Et voilà le soleil de travers…
Tous les hommes qui marchent la tête en bas…
Et la terre qui s'enroule à l'envers…
Et la mer qui s'embête et s'en va…
Mais les prières…
Les prières continuent à monter
Car tous les hommes…
Tous les hommes continuent à prier…
Et c'est là qu'elles sont embêtées,
Les prières qui n'ont rien demandé…
Et c'est là qu'on les voit faire la queue,
Les prières qui attendent le Bon Dieu…
Alors, comme elles n'ont rien à faire
Les prières,
Elles se font des confidences:
– Vous venez pourquoi, vous?
– Moi, je viens de la part d'un dénommé
Roméo, et d'une certaine Juliette…
– Qu'est-ce qu'on leur fait comme ennuis, sur cette terre?
On veut pas les laisser s'aimer tranquilles?
Pas commode d'arranger leur histoire… Et vous?
– Moi, pour un gars qu'a de gros ennuis avec
son percepteur… J' vois d'ailleurs pas ce que
j' peux faire pour lui! Mpfff!… Enfin…
– Et vous?
– Moi, secret professionnel!
– Et vous, là-bas?
– Moi, Hah! Je viens de la part d'un fou!
Enfin, d'un poète… C'est la même chose!
D'abord, ce qu'il demande avec la terre, c'est impossible!
Et puis, prêcher la bonté, ça fait
démodé…
– Racontez-nous! C'est peut-être drôle?!
– Si vous voulez! De toutes façons, ça
changera jamais rien! Alors, voilà:
"Je sais bien que je vous dérange,
Mais voilà: j'ai besoin de vous!
S'il vous plaît, prêtez-moi des anges!
Il en faudrait un petit peu partout…
Pour le soleil… un par personne!
Et pour l'amour… Oh! S'il vous plaît!
Tout plein d'amour aux mains des hommes
Pour qu'ils en fassent de grand bouquets…"
Et voilà le Bon Dieu revenu.
Le tonnerre a perdu son emploi.
Le soleil est passé par-dessus
Et voilà que la terre marche droit.
Ouvre les portes,
Que l'on porte
Le soleil dans les blés,
Que la terre,
Toute la terre
Tourne enfin sans trembler
Et l'amour a poussé dans les champs
Et les hommes le cueillaient en chantant.
Les amants ne mourraient plus jamais
C'est pour ça que tout le monde s'aimait…
Quel dommage pour les filles, les garçons
Que tout ça ne soit qu'une chanson…
Le contrebandier
Paroles: Raymond Asso. Musique: Jean Villard 1936
Il était né sur la frontière,
Là-haut dans le Nord où c'qu'y a du vent.
Contrebandier tout comme son père,
Il avait la fraud' dans le sang.
Il attendait les nuits sans lune
– Quand il fait sombre, on passe bien mieux. –
Pour s'faufiler par les grandes dunes
Où l'vent de la mer nous pique les yeux.
Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Lâchez tous les chiens
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Regardez sur la dune
L'homme qui passe là-bas.
Il est pourtant seul
Mais vous n'l'aurez pas.
Il s'fout d'la douane
Au fond de vos cabanes,
Allez, planquez-vous
Et lâchez les chiens.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!
Quand il avait rien d'autre à faire,
Les nuits où qu'il faisait trop clair,
Il changeait les poteaux frontières
Et foutait le monde à l'envers
Ou bien, d'autres fois, en plein passage,
Quand il avait bu un bon coup,
Il poussait de vrais cris sauvages
Et v'là qu'je passe dépêchez-vous.
Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Lâchez tous les chiens
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Regardez sur la dune
L'homme qui passe là-bas.
C'est moi, moi tout seul,
Mais vous n'm'aurez pas.
J'me fous d'la douane
Au fond de vos cabanes.
Allez, planquez-vous
Et lâchez les chiens.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!
Il pouvait pas s'mettre dans la tête
Qu'la loi des hommes, c'est très sérieux.
C'était comme une sorte de poète
Et ces types-là, c'est dangereux.
Alors une nuit qu'y avait d'la lune,
Qu'y baladait pour son plaisir,
Ils l'ont étendu sur la dune
A coup d'fusil pour en finir.
Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Planquez tous vos chiens
Et puis amenez-vous.
Du fond de vos cabanes,
C'est d'la belle ouvrage,
Seulement, ce soir,
Ce n'était qu'un homme.
Il travaillait pas.
T'entends, la douane?
Alors, fallait pas…
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!
Le dénicheur (2)
Paroles: Léon Agel. Musique: Léo Daniderff 1946
autres interprètes: Georgette Plana (1959), Lucienne Delyle (1959), Edith Piaf (A la radio – 1961), Patachou (1964), Mouloudji (1974), Tino Rossi (1976), Francis Lemarque (1988), Jean-Marc Thibault (1991), Jackie Sardou (1993)
note: Seconde version.
{Refrain:}
On l'appelait le Dénicheur
Il était rusé comme une fouine
C'était un gars qu'avait du cœur
Et qui dénichait des combines
Il vivait comme un grand seigneur
Et quand on rencontrait sa dame
On répétait sur toutes les gammes
Voilà la femme à Dénicheur
Elle avait fait sa connaissance
Dans un bar, un soir, simplement
Ce fut le hasard d'une danse
Qui le fit devenir son amant
Il avait de jolies manières
Du tact et beaucoup d'instruction
Sachant faire de bonnes affaires
C'était là toute sa profession.
Comme elle avait un peu d'argent
Ils se mirent en ménage tranquillement
{au refrain:}
Les combines ça dure ce que ça dure
La chance tourne et puis s'en va
On perd le goût des aventures
Quand le noir vous suit pas à pas
N'ayant plus confiance en lui-même
Un soir qu'il était sans un sou
Afin de résoudre le problème
Le Dénicheur fit un sale coup
Mais comme il rentrait au logis
En pleurant son amie lui dit:
{Refrain:}
On t'appelait le Dénicheur
Toi qu'étais rusé comme une fouine
Je croyais trouver le bonheur
Près de toi, avec tes combines
Adieu, c'est fini, pars sans peur
Je saurai souffrir et me taire
Malgré mon chagrin je préfère
Abandonner le Dénicheur