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– Sire, j'ai eu l'honneur de vous dire déjà…

– Eh! pardieu! interrompit le roi, voici justement Turennius qui se promène sous vos fenêtres et qui regarde en l'air, comme s'il vous attendait, le pauvre garçon. Je vais lui faire signe de monter! il est fort savant, lui, il me dira ce que je veux savoir.

– Sire, sire! s'écria Marguerite en se soulevant sur son fauteuil et en joignant les deux mains, sire, soyez plus grand que tous les brouillons et tous les calomniateurs de France.

– Eh! ma mie, on n'est pas plus indulgent en Navarre qu'en France, ce me semble, et tout à l'heure, vous-même… étiez fort sévère à l'égard de cette pauvre Fosseuse.

– Sévère, moi! s'écria Marguerite.

– Dame! j'en appelle à vos souvenirs; ici, cependant, nous devrions être indulgents, madame; nous menons si douce vie, vous dans les bals que vous aimez, moi dans les chasses que j'aime.

– Oui, oui, sire, dit Marguerite, vous avez raison, soyons indulgents.

– Oh! j'étais bien sûr de votre cœur, ma mie.

– C'est que vous me connaissez, sire.

– Oui. Vous allez donc voir Fosseuse, n'est-ce pas?

– Oui, sire.

– La séparer des autres filles?

– Oui, sire.

– Lui donner votre médecin à vous?

– Oui, sire.

– Et pas de garde. Les médecins sont discrets par état, les gardes sont bavardes par habitude.

– C'est vrai, sire.

– Et si par malheur ce qu'on dit était vrai, et que réellement la pauvre fille eût été faible et eût succombé…

Henri leva les yeux au ciel.

– Ce qui est possible, continua-t-il. La femme est chose fragile, res fragilis mulier, comme dit l'Évangile.

– Eh bien! sire, je suis femme, et sais l'indulgence que je dois avoir pour les autres femmes.

– Ah! vous savez toutes choses, ma mie; vous êtes, en vérité, un modèle de perfection et…

– Et?

– Et je vous baise les mains.

– Mais croyez bien, sire, reprit Marguerite, que c'est pour l'amour de vous seul que je fais un pareil sacrifice.

– Oh! oh! dit Henri, je vous connais bien, madame, et mon frère de France aussi, lui qui dit tant de bien de vous dans cette lettre, et qui ajoute: Fiat sanum exemplum statim, atque res certior eveniet. Ce bon exemple, sans doute, ma mie, c'est celui que vous donnez.

Et Henri baisa la main à moitié glacée de Marguerite.

– Puis s'arrêtant sur le seuil de la porte:

– Mille tendresses de ma part à Fosseuse, madame, dit-il; occupez-vous d'elle comme vous m'avez promis de le faire, moi je pars pour la chasse; peut-être ne vous reverrai-je qu'au retour, peut-être même jamais… ces loups sont de mauvaises bêtes; venez, que je vous embrasse, ma mie.

Il embrassa presque affectueusement Marguerite, et sortit, la laissant stupéfaite de tout ce qu'elle venait d'entendre.

XLIX L'ambassadeur d'Espagne

Le roi rejoignit Chicot dans son cabinet.

Chicot était encore tout agité des craintes de l'explication.

– Eh bien! Chicot, fit Henri.

– Eh bien! sire, répondit Chicot.

– Tu ne sais pas ce que la reine prétend?

– Non.

– Elle prétend que ton maudit latin va troubler tout notre ménage.

– Eh! sire, s'écria Chicot, pour Dieu, oublions-le, ce latin, et tout sera dit. Il n'en est pas d'un morceau de latin déclamé comme d'un morceau de latin écrit, le vent emporte l'un, le feu ne peut pas quelquefois réussir à dévorer l'autre.

– Moi, dit Henri, je n'y pense plus, ou le diable m'emporte.

– À la bonne heure!

– J'ai bien autre chose à faire, ma foi, que de penser à cela.

– Votre Majesté préfère se divertir, hein?

– Oui, mon fils, dit Henri, assez mécontent du ton avec lequel Chicot avait prononcé ce peu de paroles; oui, Ma Majesté aime mieux se divertir.

– Pardon, mais je gêne peut-être Votre Majesté.

– Eh! mon fils, reprit Henri en haussant les épaules, je t'ai déjà dit que ce n'était pas ici comme au Louvre. Ici l'on fait au grand jour tout amour, toute guerre, toute politique.

Le regard du roi était si doux, son sourire si caressant, que Chicot se sentit tout enhardi.

– Guerre et politique moins qu'amour, n'est-ce pas, sire? dit-il.

– Ma foi, oui, mon cher ami, je l'avoue: ce pays est si beau, ces vins du Languedoc si savoureux, ces femmes de Navarre si belles!

– Eh! sire, reprit Chicot, vous oubliez la reine, ce me semble; les Navarraises sont-elles plus belles et plus accortes qu'elle, par hasard? En ce cas, j'en fais mon compliment aux Navarraises.

– Ventre saint-gris! tu as raison, Chicot, et moi qui oubliais que tu es ambassadeur, que tu représentes le roi Henri III, que le roi Henri III est frère de madame Marguerite, et que par conséquent devant toi, par convenance, je dois mettre madame Marguerite au-dessus de toutes les femmes! Mais il faut excuser mon imprudence, Chicot; je ne suis point habitué aux ambassadeurs, mon fils.

En ce moment, la porte du cabinet s'ouvrit, et d'Aubiac annonça d'une voix haute:

– M. l'ambassadeur d'Espagne.

Chicot fit sur son fauteuil un bond qui arracha un sourire au roi.

– Ma foi, dit Henri, voilà un démenti auquel je ne m'attendais pas. L'ambassadeur d'Espagne! Et que diable vient-il faire ici?

– Oui, répéta Chicot, que diable vient-il faire ici?

– Nous allons le savoir, dit Henri; peut-être notre voisin l'Espagnol a-t-il quelque démêlé de frontière à discuter avec moi.

– Je me retire, fit Chicot humblement. C'est sans doute un véritable ambassadeur que vous envoie S.M. Philippe II, tandis que moi…

– L'ambassadeur de France céder le terrain à l'Espagnol, et cela en Navarre! Ventre saint-gris! cela ne sera point; ouvre ce cabinet de livres, Chicot, et t'y installe.

– Mais de là j'entendrai tout malgré moi, sire.

– Eh! tu entendras, morbleu! que m'importe? je n'ai rien à cacher, moi. À propos, vous n'avez plus rien à me dire de la part du roi votre maître, monsieur l'ambassadeur?