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— Pardon ? »

L’Écossais regarda O’Kane avec un pauvre sourire. « McGinty… c’est lui… il a tout arrangé… Fegan… n’agit pas seul… c’est McGinty. »

Quittant sa place contre le mur, McGinty s’avança. « Il ment. »

O’Kane agrippa Campbell par les cheveux et lui écrasa le visage dans le coton.

« Bon sang, Bull. Il ment. »

Campbell se débattit. Ses yeux lui sortaient des orbites, il planta ses ongles dans le poignet de O’Kane. Bientôt, ses paupières se fermèrent. Il cessa de lutter et s’affaissa.

O’Kane lâcha la tête de Campbell qui ne bougeait plus. Lorsqu’il ôta le coton, un filet de salive rouge de sang s’en échappa. Il se retourna pour faire face à McGinty.

« C’est faux, Bull », insista McGinty. Il était pâle sous la lumière crue de l’ampoule. « Tu le sais bien. Il essaie juste de nous monter l’un contre l’autre. »

O’Kane observa les veines qui battaient aux tempes de McGinty, sa pomme d’Adam saillante par-dessus le col de sa chemise. « On en parlera tout à l’heure. Après Fegan.

— Enfin, Bull… Tu ne peux pas croire que… »

Un grésillement soudain le fit sursauter. O’Kane lança un regard à son fils qui approchait le talkie-walkie de son oreille. Une voix entrecoupée d’interférences prononça quelques mots.

Pádraig appuya sur le bouton. « O.K. », répondit-il. Puis, laissant retomber son bras : « Il arrive. »

47

Le faisceau d’une lampe torche se balança à une vingtaine de mètres devant la Clio. Fegan ralentit. La route était étroite, à peine assez large pour permettre à deux voitures de se croiser, et bordée de haies. De part et d’autre, des champs remontant en pente douce se perdaient dans la nuit. Un homme de petite taille, trapu, coiffé d’un bonnet de laine et vêtu d’une veste de treillis, déboucha sur la chaussée en levant la main. Fegan s’arrêta. L’homme s’approcha de la fenêtre du conducteur et, avec un mouvement circulaire de sa torche, lui fit signe de baisser la vitre. Fegan s’exécuta.

« C’est toi, Fegan ? » demanda l’homme.

Fegan cligna des yeux dans la lumière. « Oui. »

Un deuxième homme, grand, mince, armé d’une carabine à double canon, surgit des buissons. Face au pare-brise, il mit Fegan en joue.

L’autre fouillait la voiture de sa torche, éclairant le plancher à l’avant et entre les sièges. « Descends », ordonna-t-il en reculant pour laisser Fegan sortir.

Fegan obéit. « Je ne suis pas armé », dit-il à l’homme qui lui palpait les poches.

L’homme le gratifia d’un coup d’œil. « Si tu permets, camarade, je préfère vérifier. »

Immobile, Fegan ferma les paupières sous la caresse de la pluie. Ses tempes palpitaient. Il reconnut le froid qui s’insinuait dans ses veines.

« Vous ne trouverez rien », dit-il en ouvrant les yeux.

L’homme interrompit sa fouille un bref instant. « Tais-toi. » Puis, lorsqu’il eut terminé : « Voyons voir le coffre. »

Ils gagnèrent l’arrière de la voiture. Fegan souleva le hayon qui fit entendre le gémissement d’une pompe hydraulique. L’homme à la torche braqua sa lumière dans les recoins. Il désigna le sac de voyage.

« Sors-moi ça. »

Fegan l’empoigna, le posa sur le rebord du coffre et fit coulisser la fermeture à glissière. Surveillant Fegan d’un œil, l’homme scruta le contenu du sac. Il fronça les sourcils, se pencha en avant. Puis il plongea les mains à l’intérieur, entre les vêtements, et dégagea les liasses.

« Putain…, souffla-t-il. Y a combien ? »

Fegan haussa les épaules. « Je ne sais pas. »

Celui qui tenait la carabine s’approcha. « Qu’est-ce qui se passe ?

