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Aucune réaction. Il frappa plus fort, rongé d’inquiétude. Pourquoi Hopkirk avait-il tout fermé ? Pourquoi Marie ne venait-elle pas l’accueillir ?

Sa paume le brûlait à force de cogner. De nouveau, il fit un pas en arrière et renversa la tête. « Allez ! » dit-il à voix basse.

À l’une des fenêtres apparut une faible lueur, une ombre qui se déplaçait. Fegan crispa les poings. Il entendit un bruit de portes qu’on ouvrait et refermait. La lumière se fit en bas. Ensuite, le cliquètement du métal, des verrous tirés et une clé dans la serrure. La porte s’entrebâilla sur deux yeux chaussés de lunettes.

« Qu’est-ce que vous faites là ? Que voulez-vous ?

— Laissez-moi entrer, dit Fegan. Je veux voir Marie.

— Qui ?

— Marie, ma femme. »

Hopkirk fronça les sourcils.

« Je croyais qu’elle était avec vous.

— Quoi ?

— Elle est allée manger un morceau avec la petite en début de soirée. Comme elle n’est pas revenue, j’ai pensé qu’elle vous avait retrouvé quelque part.

— Et nos bagages ? Où sont-ils ?

— Je ne sais pas. Je me suis dit que… »

Fegan appuya la main sur la porte. « Laissez-moi entrer.

— Ils sont peut-être encore dans la chambre. Je vais voir… »

Fegan colla son épaule contre le battant. « Ouvrez-moi. »

Hopkirk résistait. « Attendez, j’en ai pour une minute. »

Sous la poussée de Fegan, la porte céda. Hopkirk recula contre une table de la salle à manger désaffectée.

« Allez-y, dit-il, les yeux rétrécis derrière ses épaisses lunettes. Si vos valises sont encore là, prenez-les et fichez-moi le camp. Je me moque de ne pas être payé. »

Fegan entra. « Où est-elle ?

— Je ne sais pas. Elle est partie vers sept heures. Je ne l’ai pas revue.

— Vous avez eu de la visite ? »

Hopkins baissa les yeux. « Non.

— Vous mentez. »

L’hôtelier prit une profonde inspiration. « Un homme est venu. Il a dit qu’il était de la police, mais je ne l’ai pas cru.

— À quoi il ressemblait ? »

Hopkirk tenta d’échapper aux doigts de Fegan qui lui serraient le bras. « Grand et mince, comme vous, mais plus jeune. Avec des cheveux brun châtain, une barbe mal taillée. Il avait l’air un peu amoché et il boitait.

— Campbell, murmura Fegan. C’était Campbell. »

Hopkirk se détacha et fit un pas de côté. « Il ne s’est pas présenté.

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

— Il a juste demandé où vous étiez. » Hopkirk s’effaça pour mettre une table entre lui et Fegan.

« Qu’est-ce que vous avez répondu ?

— La vérité. Que je ne savais pas.

— Nom de Dieu… » Fegan plaqua les mains contre ses tempes comme pour comprimer la peur. « C’est pas vrai ! »

Hopkirk reculait toujours. « Allez chercher vos affaires et partez. Je ne peux rien faire de plus pour vous. »

Fegan se dirigea vers l’escalier, au fond de la pièce. Il ralentit le pas devant la porte du bar, serra les dents et continua son chemin malgré le nœud qui le prenait à la gorge. Après avoir grimpé la volée de marches en colimaçon, il s’engagea dans le couloir, mais une fois devant la porte de la chambre, se rappela qu’il n’avait pas la clé. Tant pis. Il frappa du pied contre le battant, juste sous la poignée.

« Attendez ! s’écria Hopkirk qui se précipitait dans l’escalier. Ne faites pas ça ! »

Fegan donna un autre coup de pied. Un morceau de bois s’arracha au chambranle quand la porte céda. Il alluma la lumière et entra dans la pièce. Les bagages n’avaient pas été déplacés ; son sac au pied du lit, fermé. Alors qu’il s’approchait pour en vérifier le contenu, Hopkirk apparut sur le seuil.

