Oh, mon chéri, tu étais là…
Je parlais seule, comme tu le vois…
Mon amour, prends-moi dans tes bras.
Non… ne dis rien… C'est ça, tais-toi.
Tu te souviens d' la p'tite Marie?
La gosse qui aimait tant la vie…
Ben, elle est morte depuis ce matin.
Oui, comme tu dis, c'est effroyable…
C'est pire que ça, c'est incroyable…
Serre-moi plus fort tout contre toi…
Chéri… Comme je suis bien dans tes bras.
La petite boutique
Paroles: Roméo Carles. Musique: O. Hodeige 1936
Je sais, dans un quartier désert,
Un coin qui se donne des airs
De province aristocratique.
J'y découvris l'autre saison,
Encastrée entre deux maisons,
Une miniscule boutique.
Un beau chat noir était vautré
Sur le seuil quand je suis entrée.
Il leva sur moi ses prunelles
Puis il eut l'air en me voyant
De se dire: "Tiens! Un client…
Quelle chose sensationnelle!"
Ce magazin d'antiquités
Excitait ma curiosité
Par sa désuète apparence.
Une clochette au son fêlé
Se mit à tintinnabuler.
Dans le calme et tiède silence,
Soudain, sorti je ne sais d'où,
Un petit vieillard aux yeux doux
Me fit un grand salut baroque
Et j'eus l'étrange sentiment
De vivre un très ancien moment
Fort éloigné de notre époque.
Je marchandais un vieux bouquin
Dont la reliure en maroquin
Gardait l'odeur des chambres closes
Lorsque, je ne sais trop comment,
Je me mis, au bout d'un moment,
A parler de tout autre chose
Mais le vieux ne connaissait rien.
Quel étonnement fut le mien
De constater que le bonhomme
Ne savait rien, évidemment,
Des faits et des événements
Qui passionnaient les autres hommes.