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Nynaeve voulait qu’elle se taise ; la sueur de la peur luisant sur la figure de cette femme la rendait malade mais, si elle devait aussi écouter cette voix suppliante… Elle commença à canaliser, se demandant si elle serait assez forte pour immobiliser la langue de Moghedien, puis elle sourit. Elle était liée à Moghedien et c’était elle qui exerçait la maîtrise par le lien. Les yeux de Moghedien parurent prêts à lui sortir de la tête quand elle noua les flots pour fermer sa propre bouche et les attacha. Nynaeve ajouta un bouchon pour ses oreilles aussi, avant de se tourner vers Birgitte. « Qu’est-ce que vous en pensez ?

— Le cœur d’Elayne va se briser. Elle adore sa mère.

— Je le sais ! » Nynaeve aspira une bouffée d’air. « Je pleurerai avec elle et chaque larme sera sincère mais en ce moment précis je dois m’inquiéter pour Rand. Je crois qu’elle disait la vérité. Je pouvais presque le sentir. » Elle attrapa la laisse d’argent juste au-dessous de son bracelet et la secoua. « Peut-être à cause de ceci, et peut-être que je l’ai imaginé. Quelle est votre conclusion à vous ?

— Que c’est la vérité. Elle n’a jamais été très courageuse à moins d’avoir nettement le dessus, ou lorsqu’elle estimait pouvoir l’avoir. Et sans aucun doute vous lui avez instillé la crainte du feu de la Lumière. »

Nynaeve eut une grimace. Chaque mot de Birgitte ajoutait une nouvelle bulle de colère dans son ventre. Elle n’était jamais très courageuse sauf quand elle avait nettement le dessus. Une description qui s’adaptait à elle-même. Elle avait terrorisé Moghedien. Oui, et elle avait sincèrement pensé chaque mot qu’elle avait prononcé. Frotter les oreilles de qui en a besoin est une chose ; menacer de torture, vouloir torturer, même Moghedien, en est une autre bien différente. Et voici qu’elle tentait d’éviter ce qu’elle savait devoir exécuter. Jamais très courageuse sauf quand elle avait nettement le dessus. Cette fois, la bulle de colère était nourrie par elle-même. « Il faut que nous allions à Caemlyn. Moi, du moins. Avec elle. Je ne suis peut-être pas capable de canaliser seule suffisamment pour déchirer un bout de papier mais, avec l’a’dam, je peux utiliser sa force.

— Vous ne serez pas en mesure d’influer en quoi que ce soit sur le monde réel depuis le Tel’aran’rhiod, commenta sobrement Birgitte.

— Je sais ! Je sais, mais il faut que je fasse quelque chose. »

Birgitte rejeta la tête en arrière et rit. « Oh, Nynaeve, comme c’est gênant d’être associée à une poltronne telle que vous. » Soudain, ses yeux se dilatèrent de surprise. « Il ne restait pas beaucoup de votre potion. Je crois que je me rév… » À mi-mot, elle n’était simplement plus là.

Nynaeve respira à fond et dénoua les flots autour de Moghedien. Ou l’obligea à s’en charger ; avec l’a’dam, c’était difficile à discerner, franchement. Elle aurait aimé que Birgitte soit encore là. Une autre paire d’yeux. Quelqu’un qui connaissait probablement le Tel’aran’rhiod mieux qu’elle n’y parviendrait jamais. Quelqu’un qui avait du courage. « Nous allons voyager, Moghedien, et vous m’aiderez de toutes vos forces. Si n’importe quoi me prend par surprise… qu’il suffise de dire que ce qui arrive à celle qui porte ce bracelet arrive à celle qui porte le collier. Seulement multiplié par dix. » L’expression inquiète sur le visage de Moghedien impliquait qu’elle le croyait. Ce qui était aussi bien, puisque c’était vrai.

