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McGinty durcit le ton. « Il y a des gens qui voulaient ta mort, à l’époque.

— Tu crois que je ne le savais pas ? Tu ne peux pas imaginer comme j’avais peur. »

Campbell se coula sans bruit vers l’entrée de la grange. Il distinguait de vagues silhouettes, dans la faible lumière jetée par les fenêtres de la maison.

« J’aurais peut-être dû les laisser te tuer, toi et ton flic », dit McGinty. »

Campbell tressaillit en entendant la gifle de Marie qui claqua contre la joue de McGinty. Il sursauta à nouveau quand McGinty rendit le coup, si fort que Marie tomba sur le ciment mouillé. Immobile, elle leva les yeux vers lui.

« Et qu’est-ce que tu fabriques avec Fegan ? reprit McGinty.

— Va te faire foutre.

— Réponds-moi. »

Marie lui cracha sur les pieds.

McGinty s’accroupit à ses côtés. « Il est fou à lier, Marie ! C’est un malade.

— Un malade ? Plus que toi, ou que cette brute de O’Kane ? lança-t-elle en désignant la maison.

— Tu ne sais pas ce qu’il a fait ? Il a buté un flic à Belfast, il y a deux heures à peine. Il a tué Vincie Caffola et le père Coulter. » McGinty posa la main sur l’épaule de Marie, qui niait en secouant la tête. « Il a assassiné ton oncle Michael.

— Tu mens ! Vincie Caffola a été tué par la police, tu l’as dit toi-même. Tu présentes toujours les choses comme ça t’arrange. »

McGinty écarta une mèche de cheveux qui glissait sur le front de la jeune femme. « Non, c’est la vérité. Les autres tombent dans le panneau et croient à ton petit jeu, mais moi, je te connais. Tu ressembles à ton oncle, aussi dure que lui, avec un cœur de pierre. Et maintenant, tu as jeté ton dévolu sur Gerry Fegan. À quoi te sert-il ? C’était pareil avec le flic, hein ? Tu l’as utilisé pour te venger de moi. » Il soupira. « Tu as toujours eu de mauvaises fréquentations. »

Elle baissa les yeux. « Laisse-moi aller voir Ellen.

— D’accord », dit McGinty. Il se redressa, puis l’aida à se relever. « Vas-y. »

Marie sécha ses larmes et partit vers la maison. L’espace d’une seconde, la lumière qui encadrait sa silhouette à la porte éclaira Campbell, juste avant qu’il n’ait le temps de reculer dans la grange.

« Davy ? lança McGinty. Davy, c’est toi ? »

Campbell ferma les yeux et jura dans sa barbe. « Oui, Mr. McGinty. C’est moi. »

McGinty fit quelques pas dans sa direction. « Qu’est-ce que tu fais là ?

— Ça pue, cette maison. Je suis sorti prendre l’air.

— Dans la grange ?

— J’ai entendu des voix… Je ne voulais pas être indiscret. »

McGinty s’approcha encore. « Qu’est-ce que tu as entendu ?

— Rien, dit Campbell. J’étais trop loin. »

La lumière jaillit à nouveau dans la cour, bloquée par la carrure massive de Bull O’Kane. Son pas lourd résonnait sur le ciment.

« Retournez dans la maison, vous deux. »

McGinty ne bougea pas. « On arrive, dit-il enfin. Tu voulais parler à Davy tout à l’heure, Bull ?

— Exact. » Un sourire s’élargit sur le visage sanguin de O’Kane. Campbell tenta de s’esquiver. « Me parler de quoi ? »

Avec une rapidité qu’on n’aurait pu soupçonner chez un homme de sa corpulence, O’Kane le retint par le bras. « Ça ne prendra pas longtemps. »

McGinty vint le flanquer de l’autre côté. « On y va, Davy. »

Campbell s’affola. Il voulut prendre l’arme qu’il avait cachée dans son dos, mais McGinty lui attrapa le poignet.

