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— La rébellion de Robert…

— Lord Dustin et moi n’étions pas mariés depuis la moitié d’un an que Robert se souleva et que Ned Stark convoqua ses bannières. J’ai supplié mon époux de ne pas y aller. Il avait des parents qu’il aurait pu envoyer à sa place. Un oncle réputé pour ses prouesses avec la hache, un grand-oncle qui avait combattu dans la guerre des Rois à Neuf Sous. Mais c’était un homme, et plein d’orgueil. Rien n’y fit, il tenait à mener en personne les armées de Tertre-bourg. Je lui ai offert un cheval le jour où il a pris la route, un étalon rouge à la crinière ardente, la fierté des troupeaux de mon père. Mon seigneur a juré qu’il le reconduirait personnellement au bercail au terme de la guerre.

» Ned Stark m’a restitué le cheval sur le chemin qui le ramenait à Winterfell. Il m’a dit que mon seigneur avait connu une mort honorable, que son corps gisait sous les montagnes rouges de Dorne. Il a rapporté les os de sa sœur au Nord, toutefois, et c’est là qu’elle demeure… Mais je vous le jure bien, jamais les os de lord Eddard ne reposeront auprès des siens. J’ai l’intention de les donner à manger à mes chiens. »

Theon ne comprit pas. « Ses… ses os ? »

Les lèvres de Barbrey Dustin se tordirent. C’était un affreux sourire, un sourire qui lui rappela celui de Ramsay. « Catelyn Tully a expédié les os de lord Eddard au nord avant les Noces Pourpres, mais votre oncle fer-né s’est emparé de Moat Cailin et a fermé le passage. Depuis lors, je guette. Si un jour ces os devaient émerger des marécages, ils ne dépasseront pas Tertre-bourg. » Elle jeta un dernier regard appuyé à l’effigie d’Eddard Stark. « Nous en avons terminé, ici. »

La tempête de neige faisait toujours rage lorsqu’ils émergèrent de la crypte. Lady Dustin garda le silence durant l’ascension, mais quand ils se retrouvèrent sous les ruines du Premier Donjon, elle frissonna et dit : « Vous seriez bien inspiré de ne rien répéter de ce que je pourrais avoir raconté là-dessous. Est-ce bien compris ? »

Ça l’était. « Je tiendrai ma langue ou la perdrai.

— Roose vous a bien dressé. » Elle le quitta là.

La Prise du Roi

L’ost du roi quitta Motte-la-Forêt à la lumière d’une aube dorée, se dévidant hors de l’abri des palissades de rondins comme un long serpent d’acier émergeant de son nid.

Les chevaliers sudiers chevauchaient en cottes de plate et de maille, bosselées et trouées par les batailles qu’elles avaient livrées, mais encore assez luisantes pour scintiller en captant le soleil levant. Fanés et tachés, déchirés et ravaudés, leurs bannières et surcots composaient pourtant une mêlée de couleurs au sein du bois d’hiver – azur et orange, rouge et vert, mauve, bleu et or – coruscant parmi des troncs nus et bruns, des pins et des vigiers gris-vert, et des amas de neige salie.

Chaque chevalier avait ses écuyers, des serviteurs et des hommes d’armes. Derrière eux venaient les armuriers, les cuisiniers, les valets de cheval ; des rangées de soldats armés de piques, de haches et d’arcs ; des vétérans de cent batailles, blanchis sous le harnois, et des gamins novices partant livrer leur premier combat. À leurs côtés marchaient les hommes des clans des collines ; des chefs et des champions sur des poneys velus, leurs combattants hirsutes trottant à leur hauteur, harnachés de fourrures, de cuir bouilli et de vieille maille. Certains se peignaient le visage en brun et vert et liaient autour d’eux des brassées de branchages, pour se fondre parmi les arbres.

À l’arrière de la colonne principale suivait le train des bagages : des mules, des chevaux, des bœufs, un mille de chariots et de carrioles chargés de vivres, de fourrage, de tentes et d’autres provisions. En dernier lieu, l’arrière-garde – là encore, des chevaliers en plate et en maille, avec un rideau d’avant-coureurs qui suivaient à demi cachés pour s’assurer qu’aucun ennemi ne venait les prendre par surprise.

Asha Greyjoy voyageait dans le train de bagages à l’intérieur d’un chariot bâché aux deux énormes roues cerclées de fer, ligotée par les poignets et les chevilles et surveillée jour et nuit par une Ourse qui ronflait plus fort que n’importe quel homme. Sa Grâce le roi Stannis ne prenait aucun risque que sa prise échappât à sa captivité. Il avait bien l’intention de la transporter jusqu’à Winterfell, pour y exposer, enchaînée à la vue des seigneurs du Nord, la fille de la Seiche capturée et brisée, preuve de son pouvoir.

