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«Pourquoi? Tu ne penses tout de même pas que j'ai toujours eu cet aspect?» Confus, je bafouillai:

«Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, Herr Doktor! Mais votre âge… Sur la photo, on dirait que vous avez le même âge que mon grand-père». Un autre chat, qui se promenait sur le tapis, sauta lestement sur le dos du fauteuil et monta sur son épaule, se frottant contre son énorme tête. Mandelbrod éternua encore. «En fait, dit-il entre deux éternuements, j'étais plus vieux que lui. Mais je me conserve bien». Je détaillais toujours la photo, avidement: que de choses pouvait-elle donc m'apprendre! Timidement, je demandai: «Puis-je la garder, Herr Doktor?» – «Non». Déçu, je la lui rendis; il la rangea dans le porte-document et m'envoya le replacer sur son bureau. Je revins m'asseoir. «Ton père était un authentique national-socialiste, déclara Mandelbrod, et avant même que le Parti n'existe. Les hommes de cette époque-là vivaient sous l'emprise d'idées fausses: pour eux, le nationalisme voulait dire un patriotisme aveugle et étroit, un patriotisme de clocher, doublé d'une immense injustice interne; le socialisme, pour leurs adversaires, signifiait une fausse égalité internationale de classe, et une lutte entre les classes au sein de chaque nation. En Allemagne, ton père fut parmi les premiers à comprendre qu'il fallait un rôle égal, avec un respect mutuel, pour tous les membres de la nation, mais seulement au sein de la nation. À leur manière, toutes les grandes sociétés de l'histoire ont été nationales et socialistes. Regarde Temüdjin, l'exclu: ce n'est que lorsqu'il a pu imposer cette idée-là, et unifier les tribus sur cette base, que les Mongols ont pu conquérir le monde, au nom de ce déclassé devenu Empereur Océanique, Gengis Khan. J'ai fait lire au Reichsführer un livre sur lui, il en a été très impressionné. Avec une immense et féroce sagesse, les Mongols ont tout rasé devant eux, pour reconstruire ensuite sur des bases saines. Toute l'infrastructure de l'Empire russe, toutes les fondations sur lesquelles les Allemands ont ensuite bâti, chez eux, sous des tsars de fait aussi allemands, ce sont les Mongols qui les leur ont apportées: les routes, l'argent, la poste, les douanes, l'administration. Ce n'est que lorsque les Mongols ont compromis leur pureté, en prenant génération après génération des femmes étrangères, souvent d'ailleurs parmi les nestoriens, c'est-à-dire les plus juifs des chrétiens, que leur empire s'est dissous et effondré. Les Chinois présentent un cas contraire mais également instructif: ils ne sortent pas de leur Empire du Milieu, mais absorbent et sinisent irrémédiablement tout peuple qui y entre, aussi puissant soit-il, ils le noient dans un océan sans bornes de sang chinois. Ils sont très forts. D'ailleurs, lorsque nous en aurons fini avec les Russes, nous aurons toujours les Chinois devant nous. Les Japonais ne leur résisteront jamais, même s'ils ont l'air de tenir le haut du pavé aujourd'hui. Si ce n'est pas tout de suite, de toute façon il faudra se confronter à eux un jour, dans cent, deux cents ans. Autant alors les garder faibles, les empêcher si possible de comprendre le national-socialisme et de l'appliquer à leur propre situation. Sais-tu, d'ailleurs, que le terme même de "national-socialisme" a été forgé par un Juif, un précurseur du sionisme, Moïse Hess? Lis son livre, un jour, Rome et Jérusalem, tu verras. C'est très instructif. Et ce n'est pas un hasard: quoi de plus völkisch que le Sionisme? Comme nous, ils ont reconnu qu'il ne peut y avoir de Volk et de Blut sans Boden, sans terre, et donc qu'il faut ramener les Juifs à la terre, Eretz Israël pure de toute autre race. Bien sûr, ce sont d'anciennes idées juives. Les Juifs sont les premiers vrais nationaux-socialistes, depuis près de six mille ans déjà, depuis que Moïse leur a donné une Loi pour les séparer à jamais des autres peuples. Toutes nos grandes idées viennent des Juifs, et nous devons avoir la lucidité de le reconnaître: la Terre comme promesse et comme accomplissement, la notion du peuple choisi entre tous, le concept de la pureté du sang. C'est pour cela que les Grecs, abâtardis, démocrates, voyageurs, cosmopolites, les haïssaient tant, et c'est pour cela qu'ils ont d'abord essayé de les détruire, puis, par le biais de Paul, de corrompre leur religion de l'intérieur, en la détachant du sol et du sang, en la rendant catholique, c'est-à-dire universelle, en supprimant toutes les