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« J’en ai eu un, nous dit-il tout fier. « Au vol », comme je tirais les chamois !

— Un qui ? demanda Michel.

— Je n’en sais rien ! Les salauds qui nous attaquent ! »

Quelques coups de feu claquèrent encore, suivis d’un appel de femme:

« À moi ! Au secours !

— Rose Ferrier, dit Louis. C’est cette canaille d’Honneger qui l’enlève ! »

Une rafale de fusil mitrailleur nous fit courber la tête. Les cris décrûrent dans le lointain. Une auto ronfla.

« Attends un peu, cochon », hurla Michel.

Un ricanement lui répondit. Près de l’incendie, nous vîmes sur la place quelques morts, et un blessé qui rampait. À notre stupéfaction, nous reconnûmes le tailleur. Il était touché aux jarrets par des chevrotines, et nous trouvâmes dans sa poche un chargeur de mitraillette. L’interrogatoire fut rapidement mené. Croyant sauver sa peau, il dévoila les plans d’Honneger, ou du moins ce qu’il en savait. Profitant d’armes perfectionnées et, appuyé par une bande d’environ cinquante gangsters, il comptait s’emparer du village et dicter sa loi à ce monde. Fort heureusement pour nous, son fils, qui désirait Rose depuis longtemps, n’avait pas eu la patience d’attendre et était venu l’enlever, à la tête de douze bandits. Lui, le tailleur, faisait l’espion et devait repartir avec eux. Aidé de Jules Maudru, le grand bistrot, il collait les affiches.

La même nuit, il fut pendu ainsi que son complice, à la branche d’un chêne. Cette affaire nous coûta trois morts et six blessés. Trois jeunes filles, Rose, Michelle Audouy et Jacqueline Presle, la nièce de Marie, avaient disparu. En revanche, cette agression eut pour effet de ranger tout le village et les fermiers derrière nous. Les bandits avaient eu deux morts, en plus de leurs complices pendus. Nous récupérâmes sur le champ de bataille deux mitraillettes, un revolver et une assez grande quantité de munitions. Avant l’aube bleue, le Conseil à l’unanimité, décréta la mise hors-la-loi de Charles et Joachim Honneger, de leurs complices, et la mobilisation de l’armée. De graves événements allaient cependant retarder l’attaque du château.

Au matin, comme l’armée se réunissait, un homme affolé parut, à moto sur la route. Trois jours avant, ce même homme, un cultivateur vivant avec sa femme et ses deux enfants dans une ferme isolée, à cinq kilomètres du village, nous avait signalé qu’une de ses vaches était morte dans des circonstances étranges. Le matin, elle était en parfaite santé et le soir, elle était étendue sur le pâturage, vidée de son sang et même de sa chair. Son cuir portait une dizaine de trous disséminés.

L’homme descendit de moto avec tant de précipitation qu’il roula dans la poussière. Il était livide.

« Des bêtes qui tuent ! Comme des pieuvres volantes, et elles tuent d’un seul coup ! »

Après lui avoir fait prendre un grand verre d’eau-de-vie, nous pûmes avoir des renseignements plus précis.

« Ce matin donc, à l’aube, j’ai fait sortir les vaches. Je voulais nettoyer complètement l’étable. Mon fils Pierre les a menées au pâturage. Parbleu, j’avais bien vu un nuage vert, très haut au-dessus de ma tête, mais je n’y avais pas fait attention. Dame, dans un monde qui a deux soleils et trois lunes, les nuages peuvent bien être verts, que je pensais. Ah bien oui ! Quelles saletés ! Pierre revenait quand tout à coup le nuage vert est tombé. Oui, il est tombé ! Et j’ai vu que c’était une centaine au moins de pieuvres vertes, avec des bras qui s’agitaient ! Elles sont tombées sur les vaches, et les pauvres bêtes ont roulé mortes à terre. J’ai tout de suite crié à Pierre de se cacher. Il n’en a pas eu le temps, le malheureux ! Une des pieuvres a nagé dans l’air, et quand elle a été à trois mètres de lui, elle a lancé comme une langue qui a touché mon Pierre dans le dos, et il est mort ! Alors j’ai enfermé la femme à clé dans la maison, avec mon second fils, et je lui ai crié de ne pas bouger, et j’ai pris la moto. Elles m’ont poursuivi, les saletés, mais j’ai pu leur échapper. Par pitié, venez ! J’ai peur qu’elles rentrent dans la maison ! »

À la description du paysan, nous avions tout de suite reconnu l’animal du marais. Ce qui nous étonnais, c’est qu’il volât. De toute manière, c’était un danger terrible. Je pris avec Michel une conduite intérieure, et nous emportâmes les deux mitraillettes. Vandal, prévenu, s’installa d’autorité sur le siège arrière. Beuvin fit monter un détachement de la garde dans un camion bâché, et nous partîmes.

Deux kilomètres plus loin, nous rencontrâmes la première hydre. C’est le nom que Michel leur donna, et il leur est resté. Elle voletait, poursuivant une brebis. Un coup de fusil à plomb l’abattit. Malgré les supplications du paysan qui voulait qu’on ne s’arrêtât pas, nous fîmes stopper le convoi.

« Il faut connaître ses ennemis avant de les combattre », expliqua Vandal.

L’animal mesurait environ quatre mètres de long et avait la forme d’une outre effilée vers l’arrière, avec une queue puissante et aplatie. À l’avant, six bras creux portaient à leur extrémité une ouverture entourée de dents cornées, qui sécrétait une bave gluante. Il y avait six yeux, à la base des tentacules. Au centre de la couronne formée par ceux-ci, une éminence conique portait un long filament terminé par un tube corné, coupé en oblique comme une aiguille à injection.

« Certainement un appareil à venin, dit Vandal. Je vous conseille de combattre sans sortir du camion, dont les bâches de toile épaisse vous protégeront peut-être. C’est bien le même animal que l’autre jour, mais bien plus gros, et aérien. Comment peuvent-ils voler ? » À la partie supérieure du corps, l’hydre possédait deux gros sacs dégonflés, crevés par les plombs. À l’arrière de la couronne de tentacules, le gros de la charge avait fait un trou à loger le poing, dans la chair verte.

Nous repartîmes. J’avais baissé un peu la vitre de mon côté, pour passer le canon de ma mitraillette. Michel conduisait. Vandal avait pris l’autre arme, et surveillait le côté gauche. Le camion nous suivait. Au détour de la route, à trois mètres de haut, entre les arbres, nous aperçûmes une autre hydre. Elle flottait en l’air, immobile, les tentacules pendants et ondulant faiblement. De saisissement, ma première rafale fut mal ajustée ; l’hydre donna un violent coup de queue, puis fila en zigzaguant, prenant de la hauteur, à grande vitesse: au moins 60 à l’heure ! Nous ne pûmes l’abattre. À six cent mètres de là était la ferme. Une spirale de fumée sortait paisiblement de la cheminée.