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Encore un coup de feu. Fegan entendit la balle percer la tôle de la grange. Le tir venait de la porte, donc Malloy était toujours à l’intérieur. Il atteignit la portière de la Clio et risqua un regard par la vitre. Derrière la porte entrouverte de la cuisine, il vit quelque chose remuer dans l’obscurité.

Fegan s’accroupit de nouveau. Son esprit tournait à plein régime. Il ne voulait pas tuer Malloy, mais cet imbécile lui barrait le passage.

Jetant un autre coup d’œil par la fenêtre de la Clio, il surprit une main qui braquait un pistolet. Il baissa la tête au moment où le pare-brise explosait.

« Je ne veux pas te tuer », lança-t-il.

Il attendit. Pas de réponse.

« Je veux seulement McGinty. Tu peux partir. Je n’ai rien contre toi.

— Tu n’as aucune chance, Fegan. » La voix de Malloy, vibrante de peur, résonna dans la cour.

Prudemment, Fegan regarda à nouveau par la fenêtre de la Clio. Il se plaqua aussitôt à terre en voyant Malloy pointer son nez derrière la porte. « Tu n’es pas obligé de mourir avec McGinty, cria-t-il. Tire-toi. »

Une balle ricocha sur la carrosserie, de l’autre côté de la Clio.

« S’il te plaît, lança encore Fegan. Ne m’oblige pas à te tuer.

— Va te faire foutre. »

Fegan soupira et ferma les yeux. « Je n’ai pas le choix », murmura-t-il.

Il remonta jusqu’au capot de la voiture. S’apercevant alors qu’on pouvait le voir de la fenêtre à l’étage, il leva la tête. Rien ne bougeait derrière les voilages gris de crasse et de moisissure.

Encore quelques centimètres, et il se trouverait en bonne position. Il s’avança, si près maintenant qu’il distinguait la peinture verte qui s’écaillait sur la porte. Le pistolet de Malloy apparut et tira vers l’arrière de la Clio.

Il ne m’a pas vu, pensa Fegan.

Se dressant brusquement, appuyé des deux bras sur le capot, il logea quatre balles dans la porte. Puis il tendit l’oreille, sans abaisser le canon de son arme.

Un faible cri s’éleva, accompagné de la chute d’un corps qui glissait mollement le long du mur et s’écrasait au sol.

Fegan laissa échapper un juron. Quel gâchis.

Il recula à couvert et fit le tour de la voiture. La portière du conducteur n’était pas verrouillée. Lorsqu’il l’ouvrit, une pluie de verre brisé se répandit sur le ciment de la cour. Il s’aplatit à l’intérieur et déposa le pistolet devant le siège du passager, sous lequel il passa la main sans quitter des yeux la maison, en tout cas ce qu’il pouvait en voir à travers le pare-brise étoilé. Le sac en plastique était là, lourd, rempli d’objets métalliques. Quand il arracha l’adhésif, le plastique se déchira et des cartouches de neuf millimètres s’en échappèrent, rejoignant les armes qui tombaient sur le plancher avec un bruit mat.

Entre les furieux aboiements des chiens qui grattaient aux portes des écuries, il crut entendre des voix dans la maison. Tout en récupérant son Walther, ainsi que le Glock de Campbell, il distingua une vague forme derrière un rideau qui tremblait à la fenêtre au-dessus de la porte. Il se rejeta en arrière, une arme dans chaque main, juste au moment où une balle transperçait le toit de la voiture et se fichait dans le dossier du siège en manquant sa tête de justesse.

Les chiens hurlèrent de plus belle. Le sang affluait à ses oreilles en un fracas assourdissant. Mais à travers cette clameur lui parvint un son aigu, déchirant. Des sanglots terrifiés.

« Ellen, dit-il.

— Ne t’approche pas, Fegan ! »

La voix de McGinty, stridente, éraillée.

« Reste où tu es, sinon je les tue ! »

Plaqué contre la voiture, Fegan écoutait les pleurs de la fillette. Son cœur cognait dans sa poitrine comme s’il cherchait à s’en échapper ; il avait le ventre liquéfié.

