Выбрать главу
Y a des imag's qui vous tracassent Et, quand ell' sortait avec lui, Depuis Barbès jusqu'à Clichy Son passé lui f'sait la grimace Et sur les trottoirs plein d'souv'nirs, Ell' voyait son amour s'flétrir, Alors, ell' lui d'manda d'partir, Et il l'emm'na vers Montparnasse.
Ell' croyait r'commencer sa vie, Mais c'est lui qui s'mit à changer. Il la r'gardait tout étonné, Disant: "J'te croyais plus jolie, Ici, le jour t'éclair' de trop, On voit tes vic's à fleur de peau. Vaudrait p't'êtr' mieux qu' tu r'tourn's là-haut Et qu'on reprenn' chacun sa vie."
Elle est r'tourné' dans son Pigalle. Y a plus personn' pour la r'pêcher. Elle a r'trouvée tous ses péchés, Ses coins d'ombre et ses trottoirs sales Mais quand ell' voit des amoureux Qui r'mont'nt la rue d'un air joyeux, Y a des larm's dans ses grands yeux bleus Qui coul'nt le long d'ses jou's tout's pâles.

Embrasse-moi

Paroles: Jacques Prévert. Musique: Wal-Berg 1940

C'était dans un quartier de la ville Lumière Où il fait toujours noir où il n'y a jamais d'air Et l'hiver comme l'été là c'est toujours l'hiver Elle était dans l'escalier Lui à côté d'elle elle à côté de lui C'était la nuit Et elle lui disait Ici il fait noir Il n'y a pas d'air L'hiver comme l'été c'est toujours l'hiver Le soleil du bon Dieu ne brill' pas de notr' côté Il a bien trop à faire dans les riches quartiers Serre moi dans tes bras Embrasse-moi Embrasse-moi longtemps Embrasse-moi Plus tard il sera trop tard Notre vie c'est maintenant Ici on crèv' de tout De chaud de froid On gèle on étouffe On n'a pas d'air Si tu cessais de m'embrasser Il m'semble que j'mourrais étouffée T'as quinze ans j'ai quinze ans A nous deux ça fait trente A trente ans on n'est plus des enfants On a bien le droit de travailler On a bien celui de s'embrasser Plus tard il sera trop tard Notre vie c'est maintenant Embrasse-moi