Выбрать главу

Je me tassai sur mon siège, attendant qu’ils aient fini leur manège. Je dégainai, armai ma culasse puis attrapai une paire de menottes dans la boîte à gants. Le gros disparut dans le hangar tandis que Doudou rejoignait sa moto. Le temps qu’il me tourne le dos pour enfiler son casque, je bondis et courus vers lui, flingue contre ma jambe. Il tenait son casque à deux mains au-dessus de la tête quand je lui enfonçai le canon de mon HK dans la nuque. Je murmurai :

— Bouge pas, mon salaud. C’est comme ça que je t’aime.

Ayant reconnu ma voix, Doudou ricana :

— Jamais t’oseras.

D’un coup de pied, je le fauchai aux jambes. Doudou s’écrasa au sol, son casque claqua sur le bitume. Il se retourna en hurlant. Je lui plantai mon automatique sous la gorge :

— Tu parierais sur ça ?

Je lui balançai un coup de crosse sur la carotide. Il eut un sursaut et vomit. Je l’empoignai par le col, sentant sa bile me brûler la main, et le fracassai contre le trottoir, tête la première. Son nez se brisa net. Encore une fois, j’endossais le costard que je haïssais le plus : le flic violent.

Je palpai son blouson, trouvai l’enveloppe, trempée de vomi. Dix mille euros, au bas mot. J’empochai le magot et plaquai le flic sur le ventre, d’un coup de talon dans les reins. J’avais déjà mes menottes en main. Je fermai les pinces dans son dos. Il grogna : « Enculé ! » J’attrapai son automatique, le glissai dans ma ceinture puis tâtai les jambes de son jean. À sa cheville droite, un autre holster. Un Glock 17, le plus discret de la série. Je l’enfournai dans ma poche.

— C’est le moment de passer à confesse, mon canard.

— Va t’faire mettre !

Je l’attrapai par les cheveux et le mis debout. D’un coup de pied dans le cul, je le poussai à l’intérieur du bâtiment. Un vaste hangar, rempli de cageots en plastique et de tonneaux en acier. Les hommes qui pilotaient les fenwicks se figèrent. Je cherchai nerveusement dans ma poche ma carte de flic.

— Police ! C’est l’heure de la pause. Tirez-vous ! Tous !

Les manutentionnaires ne se firent pas prier. Les derniers pas résonnaient sur le seuil quand je murmurai à Doudou :

— Tu connais les règles. Soit tu parles et tout est fini dans deux minutes, soit tu fais le con et on se la joue musclé. Avec ce que j’ai en poche, tu risques pas d’aller pleurer à l’IGS...

Doudou ricana, le visage en sang :

— Putain, t’es toujours là ? J’t’ai dit d’aller t’faire mettre !

Je partis fermer la grande porte. Doudou gémit :

— Qu’est-ce que tu fous ?

Sans répondre, je bouclai la paroi et revins vers lui. Je l’empoignai par le colback et lui enfonçai la gueule entre deux futs d’acier. Je contournai les tonneaux et me plantai devant lui, de l’autre côté. Je hurlai, comme face à un sourd :

— Ça va, tu m’entends ?

Doudou cracha du sang et éructa quelques mots inintelligibles. Je tirai une balle, à bout portant, dans le fut de droite. La bière jaillit à mes pieds alors que la balle sifflait.

— Tu m’entends, là ?

L’expression du flic était déformée par la douleur. Je visai le baril de gauche et tirai à nouveau. Jet doré. Sifflement suraigu. Les tympans de Doudou avaient peut-être déjà éclaté. Je me plaçai à quelques centimètres de lui :

— Tu m’entends toujours pas ?

Le flic ne pouvait même plus crier. Sa face n’était qu’un rictus de terreur. Je saisis sa tignasse et lui redressai le visage :

— Tu vas répondre à mes questions ou je vide mon chargeur dans ces putains de tonneaux !

