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Masklinn se coucha sur le dos et écouta bourdonner les abeilles.

Un jour, nous y retournerons. Nous trouverons un moyen de rejoindre notre grand vaisseau dans le ciel, et nous rentrerons. Mais pas tout de suite. Cela demandera beaucoup d’efforts, et une fois encore, le plus difficile sera de le faire comprendre aux gens. Chaque fois que nous gravissons une nouvelle marche, nous nous y installons en pensant que nous avons atteint le sommet de l’escalier, et nous commençons à nous chamailler.

Enfin… savoir qu’il existe des marches était déjà un bon début.

De l’endroit où il se trouvait, on voyait la campagne environnante sur des kilomètres. Par exemple, on avait vue sur l’aéroport.

Le jour où le premier avion à réaction était passé, une vraie panique s’était déclarée, mais quelques gnomes s’étaient rappelé des images vues dans des livres. Finalement, ce n’étaient que de grands camions qu’on pouvait conduire dans le ciel.

Masklinn n’avait raconté à personne pourquoi il pensait que ce serait une bonne idée d’en savoir plus long sur l’aéroport. Certains subodoraient ses raisons, il le savait, mais il y avait tant à faire qu’ils ne s’en préoccupaient pas, pour l’instant.

Il avait amené le sujet en douceur. Il avait laissé entendre qu’en apprendre le plus possible sur ce nouveau monde pourrait se révéler utile, juste au cas où. Il avait dit ça de telle façon que personne n’avait demandé :

— Au cas où quoi ?

Et puis, après tout, les effectifs étaient largement pléthoriques, et le beau temps régnait.

Il avait conduit une équipe de gnomes à travers champs jusqu’à l’aéroport ; le voyage avait duré une semaine, mais ils étaient une trentaine et n’avaient pas rencontré de problèmes. Ils avaient même dû franchir une voie rapide, mais ils avaient découvert un tunnel creusé par des blaireaux, et un blaireau qui arrivait en face avait fait demi-tour et rebroussé chemin en toute hâte en les voyant approcher. Comme les mauvaises nouvelles, les gnomes armés vont vite.

Ensuite, ils avaient atteint la clôture en grillage et l’avaient escaladée. Perchés dessus, ils avaient passé des heures à regarder les avions décoller et atterrir.

Masklinn avait senti, comme ça lui était déjà arrivé une fois ou deux, qu’il contemplait quelque chose de capital. Les avions à réaction semblaient énormes et terribles, mais autrefois, il avait pensé la même chose des camions. L’essentiel, c’était de se renseigner. Une fois qu’on connaissait les noms, on avait prise sur les objets, comme avec un levier. Un jour, ils démontreraient peut-être leur utilité. Un jour, les gnomes en auraient peut-être besoin.

Pour grimper encore d’une marche.

Assez bizarrement, Masklinn envisageait cette hypothèse avec confiance. Durant un glorieux moment, il avait eu la certitude que, même s’ils se disputaient, se chamaillaient, se fourvoyaient et se bousculaient souvent, les gnomes triompheraient toujours. Parce que Dorcas avait observé les avions, lui aussi, accroché à la clôture, une lueur calculatrice dans les prunelles. Et Masklinn lui avait demandé :

— En supposant – comme ça, juste histoire de causer, bien entendu -, en supposant qu’on ait besoin de voler un de ces machins, tu crois que c’est faisable ?

Et Dorcas s’était frictionné le menton d’un air songeur.

— Ça devrait pas être bien compliqué à conduire, avait-il conclu avec un sourire madré. Y a que trois roues.