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Le silence se fit d’un coup.

Enveloppé dans un kimono bleu ciel, M. Kawashi apparut en haut de l’escalier étroit guidé par le géant en kimono noir car il n’avait pas eu le temps de recoller ses sparadraps.

Visiblement ivre de rage. Malko se dit que c’était la fin de son roman d’amour avec le racketteur… Puis Yamato vint vers lui et l’entraîna.

— Kawashi-san vous demande de l’attendre chez lui, Malko-san, dit-il. Le temps qu’il parle à la police.

* * *

Malko avait l’impression qu’un bulldozer se promenait sur sa nuque. Il s’efforça d’admirer le « Giacometti » voisinant avec une tapisserie birmane de toute beauté et un bouddha volé dans un temple de Pékin. Se demandant ce qui allait se passer.

Hiroko avait agi avec une audace stupéfiante… Ici, dans cet appartement somptueux, tout cela semblait irréel… Yamato entra, l’air soucieux, et dit d’une voix sifflante de colère :

— Il y a eu quatre morts, dont Mademoiselle Paix Jaillissante et deux clients, ce qui est extrêmement fâcheux. Six filles sont blessées, dont une qu’il faudra amputer. La maison est très abîmée. Kawashi-san va être obligé de dédommager les familles.

Malko en avait honte.

— Dites à M. Kawashi que je le prie d’accepter toutes mes excuses, dit-il. Jamais je n’aurais pensé que cette fille puisse s’attaquer à moi chez lui. Notre organisation paiera pour les dégâts. Et je le tiendrai désormais à l’écart de mes problèmes.

Yamato eut un haut-le-corps.

— Kawashi-san ne peut tolérer qu’on s’attaque à ses biens et à sa personne. Il me charge de vous dire que, désormais, il va consacrer tous ses moyens à l’élimination de votre ennemi commun.

Malko crut avoir mal entendu. Mais Yamato insista.

— C’est une perte de face terrible, Malko-san. Kawashi-san doit remporter une revanche éclatante. Il va mettre en jeu toute sa puissance.

Malko se dit tout à coup qu’Hiroko avait peut-être commis une erreur de trop.

Chapitre IX

On n’entendait plus dans l’appartement que le bruissement de la cascade du jardin d’hiver. Malko et Yamato respectaient le silence de M. Kawashi qui venait de rentrer. Plus raide que jamais avec sa chemise empesée. Il avait collé ses sparadraps directement sur ses sourcils, et ses yeux étaient grands ouverts. Pleins de rage. Les explications avec les honorables policiers avaient dû être difficiles… Malko se souvint tout à coup de quelque chose. Rompant le silence, il dit à Yamato :

— J’ai remarqué que Hiroko avait les yeux beaucoup moins gonflés que la première fois où je l’ai vue. Elle doit suivre un traitement. La maladie qu’elle a est assez rare. Il faudrait savoir comment se soigne l’hyperthyroïdie et retrouver la pharmacie qui lui vend les médicaments…

M. Kawashi ponctuait la traduction de Yamato de « Ah so !» admiratifs. Jusqu’au moment où Malko parla de s’adresser à la police. Le président du syndicat des racketteurs lâcha une phrase brève, prit la rose de son bureau et commença à la broyer entre ses doigts noueux… Yamato tourna sa grosse lippe vers Malko. Ennuyé.

— Kawashi-san ne veut rien devoir à la police. C’est maintenant une affaire entre lui et cette honorable abominable terroriste.

Il avait traduit mot à mot du japonais. Malko ne voulut pas le brusquer. Se promettant de poser quand même la question à Borzoï ou à Tom Otaku. Pour changer de conversation, il demanda :

— M. Kawashi a-t-il une idée ?

Échange rapide, puis Yamato expliqua :

— Kawashi-san n’en a pas pour l’instant mais, dès ce soir, tous ceux qui lui doivent quelque chose à Tokyo se mettront à la recherche de cette personne. Il va maintenant se reposer.

