Выбрать главу

— Vous avez un briquet ? demanda-t-il à Kuniko.

D’une main tremblante, la jeune femme fouilla dans son sac et lui tendit un petit bloc d’or massif. Malko fit jaillir une flamme claire.

— Allez dans la salle de bains, ordonna-t-il, trempez deux serviettes dans l’eau et ramenez-les.

Il s’approcha des rideaux, s’accroupit et promena la flamme du briquet à leur base. Une flamme jaillit presque aussitôt. Kuniko, qui ressortait de la salle de bains poussa un hurlement :

— Mais vous êtes fou !

— Non, dit Malko. Quelqu’un va voir le feu. Et appeler les pompiers. Ils ne viennent jamais sans la police.

Le lit commençait à brûler, dégageant une épaisse fumée, qui envahissait la chambre. Malko prit une des serviettes mouillées et l’appliqua contre sa bouche, intimant l’ordre à Kuniko d’en faire autant…

Plusieurs détonations claquèrent et trois trous apparurent dans le chambranle. Des balles s’enfoncèrent dans le mur, frôlant la jeune femme. Malko la tira violemment en arrière et riposta, tirant deux fois. Maintenant, c’était une course contre la montre… Les flammes jaillissaient de la fenêtre, commençant à lécher le toit en auvent.

Malko pria pour qu’il prenne feu… Que cela se voit de loin.

Mais l’atmosphère devenait de plus en plus irrespirable. Kuniko fut prise d’une quinte de toux, cracha, pleura. Malko essaya de la réconforter.

— Il faut tenir. C’est une question de minutes.

Les Japonais étaient très sensibilisés à l’incendie, Tokyo étant en partie composée de maisons de bois… Mais l’asphyxie ou Hiroko aurait peut-être raison d’eux avant l’arrivée des secours.

* * *

La rage déformait les traits d’Hiroko. Penser qu’elle avait son pire ennemi à portée de la main et qu’elle n’arrivait pas à l’achever…

La fumée filtrait sous la porte, et elle avait très bien compris la raison de cet incendie provoqué.

Les balles qu’elle avait tirées à travers le battant, c’était plus par rage que par efficacité. Et aussi pour le repousser au fond de la chambre. Appliquant l’extrémité du canon du Beretta en biais contre la serrure, elle appuya sur la détente. La détonation fit vibrer les murs, mais la porte ne s’ouvrit pas.

Hiroko continua à appuyer sur la détente de l’automatique jusqu’à ce que la culasse de l’arme reste ouverte, maintenant le canon contre le battant. Puis elle recula et envoya un violent coup de pied à la hauteur de la serrure. Cette fois, le mécanisme, désarticulé, céda. Le battant s’entrouvrit. Et deux balles traversèrent aussitôt le bois, tirées de l’intérieur de la chambre. Accroupie contre le mur, Hiroko posa une grenade par terre et remit un chargeur neuf dans le Beretta.

— Tu vas tenir la porte entrouverte, ordonna-t-elle à Jinzo.

Tout ce qu’il fallait, c’était jeter la grenade dans la chambre.

— Viens !

Le jeune Japonais était figé.

— Écoute !

Hiroko essaya de ne pas entendre la rumeur qui venait de l’extérieur, des sirènes.

Parmi elles, Hiroko reconnut le son caractéristique d’une sirène de police qui se rapprochait dangereusement… Jinzo était déjà dans l’escalier.

— Partons !

— Non, fit-elle.

De toutes ses forces, elle poussa la porte. Un flot de fumée jaillit aussitôt. Les yeux irrités, elle n’y voyait plus rien… Et elle avait besoin de ses deux mains pour dégoupiller, puis jeter la grenade. Jinzo cria dans son dos :

— Hiroko-san ! Vite, vite, partons.

Le son de la sirène de police frappa enfin ses oreilles. Dangereusement près. Pleurant de rage, elle dévala l’escalier après avoir dégoupillé la grenade posée contre la porte, traversa le petit hall et se retrouva dans la ruelle pluvieuse. Au moment où Jinzo et elle disparaissaient au coin de la ruelle, un convoi de voitures s’arrêta devant la maison en feu.

