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* * *

— C’est ce qu’on appelle la maladie de Basedow, dit le médecin aux cheveux gris. Ou encore le goitre exophtalmique. La thyroïde fonctionne trop. Le sujet a une accélération du rythme cardiaque, souffre d’amaigrissement, d’énervement. L’éclat de son regard est insoutenable, il a les mains moites et souffre également d’hyperthermie. Il n’a jamais froid…

Malko échangea un regard avec Al Borzoï, vautré dans sa position habituelle sur le bras de son fauteuil, tiraillant la lèvre supérieure.

— C’est exactement cela, confirma-t-il. Comment soigne-t-on cette maladie ?

— Avec des antithyroïdiens, expliqua le médecin de l’ambassade. À base d’iode radio-actif qui produit des rayons gamma détruisant partiellement la thyroïde. On les prend par voie buccale, à raison de dix comprimés par jour. Cela agit en une semaine environ.

— Est-ce qu’on trouve ce médicament en pharmacie facilement ? demanda Malko.

— Oui, je pense, fit le médecin. C’est un produit assez courant.

C’était gai. S’il fallait chercher toutes les pharmacies du Japon ! Malko serra la main du médecin.

— Al, dit-il, vous communiquez ce renseignement à Tom Otaku. Je vais rejoindre Yamato. Il paraît qu’il a un renseignement.

* * *

La fille était assise, les jambes croisées, dans un coin de la pièce. Impossible de savoir si elle avait quinze ou vingt-cinq ans. Elle avait des dents qui se chevauchaient, des cheveux courts, les yeux tellement bridés qu’on les voyait à peine, une silhouette fluette d’adolescente et des bas gris fumée détonnant étrangement dans cet aspect sage. À cause de ses jambes croisées haut, on voyait leurs attaches, sans qu’elle cherche à cacher ses cuisses.

— Elle connaît Hiroko, expliqua Yamato.

Le bureau était au huitième étage d’un immeuble de verre et d’acier, en plein centre de Tokyo. L’éternelle Nissan noire était venue chercher Malko. La fille inclina la tête timidement.

— J’ai bien connu Mlle Hiroko, dit-elle dans un anglais scolaire et maladroit. Nous étions en classe ensemble. Il y a longtemps que je ne l’ai pas revue.

— Mlle Shiganobu travaille comme hôtesse au Mikado, commenta Yamato. Elle avait dit à sa mama-san qu’elle connaissait l’autre personne…

Le système de renseignements de M. Kawashi fonctionnait bien…

Mlle Shiganobu eut un petit rire gêné.

— Quand avez-vous vu Hiroko pour la dernière fois ? demanda Malko.

— Il y a quatre ans, gazouilla Mlle Shiganobu.

Malko échangea un regard avec Yamato. Celui-ci fit signe à Shiganobu de s’en aller. Au moment où elle atteignait la porte, Malko eut soudain une inspiration, et la rappela :

— Miss, vous n’avez jamais connu un garçon qui sortait avec Hiroko ? Avec des lunettes. Quand elle habitait encore chez son père…

Mlle Shiganobu réfléchit quelques secondes puis son visage plat s’éclaira :

— Si, si, Osami ! Le pharmacien.

— C’était un surnom ? demanda Malko, alerté.

Shiganobu secoua la tête.

— Non, non, il faisait sa pharmacie. Je me souviens, il était de Kyoto. Il venait souvent voir Hiroko, elle était très belle, à ce moment-là.

— Pourquoi ont-ils cessé de se voir ?

La jeune femme se troubla, baissa la tête :

— Je… Je ne sais pas, Malko-san. Peut-être parce qu’Hiroko a commencé à être malade à ce moment-là… Cela lui a donné mauvais caractère.

Il eut l’impression qu’elle lui cachait quelque chose. Mais il poursuivait son idée. Sûr de tenir une piste encore meilleure que celle des armes.

— Vous pourriez le reconnaître, cet Osami ?

— Oh oui !

Elle corrigea aussitôt son enthousiasme :

— Je pense, il avait des lunettes et l’accent kansai de Kyoto. Il disait toujours que, ses études terminées, il retournerait dans sa ville.