— Regarde, dit son comparse en montrant le sac.

— Nom de Dieu. »

Les deux hommes échangèrent un regard. À eux deux, ils évoquèrent une foule de possibilités, mais renoncèrent en secouant la tête.

« On y va, dit l’homme à la torche en prenant le sac. Le Bull attend. »

Fegan parcourut les derniers cent mètres avec le canon de la carabine plaqué contre sa nuque, tandis que l’autre homme était assis à la place du passager. Éclairée par les phares de la Clio, la route se faisait plus étroite aux abords de la ferme. Un flot de lumière s’échappait d’une grange ouverte. Eddie Coyle apparut sur le seuil, resserrant un bandage taché de sang autour de sa tête. Il adressa un regard furibond à Fegan.

La voiture cahota quand le moteur s’éteignit. Fegan entendit des chiens aboyer, des pattes qui grattaient contre les portes des écuries dans lesquelles vrombissait un générateur. Partout régnait une odeur de mort. La peur, l’agonie et la souffrance. Une puanteur qui s’infiltrait par la vitre baissée. Des ombres à l’affût tournaient dans la cour.

Bull O’Kane et Paul McGinty sortirent sous la pluie. S’approchant de la voiture, le Bull se pencha pour regarder à l’intérieur.

« Viens donc dans la maison, Gerry. »

Fegan ouvrit sa portière et descendit. Les autres occupants de la voiture l’imitèrent. O’Kane les désigna d’un vague geste de la main.

« Tu les connais ?

— Non, répondit Fegan.

— Tommy Downey et Kevin Malloy. Si tu fais le moindre geste, ils t’explosent la tête. Et si tu déconnes avec moi, je les lâche sur ta nana. Tu m’as compris ?

— C’est très clair », dit Fegan.

O’Kane sourit. « Bien. Ça fait longtemps que je ne t’ai pas vu, Gerry.

— Vingt-sept ans.

— Bon sang, tant que ça ? » O’Kane souriait toujours. « Dommage. J’aimerais te dire que je suis content… Mais tu m’as déçu. Moi et Paul. Allez, entre.

— Où est Marie ?

— Tu la verras bientôt. Viens. »

O’Kane partit vers la maison. Fegan sentit le bas de son dos se crisper, comme si quelque chose le poussait aux reins. McGinty le dévisagea longuement pendant qu’il marchait vers la porte, mais garda le silence.

En traversant la cuisine de la ferme, sur les pas de O’Kane, Fegan se laissa emplir de l’air froid et humide. Downey pressait le canon de la carabine entre ses épaules. McGinty et Coyle entrèrent à sa suite.

Campbell était étendu, inconscient. Une odeur pharmaceutique se mêlait à l’atmosphère imprégnée de moisissure.

Un jeune homme, aussi grand que O’Kane mais plus gros, apporta une chaise en bois au milieu de la pièce. Pádraig, pensa Fegan. Le fils de Bull.

« Assieds-toi », dit O’Kane.

Fegan obéit. McGinty et Downey prirent place tout autour. Rien ne transparaissait sur le visage de McGinty. Il alluma une cigarette. Les autres attendaient dans la cuisine.

« Je veux voir Marie et Ellen », dit Fegan. Ses mains ne tremblaient pas, mais il avait la bouche sèche.

« D’accord. » O’Kane lança un regard à son fils et désigna une porte du menton. Sans un mot, Pádraig disparut dans la direction indiquée.

O’Kane regarda Fegan pendant un temps qui parut infiniment long avant de reprendre la parole. « Alors, Gerry. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?

— Vous relâchez Marie et Ellen, répondit Fegan. Ensuite, vous me tuez. »

O’Kane sourit. « Pas si vite. D’abord, il y a quelque chose que je veux éclaircir.

— Quoi ?

— Je veux savoir pourquoi, Gerry. »

Fegan se tourna vers la porte au moment où Marie entrait avec Ellen dans ses bras, escortée par Quigley. Pádraig venait derrière. Il referma la porte et entraîna Marie vers le coin de la pièce. Ellen s’agita.