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Elle toisa le commandant, debout devant la console verte de commandes qui comportait bizarrement une petite roue en bois, comme un vieux voilier.

— Nous sommes prêts à partir ?

Il secoua la tête, dépassé, affolé.

— Mais que voulez-vous faire ?

Hiroko ne put pas résister à la joie de lui dire.

— Nous allons mener une action offensive contre les puissances impérialistes, dit-elle pompeusement. Grâce à nos lance-roquettes, nous allons détruire tous les pétroliers ayant déjà déchargé qui se trouvent sur notre passage. Ceux qui sont « gazés », comme vous dites… Il suffira d’une seule roquette par navire… Ensuite nous continuerons jusqu’au détroit de Malacca et nous ferons sauter le Tofaru au milieu de façon à bloquer la route.

Le commandant avait l’impression de vivre un cauchemar. Tout ce que disait la terroriste était facilement réalisable. Une seule roquette dans les citernes pleines de gaz suffisait à faire exploser un pétrolier. Il y en avait des dizaines dans la baie. L’embarras du choix. Et qui allait arrêter le pétrolier fou ? Les bateaux de la police du port se feraient couper en deux par les quatre-vingt mille tonnes. Il maudit l’automatisation qui rendait le Tofaru manoeuvrable avec une poignée d’hommes. Pensa aux catastrophes que cela allait déclencher. Il était le responsable du Tofaru. Il ne pouvait pas donner cet ordre. Il se redressa, dit d’une voix plus ferme :

— Le Tofaru n’appareillera pas. Je m’y refuse.

— Je vous ordonne de m’obéir, hurla Hiroko.

Sans mot dire, le commandant s’écarta de la console. Hiroko braqua sa mitraillette sur lui aussitôt. Il vit qu’elle allait tirer, fit demi-tour, commença à courir vers l’escalier.

Hiroko lâcha une courte rafale au moment où l’officier l’atteignait. Touché dans le dos, il poussa un cri et bascula sur les marches de fer. Hiroko se tourna alors vers le second.

— Prenez la barre.

Le second vit le canon de l’arme, les douilles, le regard impitoyable, et se dit que pour quatre cents cinquante mille yens par mois, ce n’était pas la peine de se faire tuer. Il s’approcha de la console de commandement, manipula quelques touches, cria dans le micro, passa les commandes sur automatique, et se retourna vers Hiroko.

— Les machines sont prêtes, dit-il.

Une courte rafale claqua. Le terroriste venait de tirer sur les cinq hommes qui avançaient sur le pont.

Le pilote loading master se recroquevilla. Hiroko s’en moquait. Il faudrait une armée pour l’expulser de la timonerie, accessible seulement par l’échelle.

Elle mit en route son walkie-talkie la reliant aux deux hommes de l’avant.

— Coupez les aussières, ordonna-t-elle.

À l’avant, le Tofaru était mouillé par trois aussières en nylon reliées au corps-mort. Elle vit un de ses hommes attaquer aussitôt les aussières à la hache. Elle avait tout prévu. Il restait l’arrière.

— Jinzo, vas-y, dit-elle. Je reste ici.

Jinzo se précipita dans l’escalier. Le commandant avait disparu, il ne restait qu’une traînée de sang. Dans la coursive, il tomba sur un groupe de marins stupéfaits tenus en respect par ses deux camarades. Il en prit deux, avec lui. Ils contournèrent la minuscule piscine et ils s’attaquèrent à coups de hache aux aussières arrière. En quelques minutes le Tofaru fut libre d’amarres.

Maintenant, Hiroko pouvait passer à la seconde phase de son plan. Transportée d’orgueil. Le pétrolier commençait à trembler sous les vibrations des vingt-six mille chevaux.

Jinzo parvint dans la timonerie juste à temps pour entendre Hiroko ordonner au second, menacé d’une mitraillette :

— En avant.

Le second poussa la lourde manette en avant. À trente tours minutes. Le Tofaru s’ébranla. Il ne s’était pas écoulé plus d’un quart d’heure depuis le moment où Hiroko avait fait irruption dans la timonerie. À vide, le pétrolier prenait de la vitesse beaucoup plus facilement. Bientôt il allait filer quatre noeuds dans la baie de Tokyo. Hiroko reprit son walkie-talkie et avertit les hommes de l’avant.

— Tenez-vous prêts.

Dans quelques minutes, ils allaient arriver à la hauteur d’un autre pétrolier. Un gros de deux cents quarante mille tonnes.

Sa première cible.

* * *

Malko était arrivé maintenant à moins de trente mètres du château arrière. Les terroristes tiraient par intermittence, de la timonerie ou des ouvertures donnant sur le pont principal.

Soudain, il aperçut un homme étendu à tribord, le long du château. Le bosco dit quelque chose d’une voix excitée.

— C’est le commandant, traduisit Yamato.

— Il faut arriver là-bas, dit Malko. Lancez Kashima et le « gorille ». Nous allons les couvrir.

Accroupi derrière une manche à air, Yamato donna ses ordres. À son signal, le lutteur de sumo au crochet et Kashima se lancèrent en zigzaguant vers le château. Dès que terroristes ouvrirent le feu sur eux, Malko et Yamato répondirent feu. Celui de gauche s’effondra avec un cri. Celui de droite disparut. On tira de la timonerie, mais beaucoup trop loin. Heureusement, ils étaient maintenant trop éloignés de l’avant pour que les autres terroristes soient dangereux. Le « gorille » survivant était collé à la cloison de la salle de contrôle. Kashima avait disparu. Blessé ou tué. De l’autre côté de la cloison, il y avait le terroriste avec une mitraillette.

Yamato et Malko se lancèrent en même temps. Le terroriste les aperçut, s’avança légèrement pour tirer, ne voyant pas le gorille. Le bras prolongé du crochet se détendit brutalement. La pointe d’acier pénétra dans l’épaule gauche du terroriste. Le gorille l’attira à lui, comme un quartier de viande. Terrassé par la douleur, l’autre ne pensa même pas à tirer. Aussitôt, le « gorille » arracha son crochet, le brandit et, de toutes ses forces, le lui planta en pleine tête.

Malko détourna les yeux devant le terroriste qui oscillait avec un hurlement inhumain, essayant d’arracher la pointe d’acier fichée dans son cerveau. Puis le gorille passa derrière lui, lui enserra le cou de son bras énorme. Il y eut un craquement sec : ses vertèbres cervicales venaient de se briser.

Kashima gisait sur le pont, une mare de sang autour de la tête. Ils n’étaient plus que trois. Malko se précipita vers le commandant qui râlait, étendu sur le dos. Yamato lui souleva la tête. Il avait déjà les narines pincées. Avec des mots hachés, il dévoila le plan de Hiroko. Le Tofaru glissait dans la baie. Les bouées soutenant les sea-lines étaient déjà loin.

Il se sentit pris de découragement devant le gigantesque pétrolier lancé sur son élan inexorable. Les autres – les cibles – grossissaient à chaque seconde. Les terroristes retranchés sur le gaillard d’avant, à l’abri des treuils, étaient pratiquement hors d’atteinte. Il restait la radio, et Hiroko dans la timonerie.