C’est vrai qu’elle ne l’a vu qu’aux rayons X, se souvint Langdon.
— Cette inscription..., demanda-t-elle. Vous savez ce qu’elle signifie ? Le secret est à l’intérieur de l’Ordre ?
— Nous n’en sommes pas absolument certains.
— Pourquoi la pyramide est-elle brûlante ?
— Nous l’avons plongée dans l’eau bouillante, répondit Katherine sans hésiter. Cela faisait partie du processus de décryptage. On vous racontera tout, mais je vous en prie, laissez-moi voir mon frère. Il a vécu un...
— Vous avez fait cuire la pyramide ?
— Éteignez la lampe et regardez la coiffe, suggéra Katherine. C’est peut-être encore visible...
L’agent obéit et Sato s’agenouilla devant le tétraèdre. Malgré la distance, Langdon constata que les lettres luisaient encore.
— Huit Franklin Square ? lut-elle avec étonnement.
— Oui, madame. Ce texte a été écrit avec un vernis ou une laque entrant en incandescence à une certaine température. Le trente-troisième degré signifiait en fait...
— Et cette adresse ? C’est ça que veut ce type ?
— Oui, répondit Langdon. Il pense que la pyramide est une carte indiquant l’emplacement d’un grand trésor – la clé pour ouvrir les Mystères anciens.
Sato contempla à nouveau la coiffe d’or, incrédule.
— Dites-moi..., s’enquit-elle, la voix chargée d’anxiété. Avez-vous déjà contacté cet homme ? Lui avez-vous donné cette adresse ?
Langdon lui expliqua ce qui s’était produit quand il avait appelé le ravisseur sur son portable.
Sato écouta ce récit avec attention, en passant sa langue sur ses dents jaunies par le tabac. Sa colère était sensible.
Elle se tourna vers l’un de ses hommes.
— Faites-le venir ici..., articula-t-elle d’un ton glacial. Il est dans l’Escalade.
L’agent acquiesça et lança aussitôt un appel dans sa radio.
— De qui parlez-vous ? demanda Langdon.
— De la seule personne qui puisse réparer les dégâts que vous venez de causer !
— Quels dégâts ? Maintenant que Peter est sauvé, tout est...
— Peter Solomon est le cadet de mes soucis ! s’emporta Sato. C’est ce que j’ai essayé de vous dire au Capitole, mais vous avez choisi de jouer contre moi ! Et vous avez fichu un sacré bordel ! En détruisant votre téléphone portable, que nous avions mis sur écoute, vous nous avez ôté tout espoir de localiser cet individu. Maintenant, écoutez-moi bien ! Cette adresse que vous avez découverte... c’est notre dernière chance de coincer ce dingue. Alors vous allez coopérer avec lui, vous allez lui donner cette putain d’info et, dès qu’il montrera son nez là-bas, nous lui tomberons dessus !
Avant que Langdon ne puisse répondre, Inoue Sato lâcha le reste de son courroux sur Katherine.
— Quant à vous, madame Solomon ! Vous saviez où habitait ce dingue ! Pourquoi ne nous avez-vous rien dit ? On aurait pu le coincer chez lui... mais non ! Au lieu de ça, vous envoyez là-bas la pauvre employée d’une société de surveillance ! Votre frère est en vie, très bien, mais je vous le répète, nous sommes face à un problème ce soir qui dépasse largement le cadre de votre famille. Les conséquences vont être planétaires. L’homme qui a kidnappé votre frère détient un pouvoir énorme, et nous devons l’empêcher de nuire par tous les moyens.
Au moment où elle terminait sa tirade, la silhouette élégante de Warren Bellamy sortit de l’ombre. Il avait une mine de déterré... comme s’il avait vu l’enfer.
— Warren ? s’écria Langdon. Vous allez bien ?
— Pas vraiment.
— Vous savez la nouvelle ? Peter est en vie !
Bellamy acquiesça, le regard vague, comme si plus rien ne l’intéressait ici-bas.
— Oui, j’ai entendu votre conversation. Je suis content pour lui.
— Warren ? Que se passe-t-il ?
