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La petite scribe avait raison, comme bien souvent. Le tokar n’était pas un vêtement conçu pour la monte. Daenerys fit une moue. « Tu as raison. Pas le palanquin, pourtant. Je suffoquerais, derrière ces tentures. Fais-leur préparer une chaise à porteurs. » Si elle devait arborer ses oreilles de lapin, que tous les lapins puissent la voir.

Quand Daenerys effectua sa descente, Reznak et Skahaz tombèrent à genoux. « Votre Excellence brille d’un tel éclat que vous aveuglerez tout homme qui osera vous regarder », déclara Reznak. Le sénéchal portait un tokar de samit bordeaux avec des franges dorées. « Hizdahr zo Loraq est très fortuné, de vous avoir… et vous, de l’avoir, lui, si je puis avoir la hardiesse de le dire. Cette union va sauver notre cité, vous verrez.

— Nous prions pour cela. Je veux planter mes oliviers et les voir fructifier. » Quelle importance si les baisers d’Hizdahr ne me contentent pas ? La paix me satisfera. Suis-je une reine ou une simple femme ?

« Les foules grouillent comme des nuées de mouches, aujourd’hui. » Le Crâne-ras était vêtu d’une jupe plissée noire et d’un plastron à la musculature moulée, et il avait sous son bras un casque d’airain conformé en tête de serpent.

« Ai-je à craindre les mouches ? Tes Bêtes d’airain me protégeront de tout mal. »

Le crépuscule régnait en permanence dans la base de la Grande Pyramide. Des murs de trente pieds d’épaisseur étouffaient le tumulte des rues et gardaient la chaleur au-dehors, si bien qu’il faisait frais et sombre à l’intérieur. L’escorte se constituait face aux portes. Les chevaux, les mules et les ânes étaient placés dans les stalles contre le mur de l’ouest, les éléphants contre le mur de l’est. En même temps que sa pyramide, Daenerys avait acquis trois de ces énormes animaux bizarres. Ils lui rappelaient des mammouths gris et chauves, malgré leurs défenses raccourcies et dorées ; et leurs yeux étaient tristes.

Elle trouva Belwas le Fort en train de manger des raisins, tandis que Barristan Selmy surveillait un garçon d’écurie qui assurait la sangle de son gris pommelé. Les trois Dorniens se trouvaient avec lui, en pleine discussion, mais ils s’interrompirent quand la reine apparut. Leur prince mit un genou en terre. « Votre Grâce, je me dois de vous implorer. Les forces de mon père déclinent, mais son dévouement à votre cause reste aussi fort que jamais. Si mes façons ou ma personne vous ont déplu, j’en ai de la peine, mais…

— Si vous voulez me plaire, ser, soyez heureux pour moi, lui répondit Daenerys. C’est aujourd’hui le jour de mes noces. On dansera dans la Cité Jaune, je n’en doute pas. » Elle poussa un soupir. « Levez-vous, mon prince, et souriez. Un jour, je reviendrai à Westeros pour faire valoir mes droits au trône de mon père, et je me tournerai vers Dorne pour son aide. Mais en ce jour, les Yunkaïis ont encerclé d’acier ma cité. Je peux mourir avant que de voir les Sept Couronnes. Hizdahr peut mourir. Westeros peut être engloutie sous les flots. » Daenerys lui embrassa la joue. « Venez. Il est temps que je me marie. »

Ser Barristan l’aida à monter dans sa chaise à porteurs. Quentyn rejoignit ses compatriotes. Belwas le Fort beugla pour faire ouvrir les portes, et Daenerys Targaryen fut portée dans le soleil. Selmy vint se placer à sa hauteur sur son gris pommelé.

« Dites-moi, demanda Daenerys tandis que la procession se dirigeait vers le Temple des Grâces, si mon père et ma mère avaient été libres de suivre leur cœur, qui auraient-ils épousé ?

— C’était il y a longtemps, Votre Grâce ne les connaîtrait pas.

— Mais vous le savez, vous. Dites-moi. »

Le vieux chevalier inclina la tête. « La reine votre mère avait toujours à l’esprit son devoir. » Il était beau dans son armure d’or et d’argent, sa grande cape blanche flottant à ses épaules, mais on aurait dit un homme qui souffrait, à l’entendre, comme si chaque mot était un calcul que son rein devait éliminer. « Petite fille, cependant… Elle s’était une fois entichée d’un jeune chevalier des terres de l’Orage qui avait porté sa faveur durant un tournoi et l’avait nommée reine d’amour et de beauté. Une brève chose.

