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Il voulait croire que ce serait Arya. Il voulait revoir son visage, lui sourire et lui ébouriffer les cheveux, lui dire qu’elle était en sécurité. Mais elle ne le sera pas. Winterfell est incendiée et détruite, il n’y a plus de lieux sûrs.

Il ne pouvait pas la garder ici avec lui, malgré toute l’envie qu’il en avait. Le Mur n’était pas un lieu pour une femme, et encore moins pour une jeune fille de noble naissance. Pas question non plus de la confier à Stannis ou à Mélisandre. Le roi ne songerait qu’à la marier avec un de ses hommes, Horpe ou Massey ou Godry Mort-des-Géants, et seuls les dieux savaient à quel usage la femme rouge pourrait vouloir l’employer.

La meilleure solution qu’il vît consistait à l’expédier à Fort-Levant, en demandant à Cotter Pyke de la placer sur un navire en partance pour quelque part, de l’autre côté de la mer, hors d’atteinte de tous ces rois querelleurs. On devrait attendre que tous les navires soient revenus de Durlieu, bien entendu. Elle pourrait rentrer à Braavos avec Tycho Nestoris. Peut-être la Banque de Fer pourrait-elle aider à trouver une noble famille pour la recueillir. Braavos était la Cité libre la plus proche, cependant… Ce qui rendait le choix à la fois le meilleur et le pire. Lorath ou Port-Ibben pourraient être plus sûrs. Où qu’il l’envoie, cependant, Arya aurait besoin d’argent pour vivre, d’un toit au-dessus de sa tête, de quelqu’un pour la protéger. Ce n’était qu’une enfant.

Les anciens appartements de mestre Aemon étaient si chauds que le subit nuage de buée quand Mully ouvrit la porte suffit à les aveugler tous les deux. À l’intérieur, un nouveau feu flambait dans l’âtre, les bûches crépitant et crachotant. Jon enjamba une jonchée de vêtements trempés. « Snow, Snow, Snow », croassèrent d’en haut les corbeaux. La fille était recroquevillée près du feu, enveloppée dans une cape de laine noire trois fois plus vaste qu’elle, et elle dormait à poings fermés.

Elle ressemblait assez à Arya pour faire hésiter Jon, mais un instant seulement. Une fille de grande taille, maigre et dégingandée, toute en jambes et en coudes, aux cheveux bruns noués en une tresse épaisse et retenus par des bandelettes de cuir. Elle avait un visage allongé, un menton pointu, de petites oreilles.

Mais elle était trop vieille, bien trop vieille. Cette fille a presque mon âge. « Est-ce qu’elle a mangé ? demanda Jon à Mully.

— Rien que du pain et un bouillon, messire. » Clydas se leva d’un fauteuil. « Il vaut mieux procéder lentement, comme disait toujours mestre Aemon. Un peu plus, et elle ne l’aurait peut-être pas digéré. »

Mully opina. « Dannel avait une des saucisses de Hobb et lui en a proposé une bouchée, mais elle en a pas voulu. »

Jon ne pouvait lui en faire grief. Les saucisses de Hobb se composaient de lard, de sel et d’ingrédients auxquels mieux valait ne pas trop réfléchir. « Peut-être devrions-nous la laisser se reposer. »

C’est alors que la fille se redressa, serrant la cape contre ses petits seins pâles. Elle parut désorientée. « Où… ?

— Châteaunoir, madame.

— Le Mur. » Ses yeux s’emplirent de larmes. « J’y suis arrivée. »

Clydas s’approcha. « Ma pauvre enfant. Quel âge avez-vous ?

— Seize ans à mon prochain anniversaire. Et je ne suis pas une enfant, mais une femme faite et fleurie. » Elle bâilla, couvrit sa bouche avec la cape. Un genou nu pointa à travers ses replis. « Vous ne portez pas de chaîne. Vous êtes un mestre ?

