Je vois bien ce qu'il vous faut:
Un port et un matelot,
Des bagarres dans un bar,
Rien que des trucs sinistres…
Un pauvr' type que l'on pend,
Des gens qui parlent haut,
Un monsieur distingué,
Un accordéoniste…
J'ai même entendu dire
C'est par trop fantaisiste!
Que vous chantiez un clown…
Eh bien! Bravo pour le clown!…
– Non! Non, mais dites donc!
Vous m'engueulez!
Oh! Excusez-moi!
Je me suis laissé un p'tit peu emporter…
– Alors, à votre avis, cette chanson serait pour moi?
Mais oui!
– Eh bien! re-chantez-la moi!…
Pour qu'elle soit jolie, ma chanson,
Il faut avant tout être deux.
Il y a bien sûr un garçon
Et une fille pour le rendre heureux.
Si vous me prêtiez votre voix
Pour chanter avec moi
Cette chanson d'amour,
Mais elle n'a rien d'original.
Tout compte fait, c'est pas mal
Qu'elle rime avec "toujours".
Et une fille pour le rendre heureux.
Voilà! Je vous prête ma voix
Pour chanter avec vous
Cette chanson d'amour,
Mais elle n'a rien d'original
Tout compte fait, c'est pas mal
Qu'elle rime avec "toujours".
Qu'elle est donc jolie, ma chanson,
Car je la chante malgré moi
Et vous pourrez dire au garçon
Que cette chanson est bien pour moi!…
Qu'as-tu fait, John?
Paroles et Musique: Michel Emer 1947
Dans le cœur de la Louisiane,
John, sous un soleil de plomb,
Travaille près de La Savane
Dans un grand champ de coton.
Il transpire à grosses gouttes.
Il a chaud, il n'en peut plus
Lorsque soudain, sur la route,
Une foule est accourue.
Vers le pauvre John qui tremble,
Margaret lève le doigt.
A la foule qui se rassemble,
Elle a dit: "Il s'est jeté sur moi!"
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Il s'est jeté sur une femme blanche.
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Il avait trop bu dimanche,
Ivre comme un porte-paix.
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
On emmène John au village
A la maison du sheriff.
Tous les blancs, hurlant de rage,
Réclament un jugement hâtif.
"C'est un salaud: qu'on le pende!
Pour leur donner une leçon!"
John gigote sous la branche.
Un frisson, puis c'est fini.
Les hommes blancs, les femmes blanches
Vont se coucher dans la nuit.
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Faut pas toucher aux femmes blanches.
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
T'as l'air fin au bout de la branche!
T'es pendu et c'est bien fait.
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Sur la maison qui sommeille,
Margaret frappe à grands coups.
Le sheriff qui se réveille
Lui demande: "Que voulez-vous?
C'est moi qui voulais le nègre",
Dit-elle. "Je viens m'accuser.
C'est moi qui aimais le nègre,
Puis John m'a refusée."
Le sheriff est en colère:
"Oh! Que d'histoires pour un noir!
Allons, faut pas vous en faire!
Bonsoir, Margaret! Bonsoir!"
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Refuser une femme blanche!
Qu'as-tu fait John? Qu'as-tu fait?
Te v' là pendu à une branche.
Une voix répond dans le vent:
"Il est plus heureux qu'avant…
John est au paradis…
Où les pauvres nègres y prient.
John est maintenant joueur."
Il est à la boîte du Bon Dieu.
Qu'il était triste, cet Anglais
Paroles: Louis Poterat. Musique: Charles Dumont 1961
C'était le décor attendu
D'un bar de la Tamise
Avec son ennui répandu
Comme une fumée grise,
Son frisson de journaux froissés,
Son tintement de verres
Et les murmures étouffés
De ses clients sévères.
Qu'il était triste, cet Anglais
Dont la main du temps n'avait fait
Qu'estomper doucement les traits
De son visage.
Tout seul, immobile et muet,
Debout près du bar, il buvait.
On aurait dit qu'il revenait
D'un long voyage.
Quand il eût trop bu, tout à coup,
De ses yeux, deux larmes glissèrent.
Quelqu'un a dit: "Voilà qu'il est soûl!"
Et puis des secondes passèrent…
Pourtant, moi qui le regardais,
Ça me serrait, ça me serrait.
Je mêlais à ses pleurs secrets
La terre entière
Car je n'avais pas bien compris
Ce qu'il disait rien que pour lui:
"My beloved stayed in Paris…"
Peut-être avait-il épuisé
Toutes les aventures
Ou traînait-il un cœur usé
Par une vie trop dure.
Avait-il le spleen du marin
Pour les terres promises
Ou faisait-il un grand chagrin
D'une simple bêtise?
Qu'il était triste, cet Anglais
Que, chaque soir, je retrouvais,
Portant le poids de son secret
Impénétrable.
Tout seul, immobile et muet,
Debout près du bar, il buvait.
Le même jeu recommençait
A chaque table.
Certains le guettaient en dessous
Et les larmes les faisaient rire.
J'entendais: "Voilà qu'il es soûl!".
C'est tout ce qu'ils trouvaient à dire.
Mais quand je m'approche de lui,
Il me confia d'un air surpris:
"My beloved stayed in Paris…
Stayed in Paris…"
S'il vous plaît, barman, qu'est-ce qu'il a?
Et le barman me répondit:
"Sa bien-aimée est à Paris…
…morte, peut-être…"
"…my beloved stayed in Paris…
My beloved stayed in Paris…
In Paris… In Paris…"
Quand même
Paroles: J. Mario, L. Poterat. Musique: J. Wiener 1936
Le bonheur quotidien,
Vraiment, ne me dit rien.
La vertu n'est que faiblesse
Qui voit sa fin dans le ciel.
Je préfère la promesse
Des paradis artificiels.
Je sais qu'à la porte d'un bar
Où j'aurai bu jusqu'à l'extrême,
On ramassera quelque part
Mon corps brûlé sur un brancard.
Je bois quand même…
Que sous la drogue lentement,
D'extase en extase suprême,
Je m'approche implacablement
Du sombre asile des déments.
J'en prends quand même…
Je sais qu'en la femme fatale,
Dans les bras d'un amant trop blême,
S'infiltrera l'horrible mal
Dont on crève au lit d'hôpital.
J'aime quand même…