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La reine se leva. « Bien, nous en avons terminé pour aujourd’hui. »

Daario et ser Barristan la suivirent jusqu’en haut de l’escalier menant à ses appartements. « Voilà qui change tout, déclara le vieux chevalier.

— Voilà qui ne change rien, répondit Daenerys tandis qu’Irri lui retirait sa couronne. À quoi servent trois hommes ?

— Trois chevaliers, corrigea Selmy.

— Trois menteurs, dit Daario d’un ton noir. Ils m’ont trompé.

— Et acheté, en plus, je n’en doute pas. » Il ne se donna pas la peine de le nier. Daenerys déroula le parchemin pour l’examiner de nouveau. Braavos. Ceci a été établi à Braavos, pendant que nous vivions dans la maison à la porte rouge. Pourquoi ressentait-elle une aussi curieuse impression ?

Elle se remémora son cauchemar. Il y a parfois du vrai dans les rêves. Hizdahr zo Loraq serait-il à la solde des conjurateurs, était-ce là le sens de son rêve ? Ce rêve aurait-il été un message ? Les dieux lui disaient-ils d’écarter Hizdahr et d’épouser plutôt ce prince de Dorne ? Quelque chose chatouilla sa mémoire. « Ser Barristan, quelles sont les armes de la maison Martell ?

— Un soleil en majesté, transpercé d’une lance. »

Le fils du soleil. Un frisson la traversa. « Des ombres et des chuchotements. » Que lui avait dit d’autre Quaithe ? La jument pâle et le fils du soleil. Il y avait un lion dans l’affaire, en sus, et un dragon. Ou bien serait-ce moi, ce dragon ? « Défie-toi du sénéchal parfumé. » Cela, elle s’en souvenait. « Des rêves et des prophéties. Pourquoi faut-il toujours qu’ils s’expriment par énigmes ? J’ai horreur de ça. Oh, laissez-moi, ser. C’est demain le jour de mes noces. »

Cette nuit-là, Daario la prit de toutes les façons dont un homme peut prendre une femme, et elle se donna à lui sans nulle réticence. La dernière fois, alors que le soleil se levait, elle usa de sa bouche pour le raidir à nouveau, comme Doreah le lui avait appris il y avait longtemps, puis elle le monta avec tant de fougue que la blessure du capitaine se remit à saigner et que, l’espace d’un délicieux battement de cœur, elle ne sut plus dire s’il était en elle, ou elle en lui.

Mais quand le soleil se leva sur le jour de ses noces, Daario l’imita, revêtant sa tenue et bouclant son baudrier avec ses catins d’or lustré. « Où vas-tu ? lui demanda Daenerys. Je t’interdis de faire une sortie aujourd’hui.

— Ma reine est cruelle, répliqua son capitaine. Si je ne peux pas tuer tes ennemis, comment vais-je me distraire pendant qu’on te marie ?

— À la tombée de la nuit, je n’aurai plus d’ennemis.

— C’est encore que l’aurore, douce reine. Le jour est long. Assez de temps pour une dernière sortie. Je te rapporterai la tête de Brun Ben Prünh en cadeau de noces.

— Pas de tête, insista Daenerys. Un jour, tu m’as apporté des fleurs.

— Qu’Hizdahr t’offre des fleurs. Certes, il n’est pas du genre à se pencher pour cueillir un pissenlit, mais il a des serviteurs qui seront heureux de le faire à sa place. Ai-je ta permission d’aller ?

— Non. » Elle voulait qu’il restât à la serrer dans ses bras. Un jour il partira et ne reviendra pas, se dit-elle. Un jour, un archer plantera une flèche dans son torse, ou dix hommes se jetteront sur lui avec des piques, des épées, des haches, dix hommes qui voudront devenir des héros. Cinq d’entre eux mourraient, mais cela ne rendrait pas le chagrin de Daenerys plus aisé à supporter. Un jour, je le perdrai comme j’ai perdu mon soleil et mes étoiles. Mais par pitié, dieux, pas aujourd’hui. « Reviens au lit et embrasse-moi. » Personne ne l’avait jamais embrassée comme Daario Naharis. « Je suis ta reine, et je t’ordonne de me baiser. »

Elle avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais les yeux de Daario se firent durs à ces paroles. « Baiser une reine est un travail de roi. Ton noble Hizdahr pourra s’en charger, une fois que vous serez mariés. Et s’il se révèle de trop haute naissance pour une tâche qui donne si chaud, il a des serviteurs qui auront également plaisir à s’en charger à sa place. Ou tu pourrais faire venir le petit Dornien dans ton lit, et son ami au joli minois aussi, pourquoi pas ? » Il quitta la chambre à grands pas.