Doudou secoua la tête. Impossible de dire s’il capitulait ou s’il me provoquait encore. Je rengainai et sortis l’enveloppe de ma poche :

— Ça, c’est quoi ?

Le flic ouvrit la bouche. Du sang tomba dans la mare mousseuse. Il bégaya :

— Mec, ça... ça craint pour moi... y faut... y faut que j’me casse.

— Pourquoi ?

Des larmes coulaient le long de ses joues. Je me donnais moi-même envie de vomir mais les vapeurs de bière anesthésiaient mon propre dégoût.

— Qu’est-ce que tu crains ?

— Les Bœufs... Y vont enquêter sur Larfaoui... Ils vont découvrir nos combines...

— T’es impliqué dans sa mort ?

— NON ! Putain... Sors-moi la tête de là...

J’écartai les tonneaux. Sa tête fit « splash ! » dans la flaque. J’attrapai ses menottes et le tirai violemment en arrière pour l’asseoir.

— Je veux toute l’histoire. Larfaoui. Son meurtre. Le rôle de Luc et le tien dans ce merdier.

— Avec Larfaoui, on avait un deal...

— « On » : c’est qui ?

— Moi, Jonca, Chevillât. On décrochait des licences pour le bougnoule. On passait chez les cafetiers, on jouait les gros bras pour bien montrer que Larfaoui avait un pied chez les keufs. On fermait les yeux sur des clandés...

— Le meurtre de Larfaoui, vous êtes impliqués ?

— Non, j’te dis ! On y est pour rien !

— Pourquoi tu flippes alors ?

— Les Bœufs vont se pencher sur les derniers coups de Luc. Y vont étudier le dossier Larfaoui ! Y vont comprendre que c’est pas clair...

— Luc, il connaissait vos magouilles ?

— À ton avis, ducon ?

— Tu mens. Il n’aurait jamais accepté ce...

— Luc a toujours fermé les yeux !

Doudou ricana dans sa souffrance. Je le plaquai de toutes mes forces contre les fûts. Les effluves de bière me saoulaient à grande vitesse.

— Tu veux dire qu’il en croquait ?

— Il était plus vicieux qu’ça, ton pote... Les thunes, il en avait rien à foutre. Il fermait les yeux sur nos trafics et il s’en servait contre nous, tu piges ?

— Non.

— Il nous tenait par les couilles, putain. Il disait qu’il s’foutait de nos trafics à condition qu’on fasse ses quatre volontés.

— Quelles volontés ?

— Des journées de vingt-quatre heures. Des perquises sans mandat. Des preuves arrangées. Les méthodes de Luc pour coincer les clients.

L’envie de gerber, plus que jamais. Je reconnaissais Luc et sa logique de tordu. Couvrir un méfait à condition d’obtenir plus de forces contre un autre. Faire chanter ses propres hommes pour qu’ils deviennent les esclaves de sa croisade contre Satan.

— Parle-moi de l’enquête sur Larfaoui. Comment avez-vous gardé ce coup, qui aurait dû revenir à la Crime ?

— Luc connaissait le juge. Et il avait aussi un dossier sur les gars de la DPI. Il disait que c’était le seul moyen d’étouffer nos magouilles.

— Sur le meurtre, qu’est-ce qu’il a découvert ?

— Rien. Le mystère total. Du travail de pro. Et pas la queue d’un mobile.

Doudou était sincère, je le sentais. Pourtant, j’insistai :

— Luc était obsédé par cette affaire, pourquoi ?

— Il n’était pas obsédé par ce coup.

— Ce n’était pas cette affaire qui le rendait cinglé ?

— Non.

Ma vue se brouillait à travers les brumes d’alcool.

— Luc travaillait sur autre chose ?

Doudou ne répondit pas. Sa tête pantelante tombait sur son torse. Je lui redressai le visage avec mon canon :

— Putain d’enfoiré, réponds-moi !

— Tu fais fausse route, mec...