* * *

Chaque fois que Malko respirait, il avait l’impression qu’il allait cracher ses poumons. Il fit signe au pompier japonais qui lui appliqua de nouveau le masque à oxygène. C’était comme un grand vent glacé qui balayait les scories et la fumée… Il essaya de maîtriser les battements de son coeur. Ils étaient vivants, c’était le principal. La grenade avait pulvérisé la porte, sans les blesser : ils étaient à plat ventre et les éclats étaient passés au-dessus d’eux.

Il avait fallu faire une piqûre de calmant à Kuniko pour arrêter sa crise d’hystérie. Elle gisait dans l’ambulance à côté de Malko, inconsciente, sous oxygène aussi… Quant à la maison, ce n’était plus qu’un brasier en dépit des efforts des pompiers… La casquette bleue d’un policier japonais apparut à la porte de l’ambulance. Un officier. Il demanda en anglais à Malko :

— Sir, saviez-vous qu’il y avait un homme assassiné dans cette maison ?

Malko ôta le masque pour répondre.

— Oui. Et je sais même qui l’a assassiné. Prévenez Tom Otaku, au Kohan. Dites-lui que le Prince Malko Linge est avec vous.

Le policier contempla Malko, stupéfait.

* * *

Hiroko conduisait à tombeau ouvert en dépit de la pluie. Il fallait aller plus vite que d’éventuels barrages. Si Jinzo n’avait pas perdu la tête, ils auraient eu le temps de venir à bout de leurs adversaires ! La fatigue commençait à calmer sa rage. Son traitement l’épuisait. Elle avait hâte d’ôter ses chaussures, de boire un thé brûlant et amer. Elle sentait que le cercle se rétrécissait autour d’elle.

Sa source d’armes était tarie. C’était trop dangereux de recontacter l’Arabe.

Quel serait le prochain coup ?

Brutalement, Hiroko se rendit compte qu’elle était sur la défensive, et cela la rendit folle de rage. Si Furuki ne s’était pas fait prendre, elle serait en train de faire sauter les usines Boeing, à Seattle. Et bien d’autres choses. Au lieu d’être terrée dans une vieille maison à Tokyo, traquée par la police, les gangsters et la C.I.A.

* * *

Malko était en train de déjeuner dans le restaurant chinois du sous-sol de l’Imperial lorsque Yamato fit son apparition. Depuis deux jours, le Japonais ne s’était pas manifesté. Comme pour punir Malko d’avoir agi seul, lors de l’épisode Kuniko. Traumatisée, la jeune taxi-girl n’avait pas repris son travail. Elle se terrait chez elle, bourrée de calmants. Persuadée qu’Hiroko allait venir l’assassiner… Malko avait passé son temps à courir dans les différents services de police japonais, à la recherche de quelques indices. M. Katsimoto avait emporté son secrët dans la tombe. Hiroko et les siens avaient plongé une fois de plus dans la clandestinité, sans laisser de traces. Tom Otaku préférait ne même plus aborder le sujet de sa capture… Cela faisait une semaine que l’échange d’otages avait eu lieu. Et Malko n’était toujours pas plus avancé… M. Yamato s’assit et s’enquit poliment de sa santé. Comme si Malko était en visite touristique. Non moins poliment, ce dernier demanda des nouvelles de M. Kawashi.

— Kawashi-san est très fatigué, dit Yamato. La perte de face qu’il a subie l’a beaucoup affecté. Et aussi le fait que vous ayez manqué de confiance en lui…

— Ce n’est pas moi, protesta Malko. Kuniko m’a forcé la main.

Yamato suivit d’un oeil humide une grande Chinoise au visage hiératique qui sortait du restaurant. Avec ses grosses lèvres salivantes, il évoquait irrésistiblement le chien des Baskerville… Puis, il revint à Malko.