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Une brise fraîche soufflait sur sa terrasse. Daenerys poussa un soupir de plaisir en se glissant dans les eaux de son bassin. Sur son ordre, Missandei se dépouilla de ses vêtements et entra à sa suite. « Ma personne a entendu les Astaporis gratter aux murs, la nuit dernière », raconta la petite scribe en lavant le dos de Daenerys.

Irri et Jhiqui échangèrent un coup d’œil. « Personne ne grattait, dit Jhiqui. Gratter… comment pourraient-ils gratter ?

— Avec leurs mains, répondit Missandei. Les briques sont anciennes et friables. Ils essaient de se creuser un passage vers la cité.

— Cela pourrait leur prendre des années, objecta Irri. Les murs sont très épais. C’est connu.

— C’est connu, approuva Jhiqui.

— Moi aussi, je rêve d’eux. » Daenerys prit Missandei par la main. « Le camp se trouve à un demi-mille de la cité, ma douceur. Personne ne grattait contre les murs.

— Votre Grâce sait mieux que moi, concéda Missandei. Dois-je vous laver les cheveux ? L’heure est presque arrivée. Reznak mo Reznak et la Grâce Verte viennent discuter…

— … des préparatifs du mariage. » Daenerys se releva dans une gerbe d’eau. « J’avais presque oublié. » Peut-être que je voulais l’oublier. « Et après cela, j’ai un dîner avec Hizdahr. » Elle poussa un soupir. « Irri, apporte-moi le tokar vert, celui en soie frangée de dentelle de Myr.

— Il a été donné à repriser, Khaleesi. La dentelle était déchirée. Le tokar bleu a été nettoyé.

— Bleu, soit. Il les satisfera tout autant. »

Elle ne se trompait qu’à moitié. Le prêtre et le sénéchal se réjouirent de la voir drapée dans un tokar, pour une fois vêtue en dame meereenienne convenable, mais ce qu’ils voulaient vraiment, c’était la dénuder totalement. Daenerys les laissa s’expliquer, incrédule. Quand ils eurent fini, elle répondit : « Je tiens à n’offenser personne, mais il est hors de question que je me présente nue devant la mère et les sœurs d’Hizdahr.

— Mais, protesta Reznak mo Reznak en battant des paupières, mais il le faut, Votre Splendeur. Avant un mariage, la tradition exige que les femmes de la maison de l’époux examinent le ventre de la promise et, euh… sa féminité. Afin d’avoir la certitude qu’ils sont bien conformés et, euh…

— … fertiles, acheva Galazza Galare. Un ancien rituel, Votre Splendeur. Trois Grâces seront présentes comme témoins durant l’examen, afin de prononcer les prières convenables.

— Oui, poursuivit Reznak, et ensuite, il y a un gâteau spécial. Un gâteau de femmes, qu’on ne prépare que pour les noces. Les hommes n’ont pas le droit d’y goûter. On m’a raconté qu’il est délicieux. Magique. »

Et si mon ventre est flétri et mes organes féminins maudits, y a-t-il là aussi un gâteau spécial ? « Hizdahr aura tout loisir d’inspecter ma féminité une fois que nous serons mariés. » Le khal Drogo ne leur a trouvé aucun défaut, pourquoi Hizdahr en trouverait-il ? « Que sa mère et ses sœurs s’examinent entre elles et partagent le gâteau spécial. Je n’en mangerai pas. Pas plus que je ne laverai les nobles pieds du noble Hizdahr.

— Votre Magnificence, vous ne comprenez pas, protesta Reznak. Le lavage des pieds est consacré par la tradition. Il signifie que vous serez la servante de votre mari. La tenue de mariage elle aussi est chargée de sens. L’épouse est vêtue de voiles rouge sombre, au-dessus d’un tokar de soie blanche, frangé de perles naines. »

Il ne faudrait pas marier la reine des lapins sans ses longues oreilles. « Toutes ces perles vont s’entrechoquer quand je marcherai.

— Les perles symbolisent la fertilité. Plus Votre Splendeur portera de perles, et plus elle aura d’enfants sains et vigoureux.