« Laisse tomber, Davy. » Sa voix était chaude et douce comme la pluie qui noyait la campagne. « N’aggrave pas ton cas. »

46

Bull O’Kane tournait en rond dans la pièce, lentement. Il regardait tour à tour chacune des personnes présentes en tirant avec force sur sa cigarette, la gorge brûlante. Pádraig occupait presque toute la moitié du canapé, tandis que cet imbécile de Coyle se serrait à l’autre extrémité en souriant de travers. McGinty était debout en face, appuyé contre le rebord de la fenêtre, une cigarette entre les doigts — son chauffeur avait remplacé Coyle pour surveiller la femme et l’enfant. Impossible de savoir ce qu’il pensait, celui-là. Fuyant et retors, toujours à chercher les failles. O’Kane ne lui faisait aucune confiance, mais on devait bien reconnaître qu’il était malin. Trop malin d’ailleurs, depuis quelque temps. Et en plus, il se permettait de le contredire devant les autres.

Downey et Malloy attendaient Fegan au bout du chemin. Tous les autres employés de la ferme avaient été renvoyés chez eux. L’affaire devait rester secrète.

Et puis il y avait Davy Campbell, debout au centre de la pièce, seul. Le renégat du Black Watch. L’Écossais qui défendait l’Irlande. Comment avait-il réussi à se protéger depuis si longtemps ? se demanda O’Kane. Lui, il puait la balance. Ça se sentait rien qu’à l’odeur de sa transpiration. N’importe qui l’aurait deviné.

« Tu as quelque chose à nous raconter, Davy ? » O’Kane écrasa sa cigarette par terre avec le talon de sa botte.

Campbell répondit calmement, mais son regard manquait d’assurance. « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

O’Kane continuait d’arpenter la pièce sans le lâcher des yeux. « Je te demande si tu as quelque chose à nous raconter. Un souci que tu aimerais partager ?

— Je ne vois pas de quoi vous parlez. »

O’Kane lui envoya un coup de pied derrière le genou. Campbell s’effondra. On entendit le claquement de sa rotule brisée sur le plancher. Il poussa un cri et porta la main à ses côtes. Son visage devint tout rouge.

« On n’est pas là pour rigoler, Davy. Arrête tes conneries. »

Inutile de lui promettre la vie sauve en échange de la vérité. Campbell savait que de toute façon, sa peau ne valait pas cher s’il lâchait le morceau. Il monterait un bobard pour essayer de gagner du temps. Mais O’Kane était sûr de son fait. En ce moment même, l’abruti qui l’avait renseigné au Secrétariat d’État pour l’Irlande du Nord s’offrait des vacances dans le sud du Portugal, en plus de la somme rondelette créditée à son fonds de retraite. Personne n’ignorait qu’on ne mentait pas à Bull O’Kane, quel que soit le prix. La source était fiable, et maintenant, il voulait entendre le reste.

« Tu ne réussiras pas à te défiler, reprit-il. Alors dis-moi qui est derrière ton agent. Tu mourras plus vite, c’est ce que tu peux espérer de mieux. »

Campbell demeurait à terre. « Je ne vois pas de quoi vous… »

Cette fois, O’Kane lui balança un violent coup de pied dans les côtes. Campbell se tordit de douleur, bouche ouverte dans un cri silencieux. Des larmes jaillirent de ses yeux, au grand plaisir de O’Kane. Pour lui, faire pleurer un homme, même des plus tenaces, avait toujours été chose facile.

Il se tourna vers Coyle. « T’as envie de te défouler ?

— Un peu, oui ! » Coyle s’avança, un rictus sur son visage contusionné.

O’Kane s’écarta. « Ne te gêne pas. Mais quand je te le dis, tu arrêtes. »

Attrapant Campbell par les cheveux, Coyle lui renversa la tête en arrière. « À nous deux, mon salaud. »

Campbell se hissa sur les genoux. « Va te faire foutre », grommela-t-il.

Coyle lui envoya son pied dans l’entrejambe. Campbell gémit et retomba, mais déjà Coyle le soulevait par les cheveux. « Moi ? Que j’aille me faire foutre ? » Il éclata d’un rire sauvage, puis se pencha sur lui. « C’est à moi que tu dis ça ? Je crois que t’as pas bien compris ce qui t’arrive, là, Davy. »