« Ellen. »

56

Les Suiveurs rassemblés tout autour observaient Fegan. La femme, son bébé sur un bras, tendit la main vers la maison en l’exhortant du regard. Ses yeux lui commandaient d’agir. Cours, disaient-ils.

Fonce.

« Mon Dieu. »

Fegan enfonça le Glock de Campbell dans sa ceinture et se faufila à l’avant de la voiture. Les portes des écuries tremblaient sous la poussée des chiens. Après un regard à la fenêtre de l’étage, il se rua vers la maison. Un coup de feu partit. Il sentit un tiraillement dans son épaule gauche.

À peine eut-il enfoncé la porte qu’il trébucha sur les jambes de Malloy, étendu de tout son long. Il alla s’écraser contre le mur opposé dont se détachèrent quelques éclats. Dans les fragments de carrelage et de mortier effrité, il remarqua des taches rouges. Son bras lui semblait lourd, comme si on lui avait noué une pierre au poignet. Il se tordit le cou pour examiner son épaule. Rien. Juste une éraflure.

À la porte, Malloy gisait sur le dos. Son torse puissant s’agitait par secousses. Il avait un regard vitreux, perdu dans le lointain. Les Suiveurs entrèrent et s’attroupèrent autour de lui, têtes inclinées de côté pour le contempler.

Des pas rapides se firent entendre au plafond.

« Gerry ? » La voix de McGinty, étouffée par les poutres et le plâtre. « Gerry, ne monte pas. Je te préviens… Sinon… Je t’assure que je le ferai. »

Ellen, qui pleurait.

À côté de Fegan, la femme montrait la porte de la pièce voisine, là où il avait vu Marie et Ellen pour la dernière fois. Le boucher vint la rejoindre.

« D’accord », dit Fegan.

Il se dirigea vers la porte, ouvrant la route avec son Walther. Des traces de sang et d’humidité s’étalaient sur le vieux canapé. Les maigres doigts de l’aube collaient aux fenêtres crasseuses, et au-delà, délimités par un bouquet d’arbres, apparaissaient les restes d’un jardin laissé depuis longtemps à l’abandon.

Mais… Qu’est-ce qu’on entendait ?

Il s’immobilisa pour écouter. Une respiration, accélérée par la panique. Cela venait de l’autre porte, ouverte, celle qui avait livré passage à Marie et à Ellen tout à l’heure. Combien de temps s’était écoulé ? Quinze minutes ? Trente ? Une heure ?

La femme et le boucher se placèrent de chaque côté de Fegan. Eux aussi tendaient l’oreille. Dans les bras de sa mère, le bébé ne bougeait pas.

Elle se tourna vers Fegan, sourit, puis lui caressa la joue et hocha la tête.

Fegan pivota vers l’embrasure plongée dans l’obscurité. Le souffle oppressé se rapprochait. Il s’avança sans bruit, précédé du Walther qu’il tenait à bout de bras.

Le craquement d’une marche d’escalier. La respiration, un instant suspendue, repartit au même rythme. Fegan entendit un léger frottement. Quelqu’un qui se glissait contre un mur.

Doucement…

Un gémissement contenu. Celui d’un homme terrorisé.

Fegan avançait toujours, lentement, pour ne pas faire ployer les lattes du vieux plancher. Il ramena le Walther à hauteur de sa taille afin de parer un assaut qu’on lui porterait sous la ceinture. Plus près… Il pouvait presque toucher le chambranle de la porte. La respiration s’accéléra encore.

Puis, le silence.

Quigley bondit de l’obscurité, serrant une arme de petite taille dans ses deux poings aux phalanges blanchies, les yeux exorbités, le visage en feu. Il poussa un cri à la vue du Walther que Fegan lui braquait en plein cœur, mais il ne tira pas et demeura pétrifié, le regard fixe, retenant son souffle. Fegan vit la peur qui l’imprégnait tout entier ; il sentit l’odeur de la panique. Cet homme-là n’était pas un tueur.

« Respire », dit Fegan.