Une autre profonde aspiration et Nynaeve commença à former dans son esprit l’image de l’unique endroit de Caemlyn qu’elle connaissait assez pour s’en souvenir. Le Palais Royal, où Elayne l’avait emmenée. Rahvin devait être là-bas. Mais dans le Monde Éveillé, pas dans le Monde des Rêves. N’empêche, elle devait faire quelque chose. Le Tel’aran’rhiod changea autour d’elle.

55

Les fils brûlent

Rand s’arrêta. Une longue traînée roussie sur le mur du couloir indiquait l’emplacement où une demi-douzaine de tapisseries de grand prix avaient été réduites en cendres. Des flammes montaient à l’assaut d’une autre tenture ; un certain nombre de coffres et de tables incrustés n’étaient que des débris carbonisés. Pas son œuvre. Trente pas plus loin, des hommes en tunique rouge, cuirasse à plates et heaume à barres pour protéger le visage, gisaient crispés dans la mort sur les dalles blanches, leur épée inutile dans la main. Pas son œuvre non plus. Rahvin avait gaspillé les siens dans sa tentative pour atteindre Rand. Il s’était montré habile dans ses attaques, habile dans ses dérobades mais depuis le moment où il s’était enfui de la salle du trône il n’avait pas affronté Rand plus que le temps nécessaire pour frapper et se sauver. Rahvin était fort, peut-être autant que Rand, et avait plus de connaissances, mais Rand avait l’angreal en forme de petit homme aux formes rondes et pleines dans sa poche – et Rahvin n’avait rien.

Le couloir était doublement familier, une fois pour l’avoir déjà vu, une fois pour en avoir vu un semblable.

J’ai suivi ce chemin avec Elayne et Gawyn le jour où j’ai rencontré Morgase. Cette pensée glissa douloureusement le long des limites du Vide. À l’intérieur, il était froid, sans émotion. Le saidin jetait feu et flamme, mais il était d’un calme de glace.

Et une autre pensée, comme un coup de poignard. Elle gisait sur un sol comme celui-ci, sa chevelure blonde répandue autour d’elle comme si elle dormait. Ilyena aux cheveux de soleil. Mon Ilyena.

Elaida était là aussi, ce jour-là. Elle avait prédit les souffrances que j’apporterais. Elle avait décelé l’obscurité en moi. Une partie. Suffisamment.

Ilyena, je ne savais pas ce que je faisais. J’étais fou ! Je suis fou. Oh, Ilyena !

Elaida était au courant – d’une partie – mais de cette partie elle n’a même pas révélé la totalité. Mieux aurait valu qu’elle parle.

Oh, Lumière, n’y a-t-il donc pas de pardon ? J’ai fait ce que j’ai fait sous le coup de la folie. N’existe-t-il donc pas de miséricorde ?

Gareth Bryne m’aurait tué s’il l’avait appris. Morgase aurait ordonné ma mort. Morgase serait en vie. Mat. Moiraine. Combien vivraient si j’étais mort ?

J’ai mérité mon tourment. Je mérite la mort définitive. Oh, Ilyena, je mérite la mort.

Je mérite la mort.

Des bruits de bottes derrière lui. Il se retourna.

Ils sortaient d’un large couloir transversal à moins de vingt pas de lui, deux douzaines d’hommes en cuirasse à plates, casque et la tunique rouge à col blanc des Gardes de la Reine. À ceci près que l’Andor n’avait plus de reine à présent et que ces hommes ne l’avaient pas servie quand elle vivait. Un Myrddraal les conduisait, sa face sans yeux pâle comme quelque chose découvert sous un caillou, les plates de son armure noire qui se chevauchaient accentuant l’illusion d’un serpent quand il bougeait. L’aspect du Sans-Yeux provoquait la peur, mais la peur est une sensation distante dans le Vide. Ils hésitèrent quand ils l’aperçurent ; puis le Demi-Homme leva son épée à lame noire. Les hommes qui n’avaient pas déjà dégainé portèrent la main à la poignée de la leur.