Выбрать главу

– Bonsoir monsieur, établissement Les Hortensias à Milly, j’ai le regret de vous annoncer le décès de madame Léonore Gentil. Oui. Non. Elle vient de s’éteindre. Elle a fait un arrêt cardiaque. Elle n’a pas souffert. Non, pas maintenant, la chambre mortuaire est fermée. Présentez-vous à l’accueil demain matin à 8 heures. Oui. Je suis sincèrement désolé. Toute l’équipe soignante des Hortensias se joint à moi pour vous présenter ses sincères condoléances. Bonsoir, monsieur.

Je me suis assise sur le lit. Mes jambes ne me portaient plus. Le corbeau avait actionné l’appel d’urgence parce qu’il savait que c’était moi qui étais à l’office. Moi qui étais de nuit. Moi qui serais dans la chambre 29 quand il appellerait le fils de madame Gentil. Il voulait que je sache qui il était.

Le corbeau a retiré le modificateur de voix qu’il avait posé sur l’appareil et il a raccroché.

Il s’est approché de moi. J’ai caressé son visage comme si je le voyais pour la première fois. D’ailleurs, je le voyais pour la première fois. Je le voyais tel qu’il était, et non plus comme je voulais qu’il soit. Il a souri. J’ai mis mes doigts dans les fossettes qui creusent ses joues.

Quand je lui racontais les oubliés du dimanche, je ne pensais pas qu’il m’écoutait. Je pensais juste qu’il m’entendait. En plus, c’était après le Paradis. J’étais bourrée, et le lendemain matin, je ne me souvenais pas de grand-chose. Juste des bribes de phrases. Lui s’est souvenu pour moi.

Il ne m’avait toujours pas dit un mot. Moi non plus.

Il portait un pull à rayures qui n’allait pas du tout avec son pantalon prince de Galles. Comme d’habitude. J’ai pensé, Il va falloir que je lui apprenne à coordonner les couleurs.

C’était la première fois que je faisais un projet en pensant à quelqu’un qui existe pour de vrai.

Il a pris le pendentif de la mouette entre ses doigts et m’a embrassée dans les cheveux. Comme le jour où il m’avait emmenée à l’aéroport Saint-Exupéry.

– Ça fait longtemps que tu fais le corbeau ?

Il a souri.

– Depuis que je te connais.

– Et on se connaît depuis longtemps ?

Il ne m’a pas répondu. Il a caressé la joue de monsieur Paul et il a chuchoté, C’est mon grand-père.

J’ai fermé les yeux et je lui ai dit :

– Comment tu t’appelles ?

Remerciements

Merci à mes grands-parents, Lucien Perrin, Marie Géant, Hugues Foppa et Marthe Hel.

Merci à Eloïse Cardine, aide-soignante en gériatrie, qui m’a TOUT donné.

Merci à mon comité de lecture personnel, essentiel, vital, précieux : Arlette, Catherine, Maman, Papa, Pauline, Salomé, Sarah, Vincent, Tess, Yannick.

Merci à Maëlle Guillaud.

Enfin, je rends grâce à Claude Lelouch pour mille et treize raisons.