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«Hauptsturmführer, je reste à votre disposition». Il me fixa encore un moment avec un regard furieux, puis disparut dans un bureau. Voilà, me disais-je, tu t'es fait un ennemi; ce n'est pas si difficile. À l'AOK, je sollicitai un entretien avec von Gilsa et lui posai la question de Bierkamp. «En effet, me répondit-il, on en parle. Mais les détails ne sont pas encore clairs pour moi». – «Et qu'adviendra-t-il du Reichskommissariat, alors?» – «L'établissement du Reichskommissariat sera différé un certain temps». – «Et pourquoi les représentants de la SP et du SD n'ont-ils pas été informés?» – «Je ne saurais vous le dire. J'attends encore des compléments d'information. Mais vous savez, cette question est du ressort de l'OKHG. L'Oberführer Bierkamp devrait s'adresser directement à eux». Je ressortis du bureau de von Gilsa avec l'impression qu'il en savait plus qu'il ne le disait. Je rédigeai un bref rapport et l'adressai à Leetsch et à Bierkamp. En général, c'était en cela que consistait maintenant mon travaiclass="underline" l'Abwehr me transmettait en copie les rapports qu'ils voulaient bien, touchant généralement à l'évolution du problème des partisans; j'y ajoutai des informations glanées oralement, la plupart du temps aux repas, et faisais suivre le tout à Vorochilovsk; en échange, je recevais d'autres rapports que je communiquais à von Gilsa ou à un de ses collègues. Ainsi, les rapports d'activité de l'Ek 12, dont les bureaux se trouvaient à cinq cents mètres de l'AOK, devaient d'abord être envoyés à Vorochilovsk, puis, collationnés avec ceux du Sk 10b (les autres Kommandos œuvraient dans la zone d'opérations ou la zone arrière de la 17e armée), ils redescendaient partiellement jusqu'à moi qui les remettais au lc; en même temps, bien entendu, l'Einsatzkommando maintenait des relations directes avec l'A OK. Je n'avais pas énormément de travail. J'en profitai: Piatigorsk était une ville agréable, il y avait beaucoup de choses à voir. En compagnie de Voss, toujours curieux, j'allai visiter le Musée régional, situé un peu en dessous de l'hôtel Bristol, en face de la poste et du parc Tsvetnik. Il y avait là de belles collections, accumulées au cours des décennies par le Kavkazkoe Gornoe Obchtchestvo, une association de naturalistes amateurs mais enthousiastes: ils avaient rapporté de leurs expéditions des ballots d'animaux empaillés, de minerais, de crânes, de plantes, de fleurs séchées; des vieilles tombes et des idoles païennes en pierre; de touchantes photographies en noir et blanc, représentant pour la plupart des messieurs élégants, en cravates, faux-cols et canotiers, perchés sur le flanc abrupt d'un pic; et, me rappelant avec ravissement le bureau de mon père, un mur entier de grandes boîtes à papillons contenant des centaines de spécimens, chacun étiqueté avec la date et le lieu de sa capture, le nom du collecteur, le sexe et le nom scientifique du papillon. Il en venait de Kislovodsk, de l'Adyghée, de la Tchétchénie, et jusque du Daghestan et de l'Adjarie; les dates étaient 1923, 1915, 1909. Le soir, nous nous rendions parfois au Teatr Operetty, un autre bâtiment fantaisiste, décoré de carreaux de céramique rouge frappés de livres, d'instruments et de guirlandes, et récemment réouvert par la Wehrmacht; ensuite, nous dînions soit au mess, soit dans un café, soit au casino, qui n'était autre que l'ancien hôtel-restaurant Restoratsiya où Petchorine rencontra Marie et où, comme l'indiquait une plaque en russe que Voss me traduisit, Léon Tolstoï fêta son vingt-cinquième anniversaire. Les Soviétiques en avaient fait un Institut central gouvernemental de balnéologie; la Wehrmacht avait laissé cette inscription impressionnante au fronton, en lettres d'or au-dessus des colonnes massives, mais avait rendu le bâtiment à son usage original, et on pouvait y boire du vin sec de Kakhétie et y manger des chachliks, et parfois de la venaison. J'y présentai Voss à Hohenegg et ils passèrent la soirée à commenter les origines des noms de maladies, en cinq langues. Vers le milieu du mois, une dépêche du groupe vint éclaircir un peu la situation. Le Führer avait en effet approuvé la mise sur pied, pour le Kouban-Caucase, d'une administration militaire, sous l'OKHG A, dirigée par le General der Kavallerie Ernst Köstring. L'Ostministerium détachait un haut fonctionnaire auprès de cette administration, mais la création du Reichskommissariat était reportée indéfiniment. Plus surprenant encore, l'OKH avait ordonné à l'OKHG A de former des entités territoriales autonomes pour les Cosaques et les différents peuples montagnards; les kolkhozes seraient dissous, le travail forcé, interdit: le contre-pied systématique de notre politique en Ukraine. Cela me semblait trop intelligent pour être vrai. Je dus remonter d'urgence à Vorochilovsk pour assister à une réunion: le HSSPF voulait discuter des nouveaux décrets. Tous les chefs des Kommandos étaient présents, avec la plupart de leurs adjoints. Korsemann paraissait inquiet. «Ce qui est troublant, c'est que le Führer a pris cette décision début août; mais moi-même je n'en ai été informé qu'hier. C'est incompréhensible». – «L'OKH doit s'inquiéter d'une interférence S S», prononça Bierkamp. – «Mais pourquoi donc? fit plaintivement Korsemann. Notre collaboration est excellente». – «La S S a passé beaucoup de temps à cultiver de bonnes relations avec le Reichskommissar désigné. Pour le moment, tout ce travail est à l'eau». – «À Maïkop, intervint Schultz, le remplaçant de Braune que l'on surnommait Eisbein-Paule en raison de sa graisse, on dit que la Wehrmacht gardera le contrôle des installations pétrolières». – «Je vous ferai aussi remarquer, Herr Brigadeführer, ajouta Bierkamp à l'adresse de Korsemann, que si ces "autogouvernements locaux" sont promulgués, ils contrôleront eux-mêmes les fonctions de police dans leur district. De notre point de vue, c'est inacceptable». La discussion continua sur ce ton un certain temps; le consensus général semblait que la S S avait été proprement flouée. On nous renvoya enfin en nous demandant de recueillir le plus d'informations possible.