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«Là où ça dépend de nous, oui Je veux dire que le transport est toujours un problème, les finances aussi, parce que nous devons payer la Reichsbahn, vous savez, pour chaque passager, et moi je n'ai pas de budget pour ça, je dois me débrouiller. On met les Juifs à contribution, très bien, mais la Reichsbahn, elle, n'accepte le paiement qu'en reichsmarks ou à la rigueur en zlotys, si on les envoie dans le GG, mais à Thessalonique ils ont des drachmes et faire du change sur place c'est impossible. Donc on doit se débrouiller mais ça on sait faire. Après ça bien sûr il y a les questions diplomatiques, moi si les Hongrois disent non je ne peux rien faire, ça ne dépend pas de moi et c'est au Herr Minister von Ribbentrop de voir ça avec le Reichsführer, pas moi». – «Je vois». J'étudiai un moment le tableau; «Si je comprends bien, la différence entre les chiffres, là dans la colonne avril, et les chiffres de gauche représente le vivier potentiel, sujet aux diverses complications que vous m'avez expliquées». – «Précisément Mais notez bien que ce sont là des chiffres globaux, c'est-à-dire qu'une grande partie, de toute façon, n'intéresse pas l'Arbeitseinsatz, parce que voyez-vous ce sont des vieux ou des enfants ou je ne sais quoi, et donc sur ce chiffre-là vous pouvez en retenir une bonne partie». – «Combien, à votre avis?» – «Je ne sais pas. Vous devriez voir avec le WVH A, la réception et la sélection, c'est leur problème. Ma responsabilité s'arrête au départ du train, le reste, je ne peux pas en parler. Ce que je peux vous dire, c'est que de l'avis du RS H A, le nombre de Juifs temporairement gardés pour le travail devrait être aussi restreint que possible: créer de fortes concentrations de Juifs, voyez-vous, c'est inviter à une répétition de Varsovie, c'est dangereux. Je crois pouvoir vous dire que c'est là l'opinion du Gruppenführer Müller, mon Amtchef, et de l'Obergruppenführer Kaltenbrunner». – «Je vois. Pourriez-vous me remettre une copie de ces chiffres?» – «Bien sûr, bien sûr. Je vous enverrai ça demain. Mais pour l'URSS et le GG, je ne les ai pas, ça je vous l'ai dit». Günther, qui n'avait pas dit un mot, nous lança un autre «Heil Hitler!» retentissant tandis que nous nous apprêtions à sortir. Je retournai avec Eichmann dans son bureau pour qu'il m'explique encore quelques points. Lorsque je fus prêt à partir, il me raccompagna. Dans le hall d'entrée il me fit une courbette: «Sturmbannführer, je voudrais vous inviter chez moi un soir, cette semaine. Nous donnons parfois de la musique de chambre. Mon Hauptscharführer Boll joue le premier violon». – «Ah. C'est très bien. Et vous, de quoi jouez-vous?» – «Moi?» Il tendit son cou et la tête, comme un oiseau. «Le violon aussi, le second violon. Je ne joue pas aussi bien que Boll, malheureusement, ainsi je lui ai cédé la place. C…, l'Obergruppenführer Heydrich je veux dire, pas l'Obergruppenführer Kaltenbrunner que je connais bien, on est pays et d'ailleurs c'est lui qui m'a fait entrer à la S S et il s'en souvient encore – non, der Chef jouait magnifiquement du violon. Oui, vraiment, très beau, il avait énormément de talent. C'était un homme très bien, que je respectais beaucoup. Très… attentionné, un homme qui souffrait dans son cœur. Je le regrette». – «Je l'ai très peu connu. Et que jouez-vous?» – «En ce moment? Surtout du Brahms. Un peu de Beethoven». – «Pas de Bach?» Il pinça de nouveau les lèvres: «Bach? Je n'aime pas beaucoup. Je trouve ça sec, trop… calculé. Stérile, si vous voulez, très beau, bien sûr, mais sans âme. Je préfère la musique romantique, cela me bouleverse parfois, oui, eela m'entraîne hors de moi-même». – «Je ne suis pas certain de partager votre opinion sur Bach. Mais j'accepte volontiers votre invitation». L'idée en fait m'ennuyait profondément, mais je ne voulais pas le blesser. «Bien, bien, dit-il en me serrant la main. Je vais voir avec ma femme et je vous appellerai. Et ne vous inquiétez pas pour vos documents. Vous les aurez demain, vous avez ma parole d'officier SS».