— Il a terminé maintenant ?

Shiganobu compta sur ses doigts :

— Oh oui, depuis deux ans au moins.

— Et vous ne vous souvenez pas de son prénom ?

Elle hésita :

— Je crois que c’était quelque chose comme Siroko ou Sikoyo…

Malko se décida immédiatement :

— Shiganobu, dit-il, il faut que vous alliez à Kyoto. Que vous fassiez le tour de toutes les pharmacies jusqu’à ce que vous retrouviez cet Osami. C’est très important.

La jeune fille rougit violemment, jeta un coup d’oeil à Yamato. Celui-ci, pendant qu’elle bavardait avec Malko, la fixait d’un air gourmand, sa grosse lippe en avant. Il eut un sourire faussement paternel.

— Tu peux faire ce que te dit Malko-san, Shiganobu-san. Si tu réussis, Kawashi-san sera très satisfait.

Shiganobu se troubla encore plus en entendant le nom du tout-puissant racketteur.

— Mais mon travail ? demanda-t-elle timidement.

— Ne crains rien, affirma Yamato, je m’en occupe. Je vais te donner de l’argent et tu vas partir pour Kyoto aujourd’hui même par le Tokkaïdo. Dès que tu auras retrouvé cet Osami, tu me téléphoneras.

Malko intervint.

— Shiganobu, dit-il, ce que je vous demande est dangereux. Si vous retrouvez Osami, ne parlez pas de moi. Faites comme si vous étiez à Kyoto par hasard.

La jeune fille hocha la tête affirmativement. Yamato était déjà en train de compter des billets. Il tendit une enveloppe à Shiganobu qui disparut en marchant à reculons, ponctuant chaque pas d’une courbette. Dès qu’elle fut sortie, Malko expliqua :

— C’est peut-être cet Osami qui fournit à Hiroko ses médicaments…

Yamato hocha la tête gravement, puis demanda :

— Où allez-vous maintenant, Malko-san ?

— À l’Imperial.

— Je vais avec vous, dit le Japonais.

Il se leva et prit une boîte noire avec une poignée, comme une trousse de médecin. Intrigué, Malko demanda :

— Qu’est-ce que c’est ?

Les grosses lèvres de Yamato s’ouvrirent en un sourire plein de fierté : il ouvrit la boîte. Malko aperçut, posé sur un coussin de soie, un parabellum P. 08 bien briqué, avec un chargeur de quatorze coups. Yamato avait déjà refermé le couvercle.

— C’est une arme dont je me sers parfois pour la protection personnelle de Kawashi-san, expliqua-t-il. Maintenant, c’est vous qui êtes en danger.

— Mais je suis armé, protesta Malko.

Kawashi risquait de se retrouver derrière les barreaux pour plusieurs années en transportant une arme pareille… Malko avait son pistolet extra-plat coincé dans sa ceinture Hermès. Prêt à servir. M. Kawashi était en tout cas prudent.

— Allons à pied, proposa Malko.

La pluie s’était arrêtée, et il avait envie de se dégourdir les jambes. Yamato lui emboîta le pas, sa petite boîte noire à la main. Plus que jamais l’air d’un comptable bien convenable… Au carrefour suivant, une procession hurlante leur coupa la route. Plusieurs centaines de manifestants avançant sur six rangs, brandissant des banderoles et des affiches de toutes les couleurs. Certains avaient le front ceint d’un bandeau blanc avec un slogan expliquant la manifestation… Ils hurlaient en cadence des slogans. Comme le feu passait au rouge, ils s’arrêtèrent sagement pour laisser passer les voitures et se turent pour que les haut-parleurs du carrefour puissent donner des indications aux piétons…

— Que crient-ils ? demanda Malko.

— Dix mille ans de malheur au Dragon de l’abominable inflation, traduisit Yamato.

Un camion bleu équipé de plusieurs haut-parleurs avançait parallèlement au défilé, déversant des flots d’éloquence sur les manifestants… Yamato sourit :