Lady Nym sourit. « Allons, mon oncle, je raffole des serpents.
— Et pour ma part ? demanda Tyerne.
— Ta mère était septa. Oberyn m’a dit un jour qu’elle te lisait L’Étoile à sept branches au berceau. Je te veux à Port-Réal aussi, mais sur l’autre colline. Les Épées et les Étoiles se sont reformées, et ce nouveau Grand Septon n’est point le fantoche qu’étaient les autres. Essaie de devenir proche de lui.
— Pourquoi non ? Le blanc convient à mon teint. J’ai l’air si… pure.
— Bien, commenta le prince. Bien. » Il hésita. « Si… s’il devait se produire certaines choses, je vous en ferais part à chacune par message. La situation peut évoluer rapidement dans le jeu des trônes.
— Je sais que vous ne faillirez pas, cousines. » Arianne alla à chacune à son tour, leur prit la main et leur posa un baiser léger sur les lèvres. « Obara, si féroce. Nymeria, ma sœur. Tyerne, ma douce. Vous m’êtes toutes chères. Le soleil de Dorne vous accompagne.
— Insoumis, invaincus, intacts », prononcèrent les Aspics des Sables, de concert.
La princesse Arianne s’attarda, une fois que ses cousines furent parties. Areo Hotah demeura aussi, comme de juste.
« Ce sont les filles de leur père », observa le prince.
La petite princesse sourit. « Trois Oberyn avec des tétons. »
Le prince Doran en rit. Cela faisait si longtemps qu’Hotah ne l’avait pas entendu rire qu’il avait presque oublié le bruit que cela produisait.
« Je maintiens que ce devrait être à moi d’aller à Port-Réal, et non à lady Nym, rajouta Arianne.
— C’est trop dangereux. Tu es mon héritière, l’avenir de Dorne. Ta place est à mes côtés. Sous peu, tu auras une autre tâche.
— Quant à cette dernière partie, à propos du message. Avez-vous reçu des nouvelles ? »
Le prince Doran partagea avec elle son sourire secret. « De Lys. Une grande flotte y a fait escale pour s’approvisionner en eau. Des vaisseaux volantains pour l’essentiel, qui transportent une armée. Pas un mot sur leur identité, ni sur leur destination. On a parlé d’éléphants.
— Pas de dragons ?
— D’éléphants. Assez facile de dissimuler un jeune dragon dans la cale d’une grosse cogue, toutefois. Daenerys est particulièrement vulnérable en mer. À sa place, je maintiendrais le plus longtemps possible le secret sur moi et mes intentions, afin de prendre Port-Réal par surprise.
— Crois-tu que Quentyn sera avec eux ?
— C’est possible. Ou pas. Nous le saurons par le lieu où ils accosteront, si Westeros est bien leur destination. Quentyn l’amènera à remonter la Sang-vert s’il le peut. Mais rien ne sert de parler de tout cela. Embrasse-moi. Nous nous mettrons en route au point du jour pour les Jardins Aquatiques. »
Nous devrions partir vers midi, en ce cas, jugea Hotah.
Plus tard, quand Arianne eut pris congé, il déposa sa hache de bataille et porta le prince Doran jusqu’à son lit. « Jusqu’à ce que la Montagne brise le crâne de mon frère, aucun Dornien n’avait péri dans cette guerre des Cinq Rois », murmura avec douceur le prince, tandis que Hotah tirait sur lui une couverture. « Dites-moi, capitaine, faut-il mettre cela au compte de ma gloire ou de ma honte ?
— Ce n’est pas à moi de le dire, mon prince. » Servir. Protéger. Obéir. Des serments simples pour des hommes simples. C’était tout ce qu’il savait.