Malko se leva. Lui aussi en avait besoin. M. Yamato sortit avec lui après les courbettes d’usage. N’en revenant pas de l’insigne honneur que le vieux racketteur avait fait à Malko en l’emmenant dans sa propre demeure. La pluie redoublait. Tandis que la Nissan le ramenait à l’Imperial, Malko se demanda où se terraient Hiroko et les siens, pour pouvoir ainsi défier la police. En arrivant à l’hôtel, il essaya d’appeler Al Borzoï. L’Américain n’était pas chez lui. À peine dans son lit, il tomba comme une masse. Les effets conjugués de Mademoiselle Paix Jaillissante et de la grenade d’Hiroko.

* * *

— Nous ne quitterons pas Tokyo tant que notre tâche n’aura pas été accomplie ! hurla Hiroko.

Subjugués, les six garçons et filles se turent. Assis sur leurs talons dans la plus grande pièce de la maison, ils faisaient face à Hiroko. Ko, le plus âgé, qui avait participé au coup de l’ambassade U.S., avait suggéré qu’il faudrait peut-être quitter le Japon, qu’ils jouaient avec le feu. Hiroko avait pris cela comme une insulte personnelle.

La radio lui avait appris l’échec de son expédition contre Malko, ce qui l’avait plongée dans un état voisin de l’hystérie. De plus, à cause de son traitement qui avait tendance à la rendre asthénique, elle se bourrait d’amphétamines, ce qui ne lui arrangeait pas le caractère. C’était une véritable boule de nerfs. Pourtant, elle sentait que ses fidèles commençaient à se laisser gagner par la peur, qu’il fallait maintenir une discipline de fer… Elle promena le regard de ses yeux encore proéminents sur les six visages et sursauta.

D’un bond, elle se rua sur Tieko, une des deux filles présentes. Assez jolie, avec des boucles d’oreilles fantaisie. Férocement, Hiroko les arracha l’une après l’autre, enlevant avec un morceau de lobe, et les jeta sur la natte.

— Tu n’as pas honte ! hurla-t-elle. Ces bijoux sont la preuve que tu manques de ferveur révolutionnaire, que tu ne consacres pas toutes tes pensées à Sekigun !

Tieko ravala ses larmes, terrorisée. Baissa la tête sans même essayer de discuter. Personne ne protesta. Hiroko apostropha Jinzo, le plus jeune :

— Bats-la ! ordonna-t-elle. Jusqu’à ce que je te dise d’arrêter.

Jinzo se leva d’un bond, se jeta à coups de pied et à coups de poing sur Tieko.

Recroquevillée, celle-ci essayait de ne pas trop crier. Dehors, la loque humaine qui avait été Furuki rappelait qu’Hiroko avait encore le droit de vie et de mort sur les siens. En cachette, quand elle n’était pas là, ses anciens amis donnaient de l’alcool ou du poisson à Furuki, sinon il serait mort de froid et d’épuisement. Mais personne ne tenait à subir son sort. Jinzo frappait, la mâchoire serrée, comme si cela avait été son pire ennemi. Le bruit des coups était horrible. Tous pensaient la même chose. Allait-il la tuer ?

— Arrête, dit tout à coup Hiroko.

Un silence terrifié suivit la punition infligée à Tieko. Hiroko dit lentement, en scrutant les visages fermés devant elle :

— Tieko aurait dû être punie plus sévèrement. Nous devons être vigilants.

Soulagés, les cinq approuvèrent bruyamment. Hiroko mit la main sur l’épaule de Jinzo.

— C’est bien, dit-elle, Mais tu as obéi bien facilement. Aurais-tu, toi aussi, trahi la révolution ?

Jinzo essaya de ne pas trembler. Sa pomme d’Adam montait et descendait. Il parvint à dire :

— Mais non, Hiroko, je te le jure.

Le regard des gros yeux proéminents ne le lâchait pas.

— Je crois que tu ne me dis pas toute la vérité, dit-elle d’une voix glaciale. Que tu es un traître, toi aussi. Il va falloir que tu te confesses, sinon…