— Tout va s’éclairer sous peu, intervint Inoue Sato. Pour l’instant, M. Bellamy va contacter ce dingue et lui donner des informations. Comme il l’a fait toute la soirée.
Langdon était perdu.
— Warren, donnant des informations ? Mais c’est absurde, le ravisseur ne connaît même pas son existence !
Sato se tourna vers Bellamy et lui fit signe de parler.
— Robert..., commença l’Architecte dans un soupir. Je n’ai pas été tout à fait honnête avec vous.
Langdon en resta sans voix.
— Je pensais bien faire... Je suis désolé.
— Maintenant, vous allez pouvoir vous rattraper ! lança Sato. Et prions pour que ça marche !
Comme pour souligner la gravité de ces paroles, l’horloge de la cheminée sonna les douze coups de minuit.
Sato sortit de sa poche un sachet en plastique.
— Voici vos affaires, monsieur Bellamy..., déclara-t-elle en lui lançant la pochette. Votre portable est-il équipé d’un appareil photo ?
— Oui, madame.
— Parfait. Tenez-moi la pierre de faîte.
*
Le contact de Mal’akh – Warren Bellamy, le franc-maçon qu’il avait envoyé au Capitole pour prêter main-forte à Langdon – venait de lui faire parvenir un message.
Des nouvelles, enfin !
De : Warren Bellamy
Ai été séparé de Langdon
Mais finalement j’ai l’info que
vous demandez. Preuve ci-jointe
Appelez pour avoir le morceau manquant
WB.
1 pièce jointe (jpeg) —
Quel morceau manquant ?
La pièce jointe était une photographie.
En découvrant le cliché, Mal’akh eut un hoquet de stupeur. Son cœur se mit à cogner dans sa poitrine. Il avait sous les yeux, en gros plan, une petite pyramide dorée. La coiffe de la légende ! L’inscription sur l’une des faces était prometteuse : le secret est à l’intérieur de l’Ordre.
Mal’akh remarqua un détail étonnant : sous les caractères finement gravés, il y avait une autre inscription. Des lettres incandescentes, comme s’il y avait du feu à l’intérieur de la pyramide. Incrédule, il lut le texte. La légende disait vrai...
La Pyramide maçonnique se transformera pour révéler son secret à celui qui en sera digne !
Comment cette métamorphose avait-elle pu s’accomplir ? Mal’akh n’en savait rien et s’en fichait. Le texte lumineux indiquait visiblement un endroit précis à Washington, comme dans la prophétie ! Franklin Square. Malheureusement, il y avait aussi, sur la photo, l’index de Bellamy qui occultait un élément important de l’information :
Le
secret est
à l’intérieur de l’Ordre
■■■ Franklin Square
« Appelez pour avoir le morceau manquant. » Maintenant Mal’akh comprenait où Bellamy voulait en venir.
Jusqu’à présent, l’Architecte du Capitole s’était montré très coopératif mais, à l’évidence, il avait désormais décidé de jouer un jeu dangereux.
92.
Sous la garde des hommes armés de la CIA, Katherine, Langdon et Bellamy, ainsi que Sato, attendaient que le ravisseur appelle. Sur la table basse, la coiffe de la pyramide brillait dans le sac ouvert de Langdon. Les mots « Huit Franklin Square » s’étaient effacés, sans laisser la moindre trace.
Katherine avait supplié Inoue Sato de la laisser voir son frère, mais la petite femme était restée inflexible. Elle ne quittait pas des yeux le téléphone de Bellamy.
Pourquoi Warren ne m’a-t-il pas dit la vérité ? s’interrogeait Langdon. Apparemment, l’Architecte avait été en contact avec le ravisseur toute la nuit, lui assurant que Langdon progressait dans le décryptage de la pyramide. C’était un moyen de gagner du temps. En réalité, Bellamy avait tout fait pour empêcher quiconque de percer le mystère de la Pyramide maçonnique. Mais à présent Bellamy avait changé son fusil d’épaule. Sato et lui étaient prêts à livrer le secret pour arrêter cet individu.