Vise, mon Jules,
Cette crapule
Qui nous tombe sur les bras.
Depuis le temps
Qu'on l'attend,
Comme une bombe, le voilà.
Le voilà, le printemps,
Tout fleuri de lilas
Qui rapplique en dansant,
En dansant la java.
Le voilà, ce voyou,
Au son d'l'accordéon
Qui court le guilledou
En poussant la chanson.
Entends comme ça chahute
Dans tous les palpitants.
L'hiver se tire des flûtes.
Enfin le printemps
Ne fais pas la tête.
Tu serais bien bête
De te faire du mouron
Quand sur toute la terre
Flotte un petit air
De révolution.
J'ai sorti pour toi
Ma robe de soie,
Mes colifichets
Pour dormir sur l'herbe
En écoutant tinter les muguets
Vise, mon Jules,
Cette crapule
Qui nous tombe sur les bras.
Depuis le temps
Qu'on l'attend
Comme une bombe, le voilà.
Le revoilà, le printemps
Tout fleuri de lilas
Qui rapplique en dansant,
En dansant la java.
Y a la foule dans les rues
Qui suit les orphéons,
Des épaules toutes nues
Et du monde au balcon.
C'est la fête aux poètes
Et je t'aime éperdument
Et ça tourne dans ma tête.
Enfin le printemps
J'ai le vertige dans tes yeux.
Je voltige dans du bleu.
Je vois double et c'est mieux.
Vise mon cœur tout là-haut
Qui fait du cerf-volant.
Rattrape-le si tu peux,
Mon amour, mon amour
Qui fout le camp…
Enfin le printemps!
Entre Saint-Ouen et Clignancourt
Paroles: M.Aubret. Musique: A.Sablon 1933
J'ai vendu des fleurs aux terrasses
Quand j'avais dix-sept ans
Mais la roue tourne, le temps passe:
J'ai du fric, à présent.
Eh bien! Malgré mon compte en banque,
Ma bagnole, mes bijoux,
Certains jours quelque chose me manque.
J'ai l'cafard tout à coup.
Entre Saint-Ouen et Clignancourt,
De temps en temps faut qu'j'fasse un tour
Sur la zone.
Je r'trouve alors tout mon passé,
Le ciel si doux, les durs pavés,
L'herbe jaune
Et, pataugeant dans les ruisseaux,
Des bandes de gosses moitié poulbots,
Moitié faunes,
L'odeur de frites et de lilas.
En frissonnant je r'trouve tout ça
Sur la zone.
A mon avis, les gens du monde
Ne sav'nt pas fair' l'amour.
Au moment critique ils abondent
En bobards, en discours,
Alors cell's qui, comm' moi, connaissent
C'que c'est qu'un mâle, un vrai,
Cell's 'là s'dis'nt: un mec, en vitesse
Et je me rattrap'rai.
Entre Saint-Ouen et Clignancourt,
De temps en temps faut qu'j'fasse un tour
Sur la zone.
On s'envoie chez le gros Léon,
Tandis que chant' l'accordéon,
Un vieux Beaune.
C'est le printemps et c'est le soir.
Calmes et forts, devant l'comptoir,
Des gars trônent
Et dans l'tas on n'a qu'à choisir
Pour apaiser tous les désirs
Sur la zone.
Quelquefois mêm' le cœur s'en mêle
Et pour entendre mieux,
La voix qui dit: "Môm' c'que t'es belle"
On ferme les deux yeux
Mais on n'vit d'amour et d'eau claire
Que dans certains romans,
Alors, bien vite, on s'fait la paire
Sans rêver plus longtemps.
Entre Saint-Ouen et Clignancourt
Je suis rev'nue hier faire un tour
Sur la zone.
Quel chang'ment alors j'ai trouvé:
On démolit de tous côtés.
Quel cyclone…
Plus d'bosquets, plus d'baraqu's en bois,
Plus d'ces chansons qu'étaient pour moi
Une aumône
Et devant mes souv'nirs détruits,
Tout' seul' j'ai pleuré dans la nuit
Sur la zone.
Escale
Paroles: Jean Marèze. Musique: Marguerite Monnot 1938
autres interprètes: Edith Piaf (1945), Colette Renard, Perrette Souplex
Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.
Le flot qui roule à l'horizon
Me fait penser à un garçon
Qui ne croyait ni Dieu ni diable.
Je l'ai rencontré vers le nord
Un soir d'escale sur un port
Dans un bastringue abominable
L'air sentait la sueur et l'alcool
Il ne portait pas de faux-col
Mais un douteux foulard de soie
En entrant je n'ai vu que lui
Et mon coeur en fut ébloui
De joie.
Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.
Il me prit la main sans un mot
Et m'entraîna hors du bistrot
Tout simplement d'un geste tendre
Ce n'était pas un compliqué
Il demeurait le long du quai
Je n'ai pas cherché à comprendre
Sa chambre donnait sur le port
Des marins saoûls chantaient dehors
Un bec de gaz d'un halo blême
Eclairait le triste réduit
Il m'écrasait tout contre lui
Je t'aime
Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.
Son baiser me brûle toujours
Est-ce là ce qu'on dit l'amour
Son bateau mouillait dans la rade
Chassant les rêves de la nuit
Au jour naissant il s'est enfui
pour rejoindre les camarades
Je l'ai vu monter sur le pont
Et si je ne sais pas son nom
Je connais celui du navire
Un navire qui s'est perdu
Quant aux marins nul n'en peut plus
Rien dire
Le ciel est bas, la mer est grise
Ferme la fenêtre à la brise.
Et ça gueule ça madame
Paroles: Edith Piaf. Musique: Gilbert Bécaud 1952
note: du film "Boum sur Paris"
{en duo avec Jacques Pills (son mari)}
C'est haut comme ça…
Non… J'exagère…
Mettons, comme ça…
Enfin… à peu près ça!
Ça paie pas d'mine,
Mais nom d'un chien!
Ça tient d'la place
Ce bout de rien…
{
Et ça gueule, ça, madame
On n'entend qu'elle, dans la maison
Y a pas, faut qu'elle se cherche des raisons
De ça, elle en fait tout un drame!
Et ça gueule, ça, madame
Elle me dit de toute sa hauteur:
"Faudrait pas croire que tu m'fais peur!"
Elle est crispée, elle tape du pied!
Elle sort ses griffes, elle ouvre ses yeux
Ça bouge, ça crie, c'est tout furieux
J'ai envie de la prendre dans mes bras
Et de la serrer tout contre moi…
Mais… ça gueule, ça, madame!
Moi, ça me fait rire, mais en dedans,
D'abord, je suis un gentleman,
Et c'est plus prudent!