang fait demi-tour; la journée sera belle.
Tout près des parasols, différents mammifères
Dont certains sont en laisse et font bouger leur queue;
Sur la photo j'ai l'air d'être un enfant heureux;
Je voudrais me coucher dans les ombellifères.
Nulle ombre ne répond; les cieux sont bleus et vides,
Et cette mongolienne en tee-shirt «Predator»
Aligne en vain les mots en gargouillis morbides
Pendant que ses parents soulignent ses efforts.
Un retraité des postes enfile son cycliste
Avant de s'évertuer en mouvements gymnastiques
À contenir son ventre. Une jeune fille très triste
Suit la ligne des eaux. Elle tient un as de pique,
Nul bruit à l'horizon, nul cri dans les nuages;
La journée s'organise en groupes d'habitudes
Et certains retraités ramassent des coquillages;
Tout respire le plat, le blanc, la finitude.
Un Algérien balaie le plancher du «Dallas»,
Ouvre les baies vitrées. Son regard est pensif.
Sur la plage on retrouve quelques préservatifs;
Une nouvelle journée monte sur Palavas.
SYSTEME SEXUEL MARTINIQUAIS
On a organisé un papier peint blanchâtre
Pour que les gens y vivent et caressent leurs corps
On n'est pas en vacances pour penser à la mort
En système libéral, parmi tous les mulâtres
Et sous les filaos, les épidermes suent
La journée est très blanche, on se recouvre d'huile
On organise des jeux, le public est docile
Et le soir on déguste des côtelettes de tortue.
Il faut organiser un échange orgastique
Pour que chacun s'amuse et filme en vidéo
Les ébats amoureux, les danses en paréo
Et les fins de soirée un peu paroxystiques.
Ainsi les êtres humains échangent leurs muqueuses
Avant de tout ranger dans les valises en fibre,
C'est ainsi qu'ils expriment leur statut d'êtres libres
Et leur humanité interchangeable et creuse.
Comme un week-end en autobus,
Comme un cancer à l'utérus,
La succession des événements
Obéit toujours à un plan.
Toutefois, les serviettes humides,
Le long des piscines insipides,
Détruisent la résignation
Le cerveau se met en action.
Il envisage les conséquences
De certaines amours de vacances,
Il aimerait se détacher
De la boîte crânienne tachée.
On peut nettoyer sa cuisine,
Dormir à la Mépronizine,
La nuit n'est jamais assez noire
Pour en finir avec l'histoire.
RÉPARTITION – CONSOMMATION
I.
J'entendais des moignons frotter,
L'amputé du palier traverse
La concierge avait des alliés
Qui nettoyaient après l'averse
Le sang des voisines éventrées,
Il fallait que cela se passe
Discussions sur la vérité,
Mots d'amour qui laissent des traces.
La voisine a quitté l'immeuble,
La cuisinière est arrivée
J'aurais dû m'acheter des meubles,
Tout aurait pu être évité.
Puisqu'il fallait que tout arrive,
Jean a crevé les yeux du chat
Monades isolées qui dérivent,
Répartitions et entrechats.
II
Au milieu des fours micro-ondes,
Le destin des consommateurs
S'établit à chaque seconde;
Il n'y a pas de risque d'erreur.