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Il n’y avait qu’une femme que Stannis écoutait, et il l’avait laissée sur le Mur. « J’aurais pourtant préféré qu’elle fût avec nous », reconnut ser Justin Massey, le blond chevalier qui commandait le train de bagages. « La dernière fois que nous sommes allés à la bataille sans lady Mélisandre, c’était sur la Néra, où l’ombre de lord Renly s’est abattue sur nous et a poussé la moitié de notre ost dans la baie.

— La dernière fois ? demanda Asha. Cette sorcière se trouvait donc à Motte ? Je ne l’ai pas vue.

— C’était à peine une bataille, répondit ser Justin avec un sourire. Vos Fer-nés ont bravement combattu, mais nous avions bien des fois votre nombre, et nous vous avons attaqués par surprise. Winterfell saura que nous arrivons. Et Roose Bolton a autant d’hommes que nous. »

Ou plus, se dit Asha.

Même les prisonniers ont des oreilles, et elle avait entendu toutes les discussions à Motte, lorsque le roi Stannis et ses capitaines débattaient de l’opportunité de cette marche. Ser Justin s’y était opposé dès le départ, ainsi que nombre de chevaliers et de lords venus du Sud avec Stannis. Mais les Loups insistaient ; on ne pouvait souffrir que Roose Bolton tînt Winterfell, et l’on devait sauver la fille du Ned des griffes de son bâtard. Tel était l’avis de Morgan Lideuil, de Brandon Norroit, du Grand Quartaut, des Flint et même de l’Ourse. « Cent lieues, de Motte-la-Forêt à Winterfell », déclara Artos Flint, le soir où le débat en vint à son paroxysme dans la vaste salle de Galbart Glover. « Trois cents milles à vol de corbeau.

— Une longue marche, avait commenté un chevalier du nom de Corliss Penny.

— Pas tant que ça », insista ser Godry, le massif chevalier que les autres appelaient Mort-des-Géants. « Nous en avons parcouru déjà autant. Le Maître de la Lumière nous illuminera un chemin.

— Et quand nous arriverons devant Winterfell ? demanda Justin Massey. Deux remparts séparés par des douves, et une muraille intérieure haute de cent pieds. Jamais Bolton ne la quittera pour nous affronter sur le terrain, et nous n’avons pas assez de provisions pour tenir un siège.

— Arnolf Karstark viendra joindre ses forces aux nôtres, ne l’oublions pas, dit Harbois Fell. Mors Omble également. Nous aurons autant de Nordiens que lord Bolton. Et les bois sont épais au nord du château. Nous dresserons des engins de siège, construirons des béliers… »

Et mourrons par milliers, compléta Asha.

« Nous ferions probablement mieux d’hiverner ici, suggéra lord Cossepois.

— Hiverner ici ? rugit le Grand Quartaut. Combien de provisions et de fourrage imaginez-vous que Galbart Glover a mis de côté ? »

Puis ser Richard Horpe, le chevalier au visage ravagé et son surcot orné de sphinx à tête de mort, se tourna vers Stannis pour lui dire : « Votre Grâce, votre frère… »

Le roi lui coupa la parole. « Nous savons tous ce qu’aurait fait mon frère. Robert aurait galopé seul jusqu’aux portes de Winterfell, les aurait enfoncées avec sa masse de guerre et aurait traversé les décombres pour tuer Roose Bolton de la main gauche, et le Bâtard de la droite. » Stannis se remit debout. « Je ne suis pas Robert. Mais nous allons nous mettre en marche, et nous libérerons Winterfell… ou nous mourrons en nous y efforçant. »

Si les lords pouvaient entretenir des doutes, les simples soldats semblaient avoir foi en leur roi. Stannis avait écrasé les sauvageons de Mance Rayder au Mur et purgé Motte-la-Forêt d’Asha et de ses Fer-nés ; il était le frère de Robert, vainqueur d’une fameuse bataille navale au large de Belle Île, l’homme qui avait tenu Accalmie tout au long de la rébellion de Robert. Et il portait une épée de héros, Illumination, la lame enchantée dont les feux éclairaient la nuit.

« Nos ennemis ne sont pas aussi formidables qu’ils le paraissent, assura ser Justin à Asha lors de leur première journée de marche. Roose Bolton est redouté, mais peu aimé. Et ses amis, les Frey… Le Nord n’a pas oublié les Noces Pourpres. Chaque lord à Winterfell y a perdu quelque famille. Stannis n’a besoin que de faire couler le sang de Bolton, et les Nordiens l’abandonneront. »

C’est ce que tu espères, se dit Asha, mais le roi devra d’abord faire couler son sang. Seul un idiot abandonnerait le camp du vainqueur.

Ce premier jour, ser Justin rendit une demi-douzaine de visites au chariot d’Asha, pour lui apporter à manger et à boire, et des nouvelles de la progression. Homme aux sourires aisés et aux plaisanteries sans fin, grand et bien bâti, avec des joues roses, des yeux bleus et une broussaille de cheveux blond-blanc, pâles comme filasse, qui jouaient au vent, il se montrait un geôlier plein de considération, toujours soucieux du confort de sa captive.

« I’ t’ veut », commenta l’Ourse après la troisième visite du chevalier.

Elle s’appelait plus correctement Alysane de la maison Mormont, mais elle portait l’autre nom avec autant d’aisance que sa maille. Courte, trapue, musclée, l’héritière de l’Île-aux-Ours avait de grosses cuisses, une grosse poitrine et de grosses mains couvertes de cals. Même pour dormir, elle gardait sa maille sous ses fourrures, le cuir bouilli encore au-dessous, et sous le cuir une vieille peau de mouton, retournée pour lui tenir plus chaud. Cette accumulation de strates la faisait paraître presque aussi large que haute. Et féroce. Parfois, Asha Greyjoy avait du mal à se souvenir que l’Ourse et elle avaient à peu près le même âge.

« Il veut mes terres, répliqua Asha. Il guigne les îles de Fer. » Elle reconnaissait les signes. Elle avait déjà vu les mêmes chez d’autres prétendants. Les propres terres ancestrales de Massey, loin au sud, étaient perdues pour lui, aussi se devait-il de conclure un mariage avantageux ou de se résigner à n’être qu’un chevalier de la maison du roi. Stannis avait ruiné les espoirs qu’avait ser Justin d’épouser la princesse sauvageonne dont Asha avait tant entendu parler, aussi avait-il à présent fondé ses espoirs sur elle. Sans doute rêvait-il de l’installer sur le Trône de Grès sur Pyk, et de gouverner à travers elle, en tant que son seigneur et maître. Cela exigerait de la débarrasser de son actuel seigneur et maître, certes… sans parler de l’oncle qui les avait mariés. Peu probable, jugea Asha. L’Œil-de-Choucas pourrait croquer ser Justin à son petit déjeuner sans même roter ensuite.

Peu importait. Les terres de son père ne reviendraient jamais à Asha, quel que fût son futur époux. Les Fer-nés n’étaient pas un peuple enclin au pardon, et Asha avait subi deux défaites. Une fois aux états généraux de la royauté, par son oncle Euron, et de nouveau à Motte-la-Forêt, par Stannis. Plus que suffisant pour l’éliminer, de par son inaptitude à commander. Épouser Justin Massey, ou n’importe lequel des nobliaux de Stannis Baratheon, serait plus néfaste qu’utile. La fille de la Seiche s’est révélée n’être qu’une femme, finalement, se diraient capitaines et rois. Regardez-la écarter les cuisses pour ce lord avachi des terres vertes.