— Pourquoi aurais-je envie d’avoir une centaine d’enfants ? » Daenerys se tourna vers la Grâce Verte. « Si nous nous mariions selon le rituel ouestrien…

— Les dieux de Ghis ne considéreraient pas cela comme une véritable union. » Le visage de Galazza Galare était dissimulé derrière un voile de soie verte. Seules paraissaient ses prunelles, vertes, sages et tristes. « Aux yeux de la cité, vous seriez la concubine du noble Hizdahr, et non sa légitime épouse. Vos enfants seraient des bâtards. Votre Splendeur doit épouser Hizdahr dans le Temple des Grâces, en présence de toute la noblesse de Meereen, afin de témoigner de votre union. »

Extirpez les chefs de toutes les nobles familles de leurs pyramides, sous un vague prétexte, avait conseillé Daario. Le dragon s’exprime par le feu et le sang. Daenerys chassa cette pensée. Ce n’était pas digne d’elle. « Comme vous voudrez, soupira-t-elle. J’épouserai Hizdahr dans le Temple des Grâces, emballée dans un tokar blanc frangé de perles naines. Y a-t-il encore autre chose ?

— Juste un simple détail, Votre Splendeur, précisa Reznak. Pour célébrer vos noces, il serait judicieux d’autoriser la réouverture des arènes de combat. Ce serait votre présent de noces à Hizdahr et à votre peuple aimant, un signe que vous avez embrassé les anciens us et coutumes de Meereen.

— Et il satisferait fort les dieux, également », ajouta la Grâce Verte de sa douce voix aimable.

Une dot versée au prix du sang. Daenerys était lasse de livrer ce combat. Même ser Barristan ne pensait pas qu’elle pouvait gagner. « Aucun dirigeant ne peut rendre un peuple bon, lui avait dit Selmy. Baelor le Bienheureux a prié, jeûné et élevé aux Sept un temple de toute la splendeur que pouvaient souhaiter les dieux, et pourtant, il n’a pas pu mettre fin à la guerre et au besoin. » Une reine doit écouter son peuple, se répéta Daenerys. « Après le mariage, Hizdahr sera roi. Qu’il rouvre les arènes, s’il le désire. Je n’en veux aucune part. » Que le sang retombe sur ses mains, et non sur les miennes. Elle se leva. « Si mon mari souhaite que je lui lave les pieds, il devra d’abord laver les miens. Je le lui dirai ce soir. » Elle se demanda comment son promis allait prendre la chose.

Elle n’avait pas besoin de s’inquiéter. Hizdahr zo Loraq arriva une heure après que le soleil se fut couché. Il portait un tokar bordeaux, avec une rayure dorée et une frange de perles dorées. Daenerys lui raconta son entrevue avec Reznak et la Grâce Verte en lui versant du vin. « Ces rituels sont creux, déclara Hizdahr, voilà exactement le genre de choses que nous devons balayer. Meereen croupit depuis trop longtemps dans ces vieilles traditions ridicules. » Il l’embrassa et dit : « Daenerys, ma reine, c’est bien volontiers que je vous laverais de la tête aux pieds si telle était la condition pour devenir votre roi consort.

— Pour être mon roi consort, il vous suffit de m’apporter la paix. Skahaz m’apprend que vous avez reçu des messages, récemment.

— En effet. » Hizdahr croisa ses longues jambes. Il semblait content de lui. « Yunkaï nous accordera la paix, mais à un certain prix. L’interruption du commerce des esclaves a causé de grands torts à travers tout le monde civilisé. Yunkaï et ses alliés exigeront de nous une indemnité, à verser en or et en joyaux. »

L’or et les joyaux étaient choses faciles. « Quoi d’autre ?

— Les Yunkaïis reprendront l’esclavage, comme avant. Astapor sera rebâtie en une cité esclavagiste. Vous n’interviendrez pas.

— Je n’étais pas à deux lieues de leur cité que les Yunkaïis avaient déjà rétabli l’esclavage. Ai-je rebroussé chemin ? Le roi Cleon m’a implorée de me joindre à lui contre eux, et j’ai fait la sourde oreille à ses suppliques. Je ne désire pas la guerre avec Yunkaï. Combien de fois devrai-je le répéter ? Quelles promesses leur faut-il ?