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Serrant son poing droit, il recula le bras pour le frapper à la mâchoire. Le bruit de l’impact fit tressaillir McGinty. O’Kane se retint de rire quand Coyle accusa le choc et se frotta les articulations.

Campbell s’affaissa, inerte. Coyle le tira à nouveau par les cheveux et le gifla. « Regarde-moi, connard. »

Campbell laissa échapper un faible gémissement. Malgré le malaise qui lui serrait le ventre, O’Kane se tut.

Encore une gifle de Coyle. « Qu’est-ce que tu dis ? »

Campbell entrouvrit les paupières. Il articula des mots inaudibles.

Coyle s’approcha pour écouter.

« Imbécile ! » lâcha O’Kane au moment où les dents de Campbell se refermaient sur l’oreille de Coyle, qui roula par terre en hurlant. « Ça suffit. »

Un dernier coup de pied de O’Kane terrassa Campbell, bras et jambes secoués de spasmes, le sang de Coyle dégoulinant de sa bouche.

« Bon Dieu de merde ! dit O’Kane à McGinty. Où tu l’as trouvé, ce crétin ? J’ai jamais vu un empoté pareil. »

McGinty secoua la tête sans rien dire en écrasant sa cigarette sur le rebord de la fenêtre.

« Tiens, dit O’Kane en lançant un mouchoir à Coyle. Mets-ça sur ton oreille. Il est propre… Pádraig, aide-le à se relever.

— D’accord, p’pa. » Pádraig s’extirpa du canapé. Il ramassa le mouchoir, le roula en boule, et l’appliqua contre l’oreille de Coyle. « Viens… Ça va aller. »

Coyle se hissa péniblement. Il voulut donner un dernier coup de pied à Campbell qui gisait, joue contre terre, mais Pádraig le tira en arrière.

« Je veux me le faire, insista Coyle, des larmes dans la voix. Quand vous aurez fini, laissez-le-moi.

— Embarque-le, dit O’Kane à son fils. Il y a des pansements et du désinfectant pour les chiens, dans la grange. Et aussi un flacon de chloroforme. Rapporte-le-moi, avec du coton.

— D’accord, p’pa. » Pádraig entraîna Coyle jusqu’à la cuisine. Un aboiement parvint dans la pièce, entrant par la porte ouverte sur la nuit, puis le silence se referma.

O’Kane se dressait de toute sa hauteur au-dessus de Campbell, écrasé à terre. « Tu connais le score, Davy. Tu sais que tu ne t’en sortiras pas. Ce soir, tu vas mourir. »

Il consulta sa montre en s’agenouillant avec un craquement des genoux. « Enfin, ce matin plutôt… Tu vas mourir, et on ne peut rien y faire. La seule chose qui pourrait te préoccuper, c’est de savoir combien de temps tu souffriras. Tu m’entends, Davy ? »

Il caressa les cheveux de Campbell mouillés de pluie et de sueur.

« Tu me réponds, Davy ? »

Campbell murmura : « Je ne sais pas ce que vous voulez.

— La vérité, c’est tout. »

L’Écossais tourna la tête, fixant O’Kane de son œil injecté de sang. « Je ne comprends pas. Qu’est-ce que vous croyez que j’ai fait ? Dites-le-moi. »

O’Kane soupira. « Tu es une balance, Davy.

— C’est faux.

— Inutile de mentir. Je ne te pose pas la question. Je le sais. Les connards pour qui tu bosses t’ont vendu. »

Campbell appuya son front contre le plancher.

« Je tiens l’info de quelqu’un au Secrétariat d’État, poursuivit O’Kane. Un snobinard d’Anglais qui parle comme s’il était le cousin de la Reine. Vous vous êtes rencontrés à Armagh, il y a quelques jours, et vous avez discuté de notre ami Fegan. »

Campbell serra les poings.

« Tu travailles pour la 14 Intelligence Company depuis les années quatre-vingt-dix, m’a-t-il dit, et tu es leur meilleur élément. Mais tu n’es pas si bon que ça, hein, Davy ? »

Campbell soupira.

