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Les "salopards" tiennent la plaine, Là-haut, dans le petit fortin. Depuis une longue semaine, La mort en prend chaque matin. La soif et la fièvre Dessèchent les lèvres. A tous les appels de clairon, C'est la mitraille qui répond.
Ah la la la, la belle histoire, Ils restent vingt dans le bastion, Le torse nu, couverts de gloire, Ils n'ont plus d'eau dans leurs bidons Et presque plus de munitions. Ah la la la, la belle histoire, Claquant au vent sur le bastion Et troué comme une écumoire, Il y a toujours le fanion, Le beau fanion de la légion!
Comme la nuit couvre la plaine, Les "salopards", vers le fortin Se sont glissés comme des hyènes Ils ont lutté jusqu'au matin: Hurlements de rage, Corps à corps sauvages, Les chiens ont eu peur des lions. Ils n'ont pas pris la position.
Ah la la la, la belle histoire, Ils restent trois dans le bastion, Le torse nu, couverts de gloire, Sanglants, meurtris et en haillons, Sans eau ni pain, ni munitions. Ah la la la, la belle histoire, Ils ont toujours dans le bastion Mais ne peuvent crier victoire: On leur a volé le fanion, Le beau fanion de la légion!
Mais tout à coup, le canon tonne: Des renforts arrivent enfin. A l'horizon, une colonne Se profile dans le matin Et l'echo répète l'appel des trompettes Qui monte vers le mamelon. Un cri de là-haut lui répond.
Ah la la la, la belle histoire, Les trois qui sont dans le bastion, Sur leurs poitrines toutes noires Avec du sang crénom de nom Ont dessiné de beaux fanions. Ah la la la, la belle histoire, Ils peuvent redresser leurs fronts Et vers le ciel crier victoire. Au garde-a-vous sur le bastion, Ils gueulent "présent la légion."

Le gitan et la fille

Paroles et Musique: Georges Moustaki

Le gitan dit à la fille:
"Qu'importe le prix de l'amour: Pour toi, j'irai finir mes jours Derrière les grilles. J'irai piller les gens de la ville Pour t'offrir une robe de satin. Tu n'diras plus que j'suis un vaurien, Un inutile… Mes mains, tout à l'heure si fortes, Seront plus douces que le bois De la guitare qui joue pour toi Devant ta porte…"
Le gitan dit à la fille:
"Qu'importe le prix de l'amour: Pour toi, j'irai finir mes jours Derrière le grilles. J'irai tuer ceux qui te regardent Quand le doux soleil du matin Se glisse dans le creux de tes reins Et s'y attarde… Et là, je te dirai "Je t'aime" Comme on dit le nom de Jésus. Je le crierai dans la rue Comme un blasphème…"
Le gitan a dit à la fille:
"Qu'importe le prix de l'amour: Pour toi, j'irai finir mes jours Derrière les grilles. Autour de toi, je ferai l'ombre Pour être le seul à te voir, Pour être seul sous ton regard Et m'y confondre… Et quand la mort viendra défaire Les chaînes forgées par l'amour, Pour toi, j'irai finir mes jours Au fond de la terre…"

Le grand voyage du pauvre nègre

Paroles: Raymond Asso. Musique: R.Cloërec 1937

Soleil de feu sur la mer Rouge. Pas une vague, rien ne bouge. Dessus la mer, un vieux cargo Qui s'en va jusqu'à Bornéo Et, dans la soute, pleure un nègre, Un pauvre nègre, un nègre maigre, Un nègre maigre dont les os Semblent vouloir trouer la peau.
"Oh yo… Oh yo… Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil. Moi pas vouloir quitter pays. Moi vouloir voir le grand bateau Qui crach' du feu et march' sur l'eau Et, sur le pont, moi j'ai dormi. Alors bateau il est parti Et capitaine a dit comm' ça: "Nègre au charbon il travaill'ra." Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil. Moi pas vouloir quitter pays. Oh yo… Oh yo…"
Toujours plus loin autour du monde, Le vieux cargo poursuit sa ronde. Le monde est grand… Toujours des ports… Toujours plus loin… Encore des ports… Et, dans la soute, pleure un nègre, Un pauvre nègre, un nègre maigre, Un nègre maigre dont les os Semblent vouloir trouer la peau.
"Oh yo… Oh yo… Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil. Y'en a maint'nant perdu pays. Pays à moi, très loin sur l'eau, Et moi travaille au fond bateau. Toujours ici comm' dans l'enfer, Jamais plus voir danser la mer, Jamais plus voir grand ciel tout bleu Et pauvre nègre malheureux. Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil, Moi pas vouloir quitter pays. Oh yo… Oh yo…"
Au bout du ciel, sur la mer calme, Dans la nuit claire, il voit des palmes, Alors il crie: "C'est mon pays!" Et dans la mer il a bondi Et dans la vague chante un nègre, Un pauvre nègre, un nègre maigre, Un nègre maigre dont les os Semblent vouloir trouer la peau.
Oh yo… Oh yo… Monsieur Bon Dieu, toi bien gentil, Ramener moi dans mon pays. Mais viens Bon Dieu… Viens mon secours, Moi pas pouvoir nager toujours. Pays trop loin pour arriver Et pauvre nègre fatigué. Ça y est… Fini!… Monsieur Bon Dieu!… Adieu pays… Tout l'monde adieu… Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil. Moi pas vouloir quitter pays. Oh yo… Oh yo…

Le mauvais matelot

Paroles: Raymond Asso. Musique: P. Dreyfus 1936

Dans le port de Marseille, Y a un joli bateau. Dans le port de Marseille, Y a un joli bateau. Dans l'vent, sur l'eau, Dans la cale du navire, Loin du ciel, tout au fond, Dans la cale du navire, Y a un mauvais garçon. Oh oh oh tout près de l'eau oh oh, La fille du capitaine Est descendue le voir. La fille du capitaine Est descendue le voir. "Comme il fait noir, Mon cœur a de la peine. Dis-moi joli garçon, Pourquoi, chargé de chaînes, Es-tu là, tout au fond? Oh oh oh si près de l'eau oh oh oh" Je suis fils de la terre. Mon père est laboureur. Je suis fils de la terre Et la mer me fait peur, Oh oh oui bien peur. Je suis dans la Marine Sans l'avoir demandé. Je suis dans la Marine Et ne sais pas nager. Oh oh oh j'ai peur de l'eau oh oh. Je veux revoir ma mère Et les beaux champs de blé. Je veux revoir ma mère Et les beaux champs de blé Blonds et dorés. Faites tomber mes chaînes. Je vous épouserai. Faites tomber mes chaînes. Je vous emmènerai Oh oh oh bien loin de l'eau oh oh. Dans la cale du navire, Le capitaine en pleurs, Dans la cale du navire, Le capitaine en pleurs, Oh quel malheur! Il m'a volé ma fille, M'a déchiré le cœur. Il m'a volé ma fille Et volé mon honneur, Oh oh oh, vilain matelot oh oh. Dans le port de Marseille, Y a un joli bateau. Dans le port de Marseille, Y a un joli bateau Dansant sur l'eau. Y a plus de capitaine. Le capitaine est mort. Trop grande fut sa peine, A sauté par-dessus bord. Oh oh il dort dans l'eau oh oh.