— Révérend Galloway, insista Katherine. Peter est en danger. La CIA nous traque. Et Warren Bellamy nous a envoyés vers vous pour que vous nous aidiez. J’ignore ce que dit cette pyramide, et le lieu qu’elle désigne, mais si résoudre cette énigme peut sauver Peter, il faut le faire. M. Bellamy préfère peut-être le sacrifier pour protéger cette pyramide, mais ma famille a suffisamment souffert à cause de cet objet. Quel que soit son secret, ce soir il doit être dévoilé.
— Vous avez raison, répondit le vieil homme d’un ton sinistre. Ce soir, c’est la fin... à cause de vous... (Il eut un long soupir.) Madame Solomon, quand vous avez brisé ce sceau sur le coffret, vous avez déclenché une série d’événements irréversibles. Des forces qui dépassent votre entendement ont été libérées et sont désormais à l’œuvre. Il n’y a plus de marche arrière possible.
Katherine regarda le prêtre sans comprendre. Son ton était grave, comme si elle avait brisé les sept sceaux de la boîte de Pandore et déclenché l’Apocalypse.
— Sauf votre respect, révérend, intervint Langdon, je ne vois pas comment une pyramide de pierre pourrait libérer quoi que ce soit.
— Parce que vous êtes encore aveugle. (Le vieil homme le scruta de ses globes laiteux.) Vous n’avez pas encore d’yeux pour voir.
83.
Dans la touffeur de la Jungle, l’Architecte du Capitole sentait la sueur couler dans sa nuque. Ses poignets menottes étaient en feu, mais toute son attention était captée par cette mallette en titane.
Dans cette valise, il y a de quoi vous faire changer d’avis, avait-elle promis.
Inoue Sato venait de l’ouvrir à l’abri du regard de Bellamy. Il ignorait encore ce qu’elle contenait, mais son imagination allait bon train. Sato tripotait quelque chose à l’intérieur. Elle allait en sortir une collection de scalpels et de lames de rasoir !
Brusquement, une lueur s’échappa de la valise, puis s’amplifia, illuminant le visage de la femme par en dessous. Les mains de Sato continuaient de papillonner ; la lumière changea de couleur. Quelques instants plus tard, elle attrapa la mallette et la tourna vers Bellamy.
L’Architecte découvrit une sorte d’ordinateur portable futuriste équipé d’un téléphone, de deux antennes et d’un double-clavier. Son soulagement se mua rapidement en confusion.
L’écran affichait le logo de la CIA, accompagné du texte suivant :
Connexion sécurisée
Utilisateur : Inoue Sato
Niveau de sécurité : 5
Plus bas sur l’écran, une barre de progression avançait :
Patientez svp...
Décryptage du fichier...
Inoue Sato gardait les yeux rivés sur l’écran.
— Je ne voulais pas vous montrer ça. Mais vous ne me laissez pas le choix.
L’appareil clignota à nouveau. Le fichier s’ouvrit, en mode « plein écran ».
Bellamy contempla un moment l’image, tentant de saisir ce qu’il voyait. Peu à peu, il comprit. Son sang se glaça, son visage pâlit sous le choc :
— Mais c’est... impossible ! Comment ?...
Sato avait un air sinistre.
— C’est à vous de me le dire, monsieur Bellamy. J’attends.
L’Architecte du Capitole mesurait les conséquences de ce qu’il avait sous les yeux ; le monde était effectivement au bord de l’abîme.
Seigneur ! Je me suis trompé ! J’ai commis une terrible erreur !
84.
Le révérend Galloway se sentait plein d’énergie.
Comme tout mortel, il savait que son heure approchait – l’heure de quitter son enveloppe corporelle mais ce ne serait pas pour ce soir. Son cœur de chair et de sang battait fort et clair, son esprit était alerte. J’ai une mission à accomplir !
Il passa ses mains percluses d’arthrite sur les faces de la pyramide ; il avait du mal à croire ce qu’il sentait sous ses doigts.
Jamais il n’aurait imaginé vivre ce moment !
Pendant des générations, les pièces de la carte avaient été séparées et gardées à l’abri. Elles étaient aujourd’hui réunies. Le doyen se demandait si ce n’était pas trop tôt.
Curieusement, le destin avait choisi deux non-maçons pour assembler la pyramide. Finalement, il y avait une logique...
Les Mystères sortent des cercles occultes, passent de l’ombre... à la lumière.
— Professeur..., articula-t-il en tournant la tête vers Langdon dont il percevait la respiration. Peter vous a-t-il expliqué pourquoi il vous a confié ce coffret ?
— Il disait que des gens puissants voulaient le lui voler.
Le vieil homme hocha la tête.
— Oui. C’est ce que m’a expliqué Peter.
— Il vous en a parlé ? s’exclama Katherine sur sa gauche. Vous avez parlé avec mon frère de cette pyramide ?
— Bien entendu. Votre frère et moi avons discuté de bien des choses. J’ai été autrefois le Grand Commandeur de la Maison du Temple. Il s’entretenait souvent avec moi. Il y a environ un an, il est venu me trouver, l’air très préoccupé. Il était assis exactement à votre place, et il m’a demandé si je croyais aux prémonitions.
— Aux prémonitions ? répéta Katherine. Vous voulez dire comme des... visions ?
— Pas exactement. C’était plus réel que cela. Peter sentait planer une force obscure au-dessus de sa vie. Une chose qui l’observait, qui attendait tapie... prête à fondre sur lui.
— À l’évidence, il avait vu juste, répliqua Katherine. Quand on sait que l’homme qui a tué notre mère et le fils de Peter est venu à Washington, qu’il est parvenu à entrer dans la loge de Peter...
— Certes, intervint Langdon, mais cela n’explique pas l’implication de la CIA.
— Les hommes de pouvoir sont toujours intéressés par le pouvoir, se contenta de dire Galloway.
— De là à ce que la CIA s’en mêle..., insista Langdon guère convaincu. Tout ça pour des secrets ésotériques ? Ça ne colle pas.
— Mais si ! rétorqua Katherine. La CIA s’est toujours intéressée de très près aux sciences parallèles – la perception extrasensorielle, la vision à distance, la privation sensorielle, les produits développant les états de transes. Tout vise le même objectif : utiliser les capacités invisibles du cerveau humain. Peter m’a appris une chose : la science et le mysticisme sont étroitement liés, et ne se distinguent que par leur approche. Même but... mais méthodes différentes.
— Je sais, par votre frère, reprit le révérend Galloway, que votre domaine de recherche est une sorte de science ésotérique moderne.
— La noétique, précisa Katherine. Et nous sommes en train de prouver que l’homme a des facultés inouïes. (Elle désigna un vitrail représentant l’image habituelle du « Christ lumineux », celui de Jésus auréolé de rayons jaillissant de sa tête et de ses mains.) Dernièrement, avec un détecteur à transfert de charge couplé à un système de refroidissement à ultra-basse température, j’ai photographié les mains d’un guérisseur en plein travail. Sur les images, on aurait dit votre Jésus du vitrail.... Des flots d’énergie jaillissaient de ses doigts.
Un cerveau bien entraîné, songea le prêtre. Comment croyez-vous que le Christ soignait les malades ?
— Je sais que la médecine moderne, poursuivit Katherine, se moque des guérisseurs et des chamanes, mais j’ai vu le phénomène de mes propres yeux. Les photos prises avec mon appareil montrent que cet homme émet un champ d’énergie par l’extrémité de ses doigts, des ondes qui transforment réellement la structure cellulaire de son patient. Si ce n’est pas un pouvoir divin, qu’est-ce que c’est ?