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Et il jeta sur le lit plusieurs déshabillés avec une demi douzaine de chemises, quelques bonnets, des bas et des souliers, et me dit d’essayer tout cela; il assista à ma toilette et ne manqua à aucun des attouchements indécents que la situation put lui permettre. Il se trouva trois déshabillés de taffetas, un de toile des Indes qui pouvaient m’aller; il me permit de les garder, et de m’arranger également du reste, en me souvenant que tout cela était de la maison et de l’y remettre si j’en sortais avant que de l’user; ces différents détails lui ayant procuré quelques tableaux qui l’échauffèrent, il m’ordonna de me mettre de moi-même dans l’attitude que je savais lui convenir… je voulus lui demander grâce, mais voyant la rage et la colère déjà dans ses yeux, je crus que le plus court était d’obéir, je me plaçai… le libertin entouré des trois autres filles se satisfit comme il avait coutume de faire aux dépens des mœurs, de la religion et de la nature. Je l’avais enflammé, il me fêta beaucoup au souper, et je fus destinée à passer la nuit avec lui; mes compagnes se retirèrent et je fus dans son appartement. Je ne vous parle plus ni de mes répugnances, ni de mes douleurs, madame, vous vous les peignez extrêmes sans doute, et leur tableau monotone nuirait peut-être à ceux qui me restent à vous faire. Raphaël avait une cellule charmante, meublée par la volupté et le goût; rien ne manquait de tout ce qui pouvait rendre cette solitude aussi agréable que propre au plaisir. Dès que nous y fûmes enfermés, Raphaël s’étant mis nu, et m’ayant ordonné de l’imiter, se fit longtemps exciter au plaisir par les mêmes moyens dont il s’y embrasait ensuite comme agent. Je puis dire que je fis dans cette soirée un cours de libertinage aussi complet que la fille du monde la plus stylée à ces exercices impurs. Après avoir été maîtresse, je redevins bientôt écolière, mais il s’en fallait bien que j’eusse traité comme on me traitait, et quoiqu’on ne m’eût point demandé d’indulgence, je fus bientôt dans le cas d’en implorer à chaudes larmes; mais on se moqua de mes prières, on prit contre mes mouvements les précautions les plus barbares, et quand on se vit bien maître de moi, je fus traitée deux heures entières avec une sévérité sans exemple.

On ne s’en tenait pas aux parties destinées à cet usage, on parcourait tout indistinctement, les endroits les plus opposés, les globes les plus délicats, rien n’échappait à la fureur de mon bourreau dont les titillations de volupté se modelaient sur les douloureux symptômes que recueillaient précieusement ses regards.

– Couchons-nous, me dit-il à la fin, en voilà peut-être trop pour toi, et certainement pas assez pour moi; on ne se lasse point de ce saint exercice, et tout cela n’est que l’image de ce qu’on voudrait réellement faire.

Nous nous mîmes au lit; Raphaël aussi libertin fut toujours aussi dépravé, et il me rendit toute la nuit l’esclave de ses criminels plaisirs. Je saisis un instant de calme où je crus le voir pendant ces débauches, pour le supplier de me dire si je devais espérer de pouvoir sortir un jour de cette maison.

– Assurément, me répondit Raphaël, tu n’y es entrée que pour cela; quand nous serons convenus tous les quatre de t’accorder ta retraite, tu l’auras très certainement.

– Mais, lui dis-je à dessein de tirer quelque chose de lui, ne craignez-vous pas que des filles plus jeunes et moins discrètes que je ne vous jure d’être toute ma vie, n’aillent quelquefois révéler ce qui s’est fait chez vous?

– Cela est impossible, dit le gardien.

– Impossible?

– Oh très certainement.

– Pourriez-vous m’expliquer…

– Non, c’est là notre secret, mais tout ce que je puis te dire, c’est que discrète ou non, il te sera parfaitement impossible de jamais rien révéler quand tu seras dehors, de ce qui s’est fait ici dedans.

Ces mots dits, il m’ordonna brutalement de changer de propos et je n’osai plus répliquer. A sept heures du matin, il me fit reconduire chez moi par le frère, et réunissant à ce qu’il m’avait dit ce que j’avais tiré d’Omphale, je pus me convaincre trop malheureusement sans doute qu’il n’était que trop sûr que les partis les plus violents se prenaient contre les filles qui quittaient la maison, et que si elles ne parlaient jamais, c’est qu’en les enfermant dans le cercueil on leur en ôtait tous moyens. Je frissonnai longtemps de cette terrible idée et parvenant à la dissiper enfin à force de la combattre par l’espoir, je m’étourdis comme mes compagnes.

En une semaine mes tournées furent faites et j’eus dans cet intervalle l’affreuse facilité de me convaincre des différents écarts, des diverses infamies tour à tour exercées par chacun de ces moines, mais chez tous comme chez Raphaël le flambeau du libertinage ne s’allumait qu’aux excès de la férocité, et comme si ce vice des cœurs corrompus dût être en eux l’organe de tous les autres, ce n’était jamais qu’en l’exerçant que le plaisir les couronnait.

Antonin fut celui dont j’eus le plus à souffrir; il est impossible de se figurer jusqu’à quel point ce scélérat portait la cruauté dans le délire de ses égarements. Toujours guidé par ces ténébreux écarts, eux seuls le disposaient à la jouissance, ils entretenaient ses feux lorsqu’il la goûtait et servaient seuls à la perfectionner quand elle était à son dernier période.

Étonnée malgré cela que les moyens qu’il employait ne parvinssent pas malgré leur rigueur à rendre féconde quelqu’une de ses victimes, je demandai à notre doyenne comment il parvenait à s’en préserver.

– En détruisant sur-le-champ lui-même, me dit Omphale, le fruit que son ardeur fourra; dès qu’il s’aperçoit de quelque progrès, il nous fait avaler trois jours de suite six grands verres d’une certaine tisane qui ne laisse le quatrième jour aucun vestige de son intempérance; cela vient d’arriver à Cornélie, cela m’est arrivé trois fois, et il n’en résulte aucun inconvénient pour notre santé, au contraire il semble que l’on s’en porte beaucoup mieux après. Au reste il est le seul comme tu vois, continua ma compagne, avec lequel ce danger soit à craindre; l’irrégularité des désirs de chacun des autres ne nous laisse rien à redouter.

Alors Omphale me demanda s’il n’était pas vrai que de tous, Clément fût celui dont j’eusse moins à me plaindre.

– Hélas, répondis-je, au milieu d’une foule d’horreurs et d’impuretés qui tantôt dégoûtent et tantôt révoltent, il m’est bien difficile de dire quel est celui qui me fatigue le moins; je suis excédée de tous, et je voudrais déjà être dehors quel que soit le sort qui m’attend.

– Mais il serait possible que tu fusses bientôt satisfaite, continua Omphale, tu n’es venue ici que par hasard, on ne comptait point sur toi; huit jours avant ton arrivée, on venait de faire une réforme, et jamais on ne procède à cette opération qu’on ne soit sûr du remplacement. Ce ne sont pas toujours eux-mêmes qui font les recrues; ils ont des agents bien payés et qui les servent avec chaleur; je suis presque sûre qu’au premier moment il en va venir une nouvelle, ainsi tes souhaits pourraient être accomplis. D’ailleurs nous voilà à la veille de la fête; rarement cette époque échoit sans leur rapporter quelque chose; ou ils séduisent des jeunes filles par le moyen de la confession, ou ils en enferment quelqu’une, mais il est rare qu’à cet événement, il n’y ait pas toujours quelque poulette de croquée.