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— Mais Roland… commença Eddie.

Roland leva la main.

— Je sais qu’il y a bien d’autres questions. Je sais combien elles sont urgentes. Je sais aussi que si nous nous laissons distraire, nous risquons de tous mourir à Calla Bryn Sturgis, et des pistoleros morts ne sont d’aucun secours à personne. Et ils ne poursuivent pas leur route. Nous sommes d’accord ?

Du regard, il balaya leur petit groupe. Personne ne répondit. Au loin, on entendait des enfants chanter. C’était un son fort, plein de gaieté et d’innocence. Ça parlait de commala.

— Il y a pourtant un autre sujet qu’il nous faut aborder, et il vous concerne, Père, dit Roland. Vous, et cet endroit qu’on appelle maintenant la Grotte de la Porte. Seriez-vous prêt à passer cette porte, et à retourner dans votre pays ?

— Vous plaisantez ? demanda Callahan, les yeux brillants. Une occasion d’y retourner, même très peu de temps ? Quand vous voudrez.

Roland hocha la tête.

— Plus tard dans la journée, vous et moi nous offrirons peut-être un petit pasear dans le coin, et je vous ferai passer la porte. Vous savez où se trouve le terrain vague, n’est-ce pas ?

— Bien sûr. J’ai dû passer devant un bon millier de fois, dans mon autre vie.

— Et vous avez compris cette histoire de code postal ? demanda Eddie.

— Si M. Tower a fait ce que vous lui avez demandé, il sera écrit au bout de la palissade, du côté de la 46e Rue. Très bonne idée, au fait.

— Vous relevez le chiffre… et la date du jour, aussi, dit Roland. Il faut qu’on garde la notion du temps là-bas, Eddie a raison. Rapportez-nous tout ça. Puis, après la réunion au Pavillon, il faudra que vous repassiez la porte.

— Mais cette fois, pour aller là où Tower et Deepneau se seront réfugiés, en Nouvelle-Angleterre, suggéra Callahan.

— Oui, fit Roland.

— Si vous les trouvez, c’est surtout à M. Deepneau qu’il faudra vous adresser, dit Jake.

Quand tous les regards se tournèrent vers lui, il rougit violemment, mais il garda les yeux fixés sur ceux de Callahan.

— M. Tower se montrera peut-être borné…

— C’est l’euphémisme du siècle, lança Eddie. Le temps que vous arriviez là-bas, il aura déniché douze librairies d’occasion et Dieu sait combien de premières éditions de la dix-neuvième dépression nerveuse d’Indiana Jones.

— Mais M. Deepneau écoutera, lui, poursuivit Jake.

— Coûte, Ake, fit Ote, en roulant sur le dos. Coûte, tétoua !

Tout en gratouillant le ventre d’Ote, Jake dit :

— Si quelqu’un peut convaincre M. Tower de faire quelque chose, c’est bien M. Deepneau.

— D’accord, répondit Callahan, en hochant la tête. Je vous entends bien.

Les enfants qui chantaient s’étaient rapprochés. Susannah tourna la tête, mais elle ne pouvait encore les apercevoir ; ils devaient être en train de remonter La Rue du Fleuve. Dans ce cas, ils seraient visibles dès qu’ils auraient dépassé l’étable et tourné dans la grand-rue, au coin de l’Épicerie Générale Took. Certains des folken qui se tenaient sous le porche se levaient déjà pour les regarder arriver.

Pendant ce temps, Roland observait Eddie avec un petit sourire.

— Tu m’as dit une fois un jeu de mots de chez toi, sur les compositions. J’aimerais bien l’entendre une nouvelle fois, si tu t’en souviens.

Un grand sourire se dessina sur les lèvres d’Eddie.

— Mieux vaut avoir un dix à sa composition qu’un con à sa disposition. C’est celui dont tu voulais parler ?

Roland acquiesça.

— C’est un bon dicton. Eh bien, au risque de me mettre à ta disposition, je vais affirmer haut et fort ma conviction, et c’est là-dessus que reposeront tous nos espoirs de nous en sortir vivants. Je n’aime pas ça, mais je n’ai pas le choix. Ce que j’affirme, c’est que Ben Slightman et Andy travaillent contre nous. Et que si nous les neutralisons en temps voulu, nous pouvons agir dans le secret.

— Ne le tuez pas, dit Jake à voix si basse qu’elle était à peine audible.

Il avait rapproché Ote de lui, et il lui caressait la tête et le cou avec une sorte de rapidité compulsive. Ote le supportait avec patience.

— J’implore ton pardon, Jake, dit Susannah en se penchant en avant et en se mettant la main derrière l’oreille. Je n’ai pas…

— Ne le tuez pas !

Cette fois, sa voix était enrouée, tremblante et chargée de sanglots.

— Ne tuez pas le Pa de Benny. Je vous en prie.

Eddie tendit la main et la posa doucement sur la nuque du garçon.

— Jake, le Pa de Benny Slightman veut envoyer une centaine d’enfants à Tonnefoudre avec les Loups, juste pour épargner le sien. Et tu sais comment ils en reviendraient.

— Ouais, mais à ses yeux il n’a pas d’autre choix, parce que…

— Son choix, ç’aurait pu être de se rallier à nous, objecta Roland, d’une voix morose et redoutable — presque morte.

— Mais…

Mais quoi ? Jake n’en savait rien. Il avait tourné et retourné ça dans sa tête, mais il n’en savait toujours rien. Des larmes se mirent soudain à jaillir de ses yeux et roulèrent sur ses joues. Callahan tendit la main vers lui. Jake la repoussa.

Roland soupira.

— Nous ferons de notre mieux pour l’épargner. C’est tout ce que je peux te promettre. Je ne sais pas si ce sera un bien ou pas — les Slightman seront finis, dans cette ville, s’il reste une ville à la fin de la semaine prochaine —, mais peut-être iront-ils au nord ou au sud, le long du Croissant, pour recommencer une nouvelle vie. Et Jake, écoute : Ben Slightman n’aura pas à savoir que tu as surpris son père et Andy, la nuit dernière.

Jake le regardait avec une expression qui n’osait pas pencher du côté de l’espoir. Il se fichait de Ben Slightman l’Aîné comme d’un tas de fayots, mais il ne voulait pas que Benny sache que c’était lui. Il jugeait que ça faisait de lui un lâche, mais il ne voulait pas que Benny sache.

— Vraiment ? C’est sûr ?

— Il n’y a rien de sûr dans tout ça, mais…

Avant qu’il ait pu finir, les enfants tournèrent au coin de la rue. En tête, ses membres argentés et son torse doré scintillant d’un éclat doux sous la lumière déclinante, venait Andy le Robot Messager. Il marchait à reculons. Il tenait dans une main un bah-bolt enveloppé d’une bannière de soie chatoyante. Susannah lui trouva des airs de maréchal en plein défilé de Fête nationale. Il secouait son bâton de droite à gauche avec emphase, rythmant le chant des enfants, accompagné par la mélodie aiguë d’une cornemuse qui sortait des haut-parleurs situés dans son torse et dans sa tête.

— Nom de Dieu, fit Eddie. C’est le Joueur de Flûte d’Hameln.

3
Commala-oh-hisse Maman a eu un fils ! C’est l’moment où Papa S’est l’plus amusé, j’crois !

Après avoir chanté ce couplet tout seul, Andy pointa son bâton vers la foule des enfants. Un chœur turbulent lui répondit.

Commala-tsoin-tsoin ! Papa en a eu un ! C’est l’moment où Maman ! S’est l’plus amusé, vraiment !