« Alors maintenant, écoute-moi. Tu as le choix. Entre une mort rapide ou une mort pénible. » O’Kane surveilla les dents de Campbell en se penchant vers lui. « Et quand je dis pénible, je te parle de quelque chose qu’on ne t’a jamais montré pendant toutes tes semaines d’entraînement, une fin que tu n’envisages pas, même dans tes pires cauchemars.

— Non, dit Campbell.

— Je vais te torturer. Tu n’imagines pas jusqu’à quel point on peut souffrir, et pourtant rester en vie. »

Campbell ferma les yeux. Il savait ce que O’Kane avait fait subir à des hommes comme lui.

« Et si tu ne parles toujours pas, je te donnerai aux chiens. Normalement, ils ne s’attaquent pas aux gens, mais s’ils sentent l’odeur du sang… »

O’Kane tapota le dos de Campbell en riant. « Ils te boufferont les tripes, Davy. Enfin, on ne sait jamais. Il y en aura peut-être un qui te sautera à la gorge avant… Si tu as de la chance.

— Je vous en prie », dit Campbell.

O’Kane se redressa. « Allez, c’est parti. »

Attrapant Campbell par la main gauche, il posa un pied sur ses côtes blessées et appuya de toutes ses forces en lui tirant le bras.

Campbell poussa un hurlement. Il reprit son souffle, hurla encore, haleta. Diminuant la traction sur le bras, O’Kane lui envoya son pied dans la cage thoracique, puis attendit patiemment tandis que sa victime se tordait et sanglotait.

« Dis-moi la vérité. Qui d’autre balance des infos à tes agents ? »

Le sang échappé de la bouche de Campbell coulait sur le plancher. « Je jure devant Dieu, je ne sais pas de quoi…

— Merde ! » O’Kane pesa à nouveau sur les côtes de Campbell et recommença la manœuvre. Les os pliaient sous son pied. Le cri de Campbell culmina en un gémissement aigu. O’Kane relâcha la pression et donna encore un coup de botte. Cette fois, il sentit quelque chose céder.

Incapable de produire le moindre son à présent, Campbell ouvrit la bouche, ferma très fort les yeux et exhala un filet d’air. Ses joues étaient luisantes de larmes.

« Allez ! Parle, Davy.

— Je ne sais pas… je ne sais… »

O’Kane lui enfonça son talon dans le thorax, ne rencontrant plus guère de résistance. Campbell cracha du sang.

« Parle.

— Toner… Patsy… Toner…

— Bon sang », dit McGinty.

O’Kane leva une main pour le faire taire. « Patsy Toner, d’accord. Et après ?

— Il est… leur contact… C’est lui qui… qui m’a introduit. »

O’Kane lâcha Campbell et s’accroupit à ses côtés. « Respire, mon gars. Doucement… Qu’est-ce que tu peux me dire encore ?

— Il leur raconte… tout… à la presse aussi… Avant McGinty… Ils savent… ce que McGinty… va faire… »

O’Kane passa une main sur sa joue. « Bravo, c’est bien. Qui d’autre ? »

Campbell secoua la tête.

« Allez. Continue.

— Toner… c’est tout. »

Pádraig revint dans la pièce, une grosse bouteille dans une main, un sachet de coton dans l’autre. « Voilà le chloroforme, p’pa.

— Parfait, mon fils. »

O’Kane attrapa le sachet dans ses énormes doigts et arracha un morceau de coton. « Ouvre-moi ça. »

Pádraig dévissa le bouchon, puis tendit la bouteille à son père. O’Kane la retourna pour imbiber le coton qu’il tenait à bout de bras. Même à cette distance, l’odeur lui montait à la tête. Il se tourna vers McGinty. « Ça nous sert à endormir les chiens quand les blessures sont trop graves et qu’on ne peut pas les soigner. Il sera K.-O. jusqu’à ce que Fegan nous ait parlé. Après, on aura peut-être d’autres questions à lui poser. »

O’Kane pressa le coton contre la bouche et le nez de Campbell. « C’est bien, mon gars. Tout doux… Respire. »

Campbell se déroba faiblement. « McGinty, dit-il.