« Tirez-vous », dit Fegan.

Hopkirk se réfugia dans la pénombre du couloir. Fegan posa le sac sur le lit, l’ouvrit, écarta les liasses de billets et les vêtements. Les cartouches de neuf millimètres se trouvaient encore au fond, ainsi que le Glock de Campbell. Après un rapide coup d’œil par-dessus son épaule, il sortit le Walther de sa poche et le fourra dans le sac.

Son portable vibra contre sa poitrine. Il sursauta, attrapa l’appareil et regarda le numéro qui s’affichait.

Le cœur battant la chamade, il appuya sur la touche verte et porta le téléphone à son oreille. « Marie ? »

À travers un vague grésillement, il entendit le bruit de pas lourds sur un plancher et des sanglots déchirants.

« Marie ? »

Une voix d’homme, à distance, lâcha un ordre cinglant qu’il ne comprit pas. Dans sa gorge tenaillée par la soif se logea une boule d’angoisse.

« Marie ?

— Gerry ? »

Il ferma les yeux.

« Gerry. Ils m’ont emmenée, avec Ellen… »

45

« Il arrive », annonça Campbell. Debout dans la grange, toutes lumières éteintes, il luttait contre la nausée que faisait monter en lui la puanteur de l’arène.

« Et alors ? demanda l’agent.

— Et alors, quoi ? Il est foutu. Ils vont lui régler son compte.

— Mais… Ils ne savent pas ce qui s’est passé ?

— Pour le flic dans la voiture de Toner ? Si, ils sont au courant. »

L’agent demeura silencieux. « Je ne comprends pas, reprit-il. Ça devrait changer leurs plans. S’ils ne livrent pas Fegan aux autorités, les unionistes les tiendront pour responsables. McGinty n’aura plus aucune marge de manœuvre. Ils risquent de tout foutre en l’air à Stormont.

— C’est ce que j’ai expliqué à McGinty, mentit Campbell. Il refuse de m’écouter.

— McGinty est malin, pourtant. Une connerie pareille, ça ne lui ressemble pas.

— Ils veulent éliminer Fegan. Point final. »

Campbell entendait l’agent respirer. « Il n’y a pas un moyen d’empêcher ça ?

— Je ne vois pas comment.

— Fais tout ce que tu peux. C’est une menace terrible pour le processus politique. Essaie de voir si… »

Un rai de lumière s’allongea dans la cour, éclairant la porte de la grange. « Faut que je raccroche », dit Campbell.

Des pas s’approchaient. Deux personnes. L’une avec une démarche assurée, l’autre, hésitante. Il recula dans l’obscurité de la grange.

« Tu aurais dû te tirer quand c’était possible, dit McGinty. Si tu avais accepté, tu ne serais pas dans un tel pétrin.

— Laisse-moi rentrer dans la maison, dit Marie. S’il te plaît. Je ne veux pas qu’Ellen soit seule.

— Eddie s’occupe d’elle. Pourquoi tu n’es pas partie ? Je t’ai offert l’occasion sur un plateau.

— Parce que je ne voulais pas. Pourquoi je serais obligée ? Les choses ont changé, non ? Enfin, Paul. C’était il y a des années.

— Moi, ça ne me paraît pas si lointain. Ça me fait encore mal quand j’y pense. »

Marie eut un rire cassant, plein de haine. « Toi, tu as mal ? Rien ne t’atteint.

— Détrompe-toi. On me prend pour un homme sans cœur, incapable d’émotions. Mais te voir avec Lennon — un flic, bon sang —, qu’est-ce que tu crois que j’ai éprouvé ?

— Je ne supportais plus cette vie-là. Tu ne comprends pas ? Tu étais marié, Paul. Je n’en pouvais plus de fermer les yeux sur ça… et tout le reste. De faire semblant d’ignorer tes activités.

— Je n’ai jamais…

— Mais c’est toi qui tirais les ficelles. Arrête de rejeter la faute sur les autres. »