— Qu’est devenu ce chevalier ?

— Il a rangé sa lance le jour où la dame votre mère a épousé votre père. Il est ensuite devenu fort pieux, et on l’entendit dire que seule la Jouvencelle pouvait remplacer la reine Rhaella dans son cœur. C’était une passion impossible, bien entendu. Un chevalier fieffé n’est point un consort digne d’une princesse de sang royal. »

Et Daario Naharis n’est qu’une épée-louée, indigne même de boucler les éperons d’or d’un chevalier fieffé. « Et mon père ? Y avait-il une femme qu’il aimait plus que sa reine ? »

Ser Barristan parut mal à l’aise sur sa selle. « Aimait… Aimait, non. Peut-être le mot voulait conviendrait-il mieux, mais… ce n’étaient que ragots de cuisine, des rumeurs de lavandières et de garçons d’écurie…

— Je veux savoir. Je n’ai jamais connu mon père. Je veux tout savoir de lui. Le bon et le… reste.

— Si vous l’ordonnez. » Le chevalier blanc choisit ses mots avec soin. « Le prince Aerys… Dans sa jeunesse, il s’était entiché d’une certaine dame de Castral Roc, cousine de Tywin Lannister. Lorsque Tywin et elle se sont mariés, votre père a abusé du vin au banquet de noces et on l’a entendu clamer que c’était grande pitié que le droit du seigneur à la première nuit ait été aboli. Plaisanterie d’après boire, rien de plus, mais Tywin Lannister n’était pas homme à oublier de telles paroles, ni les… les libertés prises par votre père au moment du coucher. » Son visage s’empourpra. « J’en ai trop dit, Votre Grâce. Je…

— Gracieuse reine, quelle heureuse rencontre ! » Une autre procession était venue accoster la sienne, et Hizdahr zo Loraq lui souriait depuis sa propre chaise à porteurs. Mon roi. Daenerys se demanda où se trouvait Daario Naharis, ce qu’il faisait. Si nous étions dans une histoire, il arriverait au galop juste au moment où nous atteindrions le temple, pour défier Hizdahr et remporter ma main.

Côte à côte, les processions de la reine et d’Hizdahr zo Loraq traversèrent lentement Meereen, jusqu’à ce qu’enfin le Temple des Grâces se dressât devant eux, ses dômes d’or clignotant au soleil. Comme c’est beau, essaya de se dire la reine, mais, en son for intérieur, une petite idiote ne pouvait s’empêcher de chercher Daario autour d’elle. S’il t’aimait, il viendrait t’enlever à la pointe de l’épée, comme Rhaegar a emporté sa Nordienne, insistait la gamine en elle, mais la reine savait que c’était pure sottise. Même si son capitaine avait la folie de s’y risquer, les Bêtes d’airain l’abattraient avant qu’il n’approchât à cent pas d’elle.

Galazza Galare les attendait devant les portes du temple, entourée par ses sœurs en blanc, rose et rouge, bleu, or et pourpre. Elles sont moins nombreuses que par le passé. Daenerys chercha des yeux Ezzara, et ne la trouva pas. La dysenterie l’aurait-elle emportée, elle aussi ? Bien que la reine ait laissé les Astaporis mourir de faim sous ses murs pour empêcher la propagation de l’épidémie, celle-ci se propageait quand même. Beaucoup avaient été frappés : des affranchis, des épées-louées, des Bêtes d’airain, et même des Dothrakis, bien que, jusqu’ici, aucun Immaculé n’ait été atteint. Elle pria pour que le pire fût passé.

Les Grâces firent avancer un fauteuil d’ivoire et une coupe d’or. Retenant délicatement son tokar afin de ne pas marcher sur ses franges, Daenerys Targaryen s’installa sur le siège de velours du fauteuil, et Hizdahr zo Loraq se mit à genoux, lui délaça les sandales et lava ses pieds tandis que cinquante eunuques chantaient et que dix mille yeux contemplaient la scène. Il a les mains douces, songea-t-elle, tandis que des chrêmes parfumés coulaient entre ses doigts de pied. S’il a le cœur aussi doux, je pourrais m’attacher à lui, avec le temps.