lois qui servaient de barrière pour maintenir la pureté du sang juif: les interdits alimentaires, la circoncision. Et c'est donc pour cela que les Juifs sont, de tous nos ennemis, les pires de tous, les plus dangereux; les seuls qui valent vraiment la peine d'être haïs. Ce sont nos seuls vrais concurrents, en fait. Nos seuls rivaux sérieux. Les Russes sont faibles, une horde privée de centre malgré les tentatives de ce Géorgien arrogant de leur imposer un "national-communisme". Et les insulaires, britanniques ou américains, sont pourris, gangrenés, corrompus. Mais les Juifs! Qui donc, à l'époque scientifique, a redécouvert, en se fondant sur l'intuition millénaire de son peuple, humilié mais invaincu, la vérité de la race? Disraeli, un Juif. Gobineau a tout appris chez lui! Tu ne me crois pas? Va voir». Il désigna les étagères à côté de son bureau: «Là, va voir». Je me levai de nouveau et allai aux étagères: plusieurs livres de Disraeli y côtoyaient ceux de Gobineau, Vacher de Lapouge, Drumont, Chamberlain, Herzl, et d'autres encore. «Lequel, Herr Doktor? Il y en a plusieurs». – «N'importe, n'importe. Ils disent tous la même chose. Prends Coningsby, tiens. Tu lis l'anglais, n'est-ce pas? Page 203. Commence avec But Sidonia and his brethren… Lis à haute voix». Je trouvais le passage et lus: «Mais Sidonia et ses frères pouvaient se réclamer d'une distinction que le Saxon et le Grec, et le reste des nations caucasiennes, avaient abandonnée, L'Hébreu est une race sans mélanges… Une race sans mélanges, d'une organisation de première classe, est l'aristocratie de la Nature». – «Très bien! Page 231, maintenant. The fact is, you cannot destroy… Il parle des Juifs, bien sûr». – «Oui. Le fait est qu'on ne peut détruire une pure race d'organisation caucasienne. C'est un fait physiologique; une simple loi de la nature, qui a mis en échec les rois égyptiens et assyriens, les empereurs romains, et les inquisiteurs chrétiens. Aucune loi pénale, aucune torture physique, ne peut faire qu'une race supérieure soit absorbée par une inférieure, ou détruite par elle. Les races persécutrices mélangées disparaissent; la pure race persécutée demeure». – «Voilà! Songe que cet homme, ce Juif a été Premier ministre de la reine Victoria! Qu'il a fondé l'Empire britannique! Lui qui, encore inconnu, avançait des thèses pareilles devant un Parlement chrétien! Reviens ici. Sers-moi du thé, tiens». Je revins près de lui et lui versai une autre tasse. «Par amour et par respect pour ton père, Max, je t'ai aidé, j'ai suivi ta carrière, je t'ai soutenu quand je l'ai pu. Tu te dois de lui faire honneur, et à sa race et à la tienne. Il n'y a de place sur cette terre que pour un seul peuple choisi, appelé à dominer les autres: ou ce sera eux, comme le veulent le Juif Disraeli et le Juif Herzl, ou ee sera nous. Et nous devons donc les abattre jusqu'au dernier, extirper leur souche. Car qu'il n'en reste que dix, un quorum intact, qu'il n'en reste que deux, un homme et une femme, dans cent ans nous aurons le même problème, et tout sera à refaire». – «Puis-je vous poser une question, Herr Doktor?» – «Fais, fais, mon petit». – «Quel est votre rôle dans tout ceci, au juste?» – «À Leland et moi, tu veux dire? C'est un peu difficile à expliquer. Nous n'avons pas une position bureaucratique. Nous… nous nous tenons aux côtés du Führer. Vois-tu, le Führer a eu le courage et la lucidité de prendre cette décision historique, fatale; mais, bien entendu, le côté pratique des choses ne le concerne pas. Or entre cette décision et sa réalisation, qui a été confiée au Reichsführer-SS, il y a un espace immense. Notre tâche à nous consiste à réduire cet espace. Dans ce sens, nous ne répondons même pas au Führer, mais plutôt à cet espace». – «Je ne suis pas certain de tout à fait comprendre. Mais qu'attendez-vous donc de moi?» – «Rien, si ce n'est que tu suives le chemin que tu t'es toi-même tracé, et jusqu'au bout». – «Je ne suis pas vraiment sûr de ce qu'est mon chemin, Herr Doktor. Je dois réfléchir». – «Oh, réfléchis! Réfléchis. Et puis appelle-moi. Nous en rediscuterons». Un autre chat essayait de monter sur mes genoux, laissant des poils blancs sur le tissu noir avant que je ne le chasse. Mandelbrod, sans même ciller, toujours aussi impassible, presque sommeillant, émit une autre énorme flatulence. L'odeur me prit à la gorge et je respirai à petits coups entre les lèvres. L'entrée principale s'ouvrit et la jeune femme qui tenait la réception entra, apparemment insensible à l'odeur. Je me levai: