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Ces deux clartés du deuil, ces deux yeux de la nuit,

Dans l’immensité se regardent.

Ils se connaissent; l’astre envoie au feu des bois

Toute l’énormité de l’abîme à la fois,

Les baisers de l’azur superbe,

Et l’éblouissement des visions d’Endor;

Et le doux feu de pâtre envoie à l’astre d’or

Le frémissement du brin d’herbe.

Le feu de pâtre dit: – La mère pleure, hélas!

L’enfant a froid, le père a faim, l’aïeul est las;

Tout est noir; la montée est rude;

Le pas tremble, éclairé par un tremblant flambeau;

L’homme au berceau chancelle et trébuche au tombeau.

L’étoile répond: – Certitude!

De chacun d’eux s’envole un rayon fraternel,

L’un plein d’humanité, l’autre rempli de ciel;

Dieu les prend, et joint leur lumière,

Et sa main, sous qui l’âme, aigle de flamme, éclôt,

Fait du rayon d’en bas et du rayon d’en haut

Les deux ailes de la prière.

Ingouville, août 1839.

TOME II. AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE QUATRIÈME. PAUCA MEÆ

I .

Pure Innocence! Vertu sainte!

Ô les deux sommets d’ici-bas!

Où croissent, sans ombre et sans crainte,

Les deux palmes des deux combats!

Palme du combat Ignorance!

Palme du combat Vérité!

L’âme, à travers sa transparence,

Voit trembler leur double clarté.

Innocence! Vertu! sublimes

Même pour l’œil mort du méchant!

On voit dans l’azur ces deux cimes,

L’une au levant, l’autre au couchant.

Elles guident la nef qui sombre;

L’une est phare, et l’autre est flambeau;

L’une a le berceau dans son ombre,

L’autre en son ombre a le tombeau.

C’est sous la terre infortunée

Que commence, obscure à nos yeux,

La ligne de la destinée;

Elles l’achèvent dans les cieux.

Elles montrent, malgré les voiles

Et l’ombre du fatal milieu,

Nos âmes touchant les étoiles

Et la candeur mêlée au bleu.

Elles éclairent les problèmes;

Elles disent le lendemain;

Elles sont les blancheurs suprêmes

De tout le sombre gouffre humain.

L’archange effleure de son aile

Ce faîte où Jéhovah s’assied;

Et sur cette neige éternelle

On voit l’empreinte d’un seul pied.

Cette trace qui nous enseigne,

Ce pied blanc, ce pied fait de jour,

Ce pied rose, hélas! car il saigne,

Ce pied nu, c’est le tien, amour!

Janvier 1843.

II. 15 février 1843

Aime celui qui t’aime, et sois heureuse en lui.

– Adieu! – sois son trésor, ô toi qui fus le nôtre!

Va, mon enfant béni, d’une famille à l’autre.

Emporte le bonheur et laisse-nous l’ennui!

Ici, l’on te retient; là-bas, on te désire.

Fille, épouse, ange, enfant, fais ton double devoir.

Donne-nous un regret, donne-leur un espoir,

Sors avec une larme! entre avec un sourire!

Dans l’église, 15 février 1843.

4 septembre 1843

III. Trois ans après

Il est temps que je me repose;

Je suis terrassé par le sort.

Ne me parlez pas d’autre chose

Que des ténèbres où l’on dort!

Que veut-on que je recommence?

Je ne demande désormais

À la création immense

Qu’un peu de silence et de paix!

Pourquoi m’appelez-vous encore?

J’ai fait ma tâche et mon devoir.

Qui travaillait avant l’aurore,

Peut s’en aller avant le soir.

À vingt ans, deuil et solitude!

Mes yeux, baissés vers le gazon,