Jon
Val attendait à la porte dans le froid du prélude à l’aube, enveloppée dans une cape en peau d’ours si vaste qu’elle aurait pu convenir à Sam. À côté d’elle se tenait un poney, sellé et bridé, un animal gris hirsute avec un œil blanc. Mully et Edd-la-Douleur se tenaient auprès de Val, improbable couple de gardes. Leur souffle se givrait dans l’air froid et noir.
« Vous lui avez donné un cheval aveugle ? demanda Jon, incrédule.
— Il l’est qu’à demi, m’sire, fit valoir Mully. Sinon, il est bien gaillard. » Il flatta l’encolure du poney.
« Le cheval est peut-être borgne, mais pas moi, déclara Val. Je sais où je dois aller.
— Madame, vous n’êtes pas obligée de faire cela. Les risques…
— … m’appartiennent, lord Snow. Et je suis pas une dame sudière, mais une fille du peuple libre. Je connais la forêt mieux que tous vos patrouilleurs en défroque noire. Elle a pas de fantômes, pour moi. »
J’espère que non. Jon comptait là-dessus, s’en remettant à Val pour réussir où Jack Bulwer le Noir et ses compagnons avaient échoué. Elle n’avait aucun mal à craindre du peuple libre, il l’espérait… mais tous deux ne savaient que trop bien que les sauvageons n’étaient pas seuls aux aguets dans les bois. « Vous avez assez de provisions ?
— Du pain dur, du fromage dur, des gâteaux d’orge, de la morue salée, du bœuf salé, du mouton salé et une outre de vin doux pour me laver la bouche de tout ce sel. Je mourrai pas de faim.
— En ce cas, il est temps de partir.
— Vous avez ma parole, lord Snow. Je reviendrai, avec Tormund ou sans lui. » Val jeta un coup d’œil au ciel. La lune n’était qu’à la moitié de son plein. « Attendez-moi au premier jour de la pleine lune.
— Je le ferai. » Ne me faillis pas, songea-t-il, ou Stannis aura ma tête. « Ai-je votre parole que vous surveillerez de près notre princesse ? » avait demandé le roi, et Jon avait promis qu’il n’y manquerait pas. Mais Val n’est pas princesse. Je le lui ai répété une demi-centaine de fois. C’était une piètre esquive, un triste chiffon pour panser sa parole meurtrie. Jamais son père n’aurait approuvé. Je suis l’épée qui protège les royaumes humains, se remémora Jon, et au bout du compte, cela doit compter davantage que l’honneur d’un seul homme.
La route sous le Mur était aussi ténébreuse et froide que le ventre d’un dragon de glace et aussi sinueuse qu’un serpent. Edd-la-Douleur leur ouvrit la voie pour la traversée, une torche en main. Mully avait les clés des trois portes, où des barreaux en fer noir aussi épais qu’un bras d’homme barraient le passage. Des piquiers à chaque porte portèrent le poing au front face à Jon Snow, mais lorgnèrent sans se cacher Val et son poney.
Lorsqu’ils émergèrent au nord du Mur, par une porte épaisse fraîchement taillée dans du bois vert, la princesse sauvageonne s’arrêta un instant pour contempler le champ couvert de neige où le roi Stannis avait remporté sa bataille. Au-delà attendait la forêt hantée, sombre et silencieuse. La lumière de la demi-lune changeait les cheveux blond miel de Val en argent pâle, et laissait ses pommettes blanches comme neige. Elle prit une profonde inspiration. « L’air a bon goût.
— J’ai la langue trop engourdie pour le savoir. Je ne sens que le froid.
— Le froid ? » Val eut un rire léger. « Non. Quand il fera froid, on aura mal en respirant. Quand viendront les Autres… »
C’était une pensée inquiétante. Six des patrouilleurs qu’avait dépêchés Jon manquaient toujours. Il est trop tôt. Ils peuvent encore revenir. Mais une autre partie de lui insistait : Ils sont morts, jusqu’au dernier. Tu les as envoyés à la mort, et tu recommences avec Val. « Dites à Tormund ce que je vous ai dit.