Les trompettes veillèrent au départ de la colonne. Les pointes des piques fulguraient à la lumière du soleil levant et, tout au long des bas-côtés, l’herbe luisait d’un givre matinal. Entre Motte et Winterfell s’étiraient cent lieues de forêt. Trois cents milles à vol de corbeau. « Quinze jours », répétaient les chevaliers entre eux.

Asha entendit lord Fell se vanter. « Robert l’aurait accompli en dix. » Robert avait tué son aïeul à Lestival ; on ne savait comment, cela avait élevé les prouesses du vainqueur au niveau du divin, aux yeux du petit-fils. « Robert aurait été dans les murs de Winterfell depuis quinze jours, à adresser des pieds de nez à Bolton du haut des remparts.

— Mieux vaudrait n’en rien dire à Stannis, conseilla Justin Massey, ou il nous fera marcher la nuit, en plus du jour. »

Ce roi vit dans l’ombre de son frère, songea Asha.

Sa cheville lançait encore une pointe de douleur chaque fois qu’elle tentait d’y porter son poids. Quelque chose était cassé à l’intérieur, Asha n’en doutait pas. L’enflure s’était résorbée à Motte, mais la douleur persistait. Une foulure aurait déjà guéri, sûrement. Ses fers s’entrechoquaient à chaque fois qu’elle remuait. Ses liens écorchaient ses poignets et son orgueil. Mais tel était le prix de la soumission.

« Nul n’est jamais mort d’avoir ployé le genou, lui avait un jour dit son père. Celui qui s’agenouille peut se relever, la lame à la main. Celui qui refuse de mettre un genou en terre restera mort, avec ses jambes inflexibles. » Balon Greyjoy avait démontré la vérité de ses paroles lorsque sa première rébellion avait échoué : la Seiche avait ployé le genou devant le Cerf et le Loup-garou, mais seulement pour se dresser à nouveau, une fois Robert Baratheon et Eddard Stark morts.

Et donc, à Motte, la fille de la Seiche avait procédé de même lorsqu’on l’avait jetée devant le roi, ligotée et boiteuse (bien que, par bonheur, pas violée), sa cheville fulgurant de douleur. « Je me rends, Votre Grâce. Faites de moi ce que vous voudrez. Je vous demande seulement d’épargner mes hommes. » Qarl, Tris et le reste des survivants du Bois-aux-Loups représentaient la totalité de ceux qui lui étaient encore chers. Il n’en demeurait que neuf. Nous autres, les neuf loqueteux, les avait baptisés Cromm. Il était le plus gravement blessé.

Stannis lui avait accordé leurs vies. Cependant, elle n’avait discerné chez cet homme aucune mansuétude véritable. Il était déterminé, sans nul doute. Et il ne manquait pas non plus de courage. Les hommes le disaient juste… et s’il pratiquait une justice rude et inexorable, eh bien, la vie dans les îles de Fer y avait accoutumé Asha Greyjoy. Cependant, elle ne parvenait pas à aimer ce roi. Ses yeux bleus profondément enfoncés semblaient en permanence rétrécis par le soupçon, une fureur froide bouillonnant juste sous leur surface. La vie d’Asha signifiait pour lui tant et moins. Elle n’était que son otage, une prise pour montrer au Nord qu’il pouvait défaire les Fer-nés.

Ce en quoi il est bien sot. Défaire une femme avait peu de chance d’impressionner les Nordiens, si elle connaissait la race, et sa valeur comme otage était moins que nulle. Son oncle régnait à présent sur les îles de Fer et l’Œil-de-Choucas se moquerait bien qu’elle vécût ou pérît. Cela pourrait quelque peu importer à la lamentable épave d’époux que lui avait infligée Euron, mais Erik Forgefer n’avait point assez de ressources pour acquitter sa rançon. Toutefois, impossible de faire entendre de telles choses à Stannis Baratheon. Le seul fait qu’elle fût une femme semblait l’offenser. Les hommes des terres vertes aimaient leurs femmes douces, tendres et vêtues de soie, elle le savait, et non bardées de maille et de cuir, une hache de lancer dans chaque main. Mais sa courte fréquentation du roi à Motte-la-Forêt l’avait convaincue qu’il n’aurait pas ressenti plus d’attachement pour elle, si elle avait porté robe. Même avec l’épouse de Galbart Glover, la pieuse lady Sybelle, il avait fait montre de correction et de courtoisie, mais avec un visible embarras. Ce roi sudier semblait de ces hommes pour lesquels les femmes forment une autre race, aussi étrangère et insondable que les géants, les grumequins et les enfants de la forêt. L’Ourse aussi faisait grincer les dents de Stannis.