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(pitchka, pizda, pizdets, cela se dit dans toutes les langues slaves et on l'apprend très vite). Je me dirigeai vers l'officier qui se leva pour me saluer. «Vous parlez l'allemand?» lui demandai-je après avoir claqué des talons et levé mon bras. – «Oui, oui». Il me regardait avec curiosité " il est vrai que mon nouvel uniforme ne portait aucun signe distinctif. Je me présentai. Derrière lui, au mur, on avait fixé de pauvres décorations de Noëclass="underline" des guirlandes en papier journal autour d'un arbre dessiné au charbon à même le mur, des étoiles découpées dans du fer-blanc, et d'autres produits de l'ingéniosité des soldats. Il y avait aussi un grand et beau dessin de la crèche: mais plutôt que dans une étable, la scène était représentée dans une maison détruite, au milieu de ruines calcinées. Je m'assis avec l'officier. C'était un jeune Oberleutnant, il commandait une des compagnies de cette unité croate, le 369e régiment d'infanterie: une partie de ses hommes montaient la garde sur un secteur du front, devant l'usine Octobre rouge; les autres se reposaient ici. Les Russes, depuis quelques jours, restaient relativement calmes; de temps à autre, ils tiraient des coups de mortier, mais les Croates sentaient bien que c'était pour les agacer. Ils avaient aussi installé des haut-parleurs en face des tranchées et passaient à longueur de journée de la musique triste, ou bien gaie, entrecoupée de propagande encourageant les soldats à déserter ou à se rendre. «Les hommes ne font pas trop attention à la propagande, parce qu'ils l'ont fait enregistrer par un Serbe; mais la musique les déprime profondément». Je lui demandai ce qu'il en était des tentatives de désertion. Il répondit assez vaguement: «Ça arrive… mais on fait tout pour les empêcher». Il fut beaucoup plus prolixe au sujet de la fête de Noël qu'ils préparaient; le commandant de la division, un Autrichien, leur avait promis une ration supplémentaire; lui-même avait réussi à préserver une bouteille de lozavitsa, distillée par son père, qu'il comptait partager avec ses hommes. Mais, plus que tout, il voulait des nouvelles de von Manstein. «Il arrive, alors?» L'échec de l'offensive de Hoth n'avait bien entendu pas été annoncée aux troupes, et ce fut à mon tour d'être vague: «Tenez-vous prêt», répondis-je lamentablement. Ce jeune officier avait dû être un homme élégant et sympathique; maintenant, il semblait aussi pathétique qu'un chien battu. Il parlait lentement, choisissant ses mots avec soin, comme s'il pensait au ralenti. Nous discutâmes encore un peu des problèmes de ravitaillement, puis je me levai pour partir. De nouveau, je me demandais ce que je foutais là: que pouvait m'apprendre cet officier isolé de tout que je n'eusse pas déjà lu dans un rapport? Certes, je voyais par moi-même la misère des hommes, leur fatigue, leur désarroi, mais cela aussi, je le savais déjà. J'avais vaguement songé, en venant, à une discussion sur l'engagement politique des soldats croates aux côtés de l'Allemagne, sur l'idéologie oustachie: je comprenais maintenant que cela n'avait aucun sens; c'était pire que futile, et cet Oberleutnant n'aurait sans doute pas su quoi répondre, il n'y avait plus de place dans sa tête que pour la nourriture, sa maison, sa famille, la captivité ou sa mort prochaine. J'étais tout à coup fatigué et dégoûté, je me sentais hypocrite, idiot «Joyeux Noël», me dit l'officier en me serrant la main avec un sourire. Quelques-uns de ses hommes me regardaient, sans la moindre lueur de curiosité. «Joyeux Noël à vous», me forçai-je à répondre. Je récupérai Ivan et ressortis, respirant avidement l'air froid. «Et maintenant?» demanda Ivan. Je réfléchis: si j'étais venu jusqu'ici, me dis-je, je devrais au moins aller voir un des avant-postes. «On peut aller jusqu'au front?» Ivan haussa les épaules: «Si tu veux, chef. Mais il faut demander à l'officier». Je retournai dans la grande salle: l'officier n'avait pas bougé, il regardait toujours le poêle d'un air absent «Oberleutnant? Je pourrais inspecter une de vos positions avancées?» – «Si vous voulez». Il appela un de ses hommes et lui donna un ordre en croate. Puis il me dit: «C'est le Hauptfeldwebel Nisic. Il vous guidera». J'eus soudain l'idée de lui offrir une cigarette: son visage s'illumina et il allongea lentement la main pour en prendre une. Je secouai le paquet: «Prenez-en plusieurs». – «Merci, merci. Joyeux Noël encore,» J'en offris aussi une au Hauptfeldwebel qui me dit