— Non, répondit Clydas. Mais j’ai été au service de l’un d’eux. »

C’est vrai qu’elle ressemble un peu à Arya, songea Jon. Affamée et amaigrie, mais elle a des cheveux de la même couleur, et les yeux. « On m’apprend que vous m’avez demandé. Je suis…

— … Jon Snow. » La fille rejeta sa tresse en arrière. « Ma maison et la vôtre sont liées par le sang et l’honneur. Écoutez-moi, parent. Mon oncle Cregan est lancé à mes trousses. Vous ne devez pas le laisser me ramener à Karhold. »

Jon la dévisageait. Je connais cette fille. Il y avait quelque chose dans ses yeux, dans sa façon de se tenir, de parler. Un instant, le souvenir lui échappa. Puis lui revint. « Alys Karstark. »

Cela amena le fantôme d’un sourire aux lèvres de la fille. « Je n’étais pas sûre que vous vous souviendriez. J’avais six ans, la dernière fois que vous m’avez vue.

— Vous êtes venue à Winterfell avec votre père. » Le père qu’a décapité Robb. « Je ne me souviens plus pourquoi. »

Elle rougit. « Afin que je rencontre votre frère. Oh, il y avait un autre prétexte, mais c’était la raison véritable. J’avais presque le même âge que Robb, et mon père jugeait que nous pourrions faire un beau couple. Il y a eu un banquet. J’ai dansé avec vous et avec votre frère. Lui, il a été très courtois et m’a dit que je dansais très bien. Vous, vous avez été bourru. Mon père a dit qu’il fallait s’y attendre, avec un bâtard.

— Je me souviens. » Il ne mentait qu’à moitié.

« Vous êtes encore un peu bourru, dit la fille, mais je vous pardonne, si cela peut me sauver de mon oncle.

— Votre oncle… s’agirait-il de lord Arnolf ?

— Il n’est pas lord, répliqua Alys avec mépris. Le lord légitime est mon frère Harry et, par la loi, je suis son héritière. Une fille a préséance sur un oncle. L’oncle Arnolf est un simple gouverneur. En fait, c’est mon grand-oncle, l’oncle de mon père. Cregan est son fils. Je suppose que ça fait de lui mon cousin, mais nous l’avons toujours appelé oncle. Et à présent, ils se sont mis en tête de me le faire appeler époux. » Elle serra le poing. « Avant la guerre, j’étais promise à Daryn Corbois. Nous attendions simplement ma floraison pour nous marier, mais le Régicide a tué Daryn au Bois-aux-Murmures. Mon père m’a écrit qu’il me trouverait un lord sudier à épouser, mais il ne l’a jamais fait. Votre frère Robb lui a coupé la tête pour avoir tué des Lannister. » Sa bouche se tordit. « Il me semblait que la seule raison pour laquelle nous avions marché vers le Sud était de tuer des Lannister.

— Ce n’était pas… aussi simple. Lord Karstark a tué deux prisonniers, madame. Des garçons désarmés, des écuyers dans une cellule. »

Elle n’en parut pas surprise. « Mon père n’a jamais autant beuglé que le Lard-Jon, mais son ire n’en était pas moins dangereuse. Et il est mort, maintenant, lui aussi. Comme votre frère. Mais nous sommes encore en vie, vous et moi. Y a-t-il querelle de sang entre nous, lord Snow ?

— Quand un homme prend le noir, il laisse derrière lui ses querelles. La Garde de Nuit n’a aucune querelle avec Karhold, ni avec vous.

— Bien. Je craignais… J’ai supplié mon père de laisser un de mes frères comme gouverneur, mais aucun d’eux n’aurait voulu manquer la gloire et les rançons à remporter dans le Sud. À présent, Torr et Edd sont morts. Aux dernières nouvelles que nous avons eues, Harry était prisonnier à Viergétang, mais c’était il y a presque un an. Il se peut qu’il soit mort lui aussi. Je ne savais plus où me tourner, sinon vers le dernier fils d’Eddard Stark.

— Pourquoi pas le roi ? Karhold s’est déclaré pour Stannis.

— Mon oncle s’est déclaré pour Stannis, dans l’espoir de pousser les Lannister à prendre la tête de ce pauvre Harry. Si mon frère venait à périr, Karhold m’échoirait, mais mes oncles guignent mon héritage pour s’en emparer. Dès que Cregan m’aura fait un enfant, ils n’auront plus besoin de moi. Il a déjà enterré deux épouses. » Elle essuya une larme avec colère, comme Arya aurait pu le faire. « Voulez-vous m’aider ?