— À présent, écoutez-moi, dit Roland, et écoutez-moi attentivement. Nous allons bientôt vous laisser, pour retourner à notre propre campement et tenir conseil entre nous. Demain, lorsque nous arriverons dans votre ville, nous nous présenterons à l’un d’entre vous…
— Venez aux Sept Lieues, proposa Overholser. Nous vous recevrons et grand merci, Roland.
— Chez nous, c’est beaucoup plus petit, dit Tian. Mais Zalia et moi…
— Nous serions ravis de vous recevoir, proposa Zalia, qui avait rougi autant qu’Overholser. Si fait, ravis.
— Sai Callahan, outre une église, possédez-vous une maison ? demanda Roland.
Callahan sourit.
— Oui, et j’en remercie Dieu.
— Nous pourrions peut-être rester chez vous pour notre première nuit à Calla Bryn Sturgis. Qu’en dites-vous ?
— Volontiers, vous serez les bienvenus.
— Vous pourriez nous faire visiter votre église, nous dévoiler ses mystères.
Callahan ne cilla pas.
— J’en serai très heureux.
— Les jours suivants, poursuivit Roland, un sourire aux lèvres, nous nous en remettrons à l’hospitalité de la ville.
— Et vous ne serez pas déçus, fit Tian, je peux vous l’assurer.
Overholser et Slightman acquiescèrent.
— À en juger par le repas que nous venons de faire, je n’en doute pas. Grand merci à vous, sai Jaffords ; nous disons grand merci, tous autant que nous sommes. Pendant une semaine, tous les quatre, nous parcourrons votre ville, pour fureter çà et là. Peut-être un peu plus longtemps, mais vraisemblablement une semaine. Nous observerons la configuration des lieux, l’implantation des bâtiments. En vue de l’arrivée de ces Loups. Nous parlerons aux gens, les gens nous parleront — vous qui êtes ici, vous y veillerez, n’est-ce pas ?
Callahan hocha la tête.
— Pour les Manni, je ne peux rien dire, mais je suis certain que le reste de la ville sera ravi de vous parler des Loups. Dieu sait, et l’Homme Jésus, qu’il n’y a rien de secret. Et ceux du Croissant sont terrifiés. S’ils ont le sentiment que vous pouvez nous aider, ils feront ce que je leur dirai de faire.
— Les Manni aussi me parleront, dit Roland. J’ai déjà tenu palabre avec eux, par le passé.
— Ne vous laissez pas emporter par l’enthousiasme du Vieux, Roland, intervint Overholser en levant ses mains replètes, en geste de mise en garde. Il y a dans cette ville des gens que vous aurez à convaincre…
— Vaughn Eisenhart, pour commencer, confirma Slightman.
— Si fait, et Eben Took. L’Épicerie Générale est le seul commerce à porter son nom, vous intuitez, mais il possède aussi la pension et le restaurant juste en face… et aussi la moitié des parts de l’écurie… et des hypothèques sur la plupart des petites exploitations des environs.
— Concernant les petites exploitations, faudra pas négliger Bucky Javier, grogna Overholser. C’est pas le plus gros d’entre eux, mais c’est uniquement parce qu’il a donné la moitié de ce qu’il avait à sa sœur, pour son mariage.
Overholser se pencha vers Roland, les yeux pétillants à l’idée de transmettre la petite histoire de sa ville.
— Roberta Javier, la sœur de Bucky, elle a bien de la chance. La dernière fois que les Loups sont venus, elle et son frère jumeau n’avait qu’un an. Alors ils en ont réchappé.
— Le frère jumeau de Bucky avait été enlevé la fois d’avant, dit Slightman. Bully est mort il y a au moins quatre ans, maintenant. De la maladie. Depuis, Bucky en fait toujours plus pour les deux plus jeunes. Mais il faudrait que vous lui parliez. Si fait. Bucky n’a que quatre-vingts acres, mais il est rusé.
