Le lendemain matin, je pris une navette militaire et montai à Simferopol. Ohlendorf me reçut avec sa politesse habituelle, sans chaleur peut-être, mais suave et agréable. «J'ai oublié de vous demander hier comment se porte Frau Ohlendorf?» – «Käthe? Très bien, merci Bien entendu je lui manque, mais Krieg ist Krieg». Une ordonnance nous servit un excellent café et Ohlendorf se lança dans une présentation rapide. «Le travail, vous verrez, sera très intéressant pour vous. Vous n'aurez pas à vous occuper des mesures executives, je laisse tout ça aux Kommandos; de toute façon, la Crimée est déjà quasiment judenrein, et on en a presque fini avec les Tsiganes aussi». – «Tous les Tsiganes?» interrompis-je, étonné. «En Ukraine, nous ne sommes pas aussi systématiques». – «Pour moi, répondit-il, ils sont aussi dangereux, si ce n'est plus, que les Juifs. Dans toutes les guerres, les Tsiganes servent d'espions, ou d'agents pour communiquer à travers les lignes. Vous n'avez qu'à voir les récits de Ricarda Huch ou de Schiller sur la guerre de Trente Ans». Il marqua une pause. «Dans un premier temps, vous aurez surtout à vous occuper de recherches. Nous allons au printemps avancer dans le Caucase – c'est un secret que je vous recommande de garder pour vous – et, comme c'est une région encore mal connue, je voudrais constituer un recueil d'informations pour le Gruppenstab et les Kommandos, en particulier en ce qui concerne les différentes minorités ethniques et leurs relations entre elles et au pouvoir soviétique. En principe, le même système d'occupation qu'en Ukraine sera appliqué, on va former un nouveau Reichskommissariat, mais bien entendu la SP et le S D doivent avoir leur mot à dire, et plus ce mot sera argumenté, plus il sera écouté. Votre supérieur direct sera le Sturmbannführer Dr. Seibert, qui est aussi le chef d'état-major du groupe. Venez avec moi, je vais vous présenter, ainsi qu'au Hauptsturmführer Ulrich, qui s'occupera de votre transfert».