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La première femme de ma vie

La première femme de ma vie Je ne l'ai pas vu tout de suite Je n'ai vu qu'elle était petite Qu'après avoir un peu grandi Elle m'emmenait dans les musées Quelques fois au concert Colonne Où son gentil petit bonhomme Faisait semblant de s'amuser
Elle chantait ma mère Elle chantait souvent Des chansons d'hier Des chansons d'avant
La première femme de ma vie Un jour m'a conduit à l'école Emmitouflé dans un cache-col Armé d'un cartable verni J'ai connu les bons, les méchants Les points sur les i, sur la gole Il était quelques fois bien seul Le deuxième homme de maman
Elle chantait ma mère Elle chantait souvent Des chansons d'hier Des chansons d'avant
La première femme de ma vie Je l'ai quittée pour être un homme C'est toujours un matin d'automne Que les enfants s'en vont du lit C'est toujours un matin de pluie C'est souvent pour une autre femme
Elle chantait ma mère Elle chantait souvent Des chansons d'hier Des chansons d'avant

La rue Marie-Laurence

Toutes ces rues qui ont les noms célèbres Je les ai oubliées, mais je garde dans mes pensées Tous les visages que je voyais naguère Et mon plan de la ville est un calendrier
Toutes les rues de Paris portent un prénom de fille Souvenirs d'un temps disparu Y a la rue Stéphanie et la rue Caroline L'avenue de la Fille Inconnue Le boulevard Virginie et l'impasse Martine Ces jolis rendez-vous qui n'existent plus Mais ma rue préférée, celle où j'aimais rêver Elle a un nom qui danse, la rue Marie-Laurence
Pauvre Molière, pauvre Pierre Corneille Pauvre Émile Zola, malheureux Léon Gambetta Du paradis où vos ames sommeillent Pardonnez à celui par la faute de qui
Toutes les rues de Paris portent un prénom de fille Souvenirs d'amours disparues Y a la rue Stéphanie et la rue Caroline L'avenue de la Fille Inconnue Le boulevard Virginie et l'impasse Martine Ces jolis rendez-vous qui n'existent plus…

La saison du blues

Y a des jours où les choses qu'on a à dire Ont besoin d'un peu de musique Des jours de mélancolie, Des jours de spleen, de vague à l'âme Des jours de blues
Y a une saison où l'on sent que quelque chose va se passer Comme une sensation d'air froid qui vous descend dans la nuque Qui vous donne envie de remonter votre col C'est la saison du blues
Et tu le sens au fond des os Et dans le ventre et dans la peau Tout va changer sans que rien soit vraiment nouveau
Cette saison là me fait toujours penser à ces mendiants Assis autour d'un feu de misère, Qui font chauffer du vieu café, dans une vielle boîte de conserve Ils ont des manteaux râpés jetés sur la tête et ils essaient d'avoir chaud Ils attendent l'hiver Et voilà que j'ai envie de revenir à cette musique Dont les accords naissent en mineur
Et tu le sens au fond des os Et dans le ventre et dans la peau Tout va changer sans que rien soit vraiment nouveau
C'est l'époque où j'aime regarder la campagne J'la vois changer d'couleur Il fait beau, ça sent bon Je sais qu'ça va pas durer Insensiblement l'hiver est là Il tombe dessus comme un manteau d'brouillard La saison du blues
Et tu le sens au fond des os Et dans le ventre et dans la peau Tout va changer sans que rien soit vraiment nouveau

La vie se chante, la vie se pleure

La vie se chante, la vie se pleure Elle est changeante comme les couleurs La vie s'allume, la vie s'éteint Et sans rancune, rien ne rime à rien
Un enfant de soixante-dix ans A rendu sa vie sans avoir rien compris Un indien pres du lac Michigan En costume civil commande un whisky Une fille est sortie de la Terre Un volcan éteint vient de se réveiller Quelque part un marin solitaire S'est mis à chanter
La vie se chante, la vie se pleure Elle est changeante comme les couleurs La vie s'allume, la vie s'éteint Et sans rancune, rien ne rime à rien
En dix-heuf cent quatre-vingt-dix-neuf La Californie devient un océan En Afrique dans un pays neuf Un chanteur d'Europe devient président Une fille est allée sur Vénus Un nouveau Lazare est ressucité Quelque part un marin de plus S'est mis à chanter S'est mis à chanter
La vie se chante, la vie se pleure Elle est changeante comme les couleurs La vie s'allume, la vie s'éteint Et sans rancune, rien ne rime à rien

La violette africaine

Elle m'a confié pour l'été sa plante verte, une violette africaine, Elle m'a fait la bise et puis elle est parti comme une fleur, vers une plage lointaine Elle nous avait planté là, ma plante et moi ensemble, je l'arrosais Pendant toute la belle saison on patientait à l'ombre, on attendait
Ma plante perdait ses pétales et moi je dormais mal, c'était septembre Nous vivions à petit feu, nous attendions tout les deux, lasses d'attendre Je la négligeais un peu, elle ne m'en voulait pas, elle comprenait On passait des folles nuits devant notre télé, on s'amusait
Ma violette africaine Fleurs de printemps s'en viennent, s'en vont On retrouve dans la peine Ses compagnons des quatre saisons
Nous étions abandonnés, et comme les nuits d'hiver se faisaient longues Je ramenais à la maison des copains, des chiens perdus, des vagabondes Et ma plante vivait d'mégots et d'épingles à cheveux, elle se fanait Elle se penchait vers la vitre, guettant sa maîtresse ou un peu de soleil
Le printemps a mis longtemps à m'apporter une gentille demoiselle Elle m'a rebrisé le cœur; elle a rangé mes placards et mis ma plante à la poubelle Mais j'ai sauvé ma camarade, elle a reintégré sa cheminée On n'oublie pas ses amis à cause d'une amourette qui vient à passer