Roland réfléchit. Ils ne voient toujours pas.
— Merci, dit-il. La première chose que nous ayons à faire, c’est surtout observer et écouter. Une fois cela fait, nous demanderons au porteur de la plume de la faire tourner, afin de convoquer un conseil. Lors de ce conseil, nous vous dirons si la ville peut être défendue et, si tel est le cas, de combien d’hommes nous aurons besoin pour nous aider.
Roland vit Overholser ouvrir la bouche pour parler, et il lui fit non de la tête.
— Quoi qu’il en soit, pas beaucoup. Nous sommes des pistoleros, pas une armée. Nous pensons autrement, nous agissons autrement. Nous demanderons peut-être cinq hommes, probablement moins — deux ou trois. Mais nous aurons sans doute besoin de plus pour nous aider à nous préparer.
— Pourquoi ? demanda Benny.
Roland sourit.
— Ça, je ne peux pas encore le dire, fiston, car je n’ai pas encore vu à quoi ressemble votre Calla. Mais dans des cas comme celui-ci, l’arme la plus efficace, c’est toujours l’effet de surprise. Et en général, il faut beaucoup de monde, pour préparer une bonne surprise.
— Pour les Loups, la plus grande surprise, ce serait le fait qu’on ose se battre, dit Tian.
— Et si vous concluez que La Calla ne peut pas être défendue ? demanda Overholser. Dites-moi ce qui se passera, je vous prie.
— Eh bien, mes amis et moi, nous vous remercierons pour votre hospitalité, et nous reprendrons la route, répondit Roland, car nous avons à faire, plus loin sur le Sentier du Rayon.
Il observa le visage déconfit de Tian et Zalia pendant quelques secondes, puis reprit :
— Mais ça m’étonnerait, vous savez. On trouve toujours un moyen.
— Espérons que ce conseil recevra un jugement favorable de votre part, fit Overholser.
Roland hésita. C’était le moment pour lui d’asséner la vérité, s’il le désirait. Si ces gens persistaient à croire qu’un conseil de fermiers et de ranchers était en mesure de contraindre à l’action un tet de pistoleros, c’est qu’ils avaient réellement perdu le sens de ce que ce monde avait été. Mais était-ce si grave ? Pour finir, tout ça rentrerait dans le grand flot de sa longue histoire. Ou pas. Dans ce cas, Roland achèverait sa longue histoire et sa quête à Calla Bryn Sturgis, à moisir sous une pierre. Peut-être même pas ; peut-être finirait-il entassé quelque part à l’est de la ville, avec ses amis, autant de viande pourrie livrée aux becs des corbeaux et aux rouilleaux. C’est le ka qui en déciderait. Comme toujours.
En attendant, ils avaient tous le regard fixé sur lui.
Roland se leva, et grimaça quand la douleur dans sa hanche droite se rappela violemment à lui. Calquant leur comportement sur le sien, Eddie, Susannah et Jake se levèrent à leur tour.
— Quelle heureuse rencontre que la nôtre, conclut Roland. Quant à la suite, il y aura de l’eau, si Dieu le veut.
— Amen, répondit Callahan.
CHAPITRE 7
Vaadasch
— Des chevaux gris, fit Eddie.
— Si fait, acquiesça Roland.
— Cinquante ou soixante, tous sur des chevaux gris.
— Si fait, c’est ce qu’ils ont dit.
— Et ça ne leur a pas paru bizarre une seule seconde ? se demanda Eddie, perplexe.
— Non, il faut croire que non.
— Mais c’est bizarre, non ?
— Cinquante ou soixante chevaux, tous de la même couleur ? Je dirais que oui.
— Ces gens de La Calla, ils élèvent des chevaux, non ?
— Si fait.
— Ils en ont amené pour nous.
Eddie, qui n’avait jamais monté un cheval de sa vie, était reconnaissant que la question ait été remise à plus tard, mais il n’en dit rien.