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«formés à la méthode Eicke», compétents en ce qui concernait les anciennes fonctions répressives et policières, mais dans l'ensemble bornés et ineptes, incapables d'intégrer des techniques de gestion modernes, adaptées aux nouvelles exigences: «Ces hommes ne sont pas mauvais, mais ils sont dépassés par ce qu'on leur demande maintenant». Maurer lui-même ne visait qu'un but: extraire le maximum de capacité de travail des KL. Il ne me servit pas de cognac mais lorsque je pris congé il me serra chaleureusement la main: «Je suis ravi que le Reichsführer se penche enfin de plus près sur ces problèmes. Mon bureau est à votre disposition, Sturmbannführer, vous pourrez toujours compter sur moi». Je retournai à Berlin et pris rendez-vous avec ma vieille connaissance Adolf Eichmann. Il vint m'accueillir en personne dans le vaste hall d'entrée de son département, dans la Kurfürstenstrasse, marchant à petits pas dans ses lourdes bottes de cavalier sur les dalles de marbre cirées, et me félicitant avec chaleur pour ma promotion. «Vous aussi, le félicitai-je à mon tour, vous avez été promu. À Kiev, vous étiez encore Sturmbannführer». – «Oui, fit-il avec satisfaction, c'est vrai, mais vous, entre-temps, vous avez pris deux galons… Venez, venez». Malgré son grade supérieur, je le trouvai curieusement empressé, affable; peut-être le fait que je vienne de la part du Reichsführer l'impressionnait-il. Dans son bureau, il s'affala jambes croisées sur sa chaise, posa négligemment sa casquette sur une pile de dossiers, ôta ses grosses lunettes, et se mit à les nettoyer avec un mouchoir tout en appelant à la cantonade sa secrétaire: «Frau Werlmann! Du café, s'il vous plaît». J'observai ce manège avec amusement: Eichmann avait pris de l'assurance, depuis Kiev. Il leva ses lunettes vers la fenêtre, les inspecta méticuleusement, les frotta encore, les rechaussa. Il tira une boîte de sous un classeur et m'offrit une cigarette hollandaise. Briquet à la main, il gesticula vers ma poitrine: «Vous avez reçu beaucoup de décorations, je vous félicite encore. Ça, c'est l'avantage d'être au front. Ici, à l'arrière, nous n'avons aucune occasion de recevoir des décorations. Mon Amtchef m'a fait donner la Croix de Fer mais c'était vraiment pour que j'aie quelque chose. Je m'étais porté volontaire pour les Einsatzgruppen, vous le saviez? Mais C. (c'était ainsi que Heydrich, voulant se donner une touche anglaise, se faisait appeler par ses fidèles) m'a ordonné de rester. Vous m'êtes indispensable, il m'a dit. Zu Befehl, j'ai dit, de toute façon je n'avais pas le choix». – «Pourtant, vous avez une bonne position. Votre Referat est un des plus importants de la Staatspolizei». – «Oui, mais pour l'avancement, je suis absolument bloqué. Un Referat doit être dirigé par un Regierungsrat ou un Oberregierungsrat ou un grade S S équivalent. Donc en principe, à ce poste, je ne peux pas aller au-delà d'Obersturmbannführer. Je me suis plaint à mon Amtchef: il m'a répondu que je méritais d'être promu, mais qu'il ne voulait pas créer de problèmes avec ses autres chefs de service». Il eut une moue pincée qui déforma ses lèvres. Son front dégarni luisait sous la lumière du plafonnier, allumé malgré le jour. Une secrétaire d'un certain âge entra avec un plateau et deux tasses fumantes, qu'elle posa devant nous. «Lait? Sucre?» s'enquit Eichmann. Je fis signe que non et humai la tasse • c'était du vrai café. Tandis que je soufflais dessus Eichmann me demanda à brûle-pourpoint: «Vous avez été décoré pour l'Einsatzaktion?» Ses jérémiades commençaient à m'agacer; je voulais en venir au but de ma visite.