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— Pistolero…

— Appelez-moi Roland. Nous sommes en paix, vous et moi.

— Très bien, Roland. Écoutez-moi bien, je vous prie (car c’est ainsi que nous disons, à La Calla). Nous qui venons à vous, nous ne sommes pas plus d’une demi-douzaine. À nous six, nous ne pouvons décider. Seule La Calla peut décider.

— La démocratie, dit Roland.

Il poussa son chapeau en arrière et se frotta le front en soupirant.

— Mais si nous tombons d’accord à six — surtout sai Overholser…

Il s’interrompit, jetant un regard plutôt méfiant à Jake.

— Quoi ? J’ai dit quelque chose ?

Jake secoua la tête et fit signe à Callahan de poursuivre.

— Si nous tombons d’accord à six, disons que c’est quasiment une affaire conclue.

Eddie ferma les yeux, comme saisi par une brusque félicité.

— Redites-moi ça, mon vieux.

Callahan le regarda d’un air las et perplexe.

— Quoi ?

— Affaire conclue. Ou n’importe quelle autre expression de votre et de votre quand — il fit une pause — De notre côté du grand ka.

Callahan sembla y réfléchir, puis un sourire monta sur ses lèvres.

— Je lui ai foutu une sacrée raclée, je me suis pris une cuite, j’ai fait sauter la banque. J’ai pété un plomb, j’ai passé l’arme à gauche, j’ai marché sur des œufs, j’ai pas ma langue dans ma poche. Comme ça ?

Roland arborait un air de perplexité (voire d’ennui), mais le visage d’Eddie était l’extase incarnée. Quant à Jake et Susannah, ils semblaient pris entre l’amusement et une certaine nostalgie surprise.

— N’arrêtez pas, mon vieux, fit Eddie d’une voix rauque, en agitant les mains pour dire encore, mec, encore. On entendait presque les sanglots lui voiler la voix. Encore un coup.

— Une autre fois, peut-être, dit Callahan d’une voix douce. Une autre fois, peut-être resterons-nous là, assis, à tenir notre propre palabre, sur les lieux et les expressions de jadis. Et le base-ball, si cela vous tente. Mais le temps nous manque.

— Plus que vous le croyez, confirma Roland. Qu’attendez-vous de nous, sai Callahan ? Et je vous prie d’aller à l’essentiel, car je vous ai expliqué de toutes les façons possibles que nous ne sommes pas des vagabonds que vos amis pourraient interroger, ou dont ils pourraient louer les services comme journaliers ou comme garçons d’écurie.

— Tout ce que je vous demande pour l’instant, c’est de rester où vous êtes et de me laisser les amener jusqu’à vous. Il y a Tian Jaffords, c’est lui qui nous a tous fait venir ici, et sa femme, Zalia. Il y a Overholser, celui qu’il faut convaincre que nous avons besoin de vous.

— Nous n’avons à convaincre personne, ni lui, ni qui que ce soit d’autre, dit Roland.

— Je comprends, s’empressa de répondre Callahan. Oui, vous avez été très clair sur ce point. Et il y a Ben Slightman et son fils, Benny. Ben le Jeune est un cas particulier. Sa sœur est morte il y a quatre ans, quand elle et Benny avaient dix ans. Personne ne sait si cela fait de Ben le Jeune un jumeau ou un singleton.

Il s’interrompit brusquement.

— Je m’égare, pardonnez-moi.

Roland leva sa paume ouverte, pour montrer que tout allait bien.

— Vous me rendez nerveux, écoutez-moi, je vous prie.

— Pas besoin de nous prier, trésor, dit Susannah.

Callahan sourit.

— C’est comme cela que nous parlons. À La Calla, quand on rencontre quelqu’un, on dit : « Comment va, de la tête aux pieds, je vous prie ? » Et la réponse est : « Je vais bien, pas de rouille, dites-le aux dieux, grand merci-sai. » Vous n’avez jamais entendu cela ?