Il va effectuer une sortie, comprit Daenerys, et s’il prend la tête de Ben Prünh, il entrera durant le banquet de noces et la jettera à mes pieds. Que les Sept me préservent. Pourquoi ne pouvait-il pas être mieux né ?

Quand il fut parti, Missandei apporta à la reine un frugal repas, fromage de chèvre et olives, avec des raisins secs en dessert. « Votre Grâce a besoin de déjeuner d’autre chose que de vin. Vous êtes toute menue et, assurément, vous aurez besoin de toutes vos forces, aujourd’hui. »

La réflexion fit rire Daenerys, de la part d’une gamine si menue. Elle s’appuyait tant sur la petite scribe qu’elle l’oubliait souvent : Missandei venait tout juste d’avoir onze ans. Elles partagèrent la nourriture sur la terrasse. Tandis que Daenerys grignotait une olive, la Naathie la considéra avec des yeux d’or fondu et lui déclara : « Il n’est pas trop tard pour leur dire que vous avez décidé de ne pas vous marier. »

Et pourtant si, songea la reine avec tristesse. « Hizdahr est d’un sang noble et ancien. Notre union rassemblera mes affranchis et son peuple. Lorsque nous ne ferons plus qu’un, la cité nous imitera.

— Votre Grâce n’aime pas le noble Hizdahr. Ma personne estime que vous préféreriez avoir un autre pour mari. »

Je ne dois pas penser à Daario aujourd’hui. « Une reine aime où elle doit, non où elle veut. » Tout appétit l’avait quittée. « Emporte cette nourriture, dit-elle à Missandei. Il est temps que je prenne mon bain. »

Ensuite, alors que Jhiqui séchait Daenerys en la tamponnant, Irri approcha avec son tokar. Daenerys enviait aux caméristes dothrakies leurs pantalons lâches en soie des sables et leurs gilets peints. Elles seraient beaucoup plus au frais qu’elle dans son tokar, avec sa lourde frange de perles naines. « Aidez-moi à enrouler ça autour de moi, je vous prie. Je ne peux pas me dépêtrer seule de toutes ces perles. »

Elle aurait dû être dévorée d’anticipation en songeant à son mariage et à la nuit qui suivrait, elle le savait. Elle se rappela la nuit de ses premières noces, quand le khal Drogo l’avait déflorée sous les étoiles intruses. Elle se souvenait combien elle avait eu peur, et combien elle était excitée. En irait-il de même avec Hizdahr ? Non. Je ne suis plus la fille que j’étais, et il n’est pas mon soleil et mes étoiles.

Missandei réémergea de la pyramide. « Reznak et Skahaz sollicitent l’honneur d’escorter Votre Grâce jusqu’au Temple des Grâces. Reznak a ordonné de préparer votre palanquin. »

Les Meereenais allaient rarement à cheval, dans l’enceinte de la cité. Ils préféraient les palanquins, les litières et les chaises à porteurs, posées sur les épaules de leurs esclaves. « Les chevaux souillent les rues, lui avait expliqué un homme de Zahk. Pas les esclaves. » Daenerys avait affranchi les esclaves ; pourtant, palanquins, litières et chaises à porteurs encombraient les rues comme par le passé, et aucun d’entre eux ne flottait par magie dans les airs.

« La journée est trop chaude pour s’enfermer dans un palanquin, décida Daenerys. Faites seller mon argenté. Je ne voudrais point rejoindre le seigneur mon époux sur le dos de porteurs.

— Votre Grâce, insista Missandei, ma pauvre personne le déplore, mais vous ne pouvez pas chevaucher en tokar. »