Ils secouèrent la tête. Bien que certains mots leur fussent familiers, l’expression dans son ensemble ne faisait que souligner le fait qu’ils étaient ailleurs, dans un lieu où l’on parlait une langue étrange et où l’on obéissait à des coutumes plus étranges encore.

— L’important, reprit Callahan, c’est que les terres frontalières vivent sous la terreur de créatures appelées les Loups, qui viennent de Tonnefoudre, une fois par génération, pour voler des enfants. Mais ce n’est pas tout, et c’est là le point crucial. Tian Jaffords, qui cette fois-ci risque de perdre non pas un, mais deux enfants, a dit qu’il y en avait assez, que l’heure était venue de faire face et de se battre. D’autres — des hommes tels qu’Overholser — disent que nous allons droit au désastre. Je pense pour ma part qu’Overholser et ses semblables l’auraient emporté, si vous n’étiez pas entrés en scène.

Il s’inclina d’un air grave.

— Wayne Overholser n’est pas un mauvais bougre, il a peur, voilà tout. C’est le plus gros fermier de La Calla, aussi a-t-il plus à perdre que les autres. Mais si quelqu’un pouvait le convaincre que nous serions capables de repousser les Loups… que nous pourrions les battre… je pense que lui aussi ferait front et se battrait.

— Je vous ai déjà dit… commença Roland.

— Vous n’êtes pas là pour convaincre qui que ce soit, le coupa Callahan. Oui, je comprends. Vraiment. Mais s’ils vous voient ; s’ils vous entendent parler, et qu’ils sont convaincus d’eux-mêmes… ?

Roland haussa les épaules.

— Il y aura de l’eau, si Dieu le veut, comme nous disons chez nous.

Callahan hocha la tête.

— On le dit aussi à La Calla. Puis-je en venir à la question suivante ?

Roland leva légèrement les mains — comme pour dire à Callahan que c’était son choix, pensa Eddie.

Pendant une seconde, l’homme à la cicatrice ne dit rien. Puis, lorsqu’il prit la parole, ce fut d’une voix très basse. Eddie dut se pencher vers lui pour l’entendre.

— J’ai quelque chose, quelque chose que vous voulez. Dont vous aurez sans doute besoin. Qui vous a déjà contactés, je crois.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? demanda Roland.

Callahan s’humecta les lèvres puis prononça une seule parole :

— Vaadasch.

9

— Eh bien ? répliqua Roland. Quoi, vaadasch ?

— Vous n’y êtes pas allés ? demanda Callahan, soudain moins sûr de lui. Aucun de vous n’y est allé ?

— Supposons que si, reprit Roland. Qu’est-ce que ça peut vous faire, quel est le rapport avec ce qui vous arrive, à La Calla d’où vous venez ?

Callahan soupira. Bien qu’il fût encore tôt, il avait l’air fatigué.

— C’est plus difficile que je le pensais, beaucoup plus. Vous êtes infiniment plus — quel est le mot ? — gâche, je suppose. Plus gâche que je m’y attendais.

— Vous vous attendiez à ne trouver rien d’autre que des vagabonds ne possédant sur terre que leur selle et des mains rapides, et rien dans la caboche, je me trompe ? demanda Susannah, d’une voix pleine de colère. Eh bien, bienvenue dans la réalité, mon chou. Et quoi qu’il en soit, on est peut-être des vagabonds, mais on n’a pas de selles. Pas besoin de selle quand on n’a pas de cheval.

— Nous vous avons amené des chevaux, dit Callahan, et cela suffit.

Roland ne comprenait pas tout, mais il estimait maintenant en savoir assez pour clarifier quelque peu la situation. Callahan savait qu’ils allaient venir, il savait combien ils étaient, savait qu’ils allaient à pied. Il avait pu apprendre certains de ces renseignements par des espions, mais pas tout. Et le vaadasch… il savait qu’au moins certains d’entre eux étaient allés vaadasch…