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Nous prîmes des photos et rentrâmes. Il était normal que nos trouvailles soient maigres: certains des passagers de l’engin avaient survécu, comme le prouvait l’inscription, et avaient dû emporter tout ce qui pouvait être de quelque utilité. Nous n’avions pas le temps de fouiller l’île. Après l’avoir baptisée « île Mystère », nous partîmes pour celle qui se situait au nord-est. Nous y débarquâmes difficilement et ne pûmes mettre la voiture à terre. La faible partie que nous visitâmes était aride, et peuplée de « vipères », à l’exclusion de toute autre vie, sauf quelques « insectes ». Nous trouvâmes cependant quelques outils Sswis en obsidienne. Plus fructueuse et plus mouvementée fut notre exploration de la pointe sud du continent boréal.

Nous accostâmes au petit matin, dans une crique entourée de hauts rochers fantastiquement découpés. La mise à terre de l’auto fut laborieuse, et le soleil était déjà haut quand je partis avec Michel et Smith. Non sans difficultés, nous parvînmes sur un plateau qui s’étendait à perte de vue à l’est et au nord. Au sud s’élevaient de petites montagnes. Nous nous dirigeâmes vers elles, par la savane coupée de bosquets. Le pays était extrêmement peuplé d’animaux variés: Goliaths, éléphants, formes plus petites, isolés ou par troupeaux. Nous dérangeâmes dans leur sommeil un couple de tigrosaures qui ne nous attaqua pas. Fort heureusement, car notre camionnette n’eût pas résisté au choc.

À trois heures de l’après-midi, comme nous achevions notre repas, une troupe nombreuse parut dans le lointain. Elle se rapprocha, et nous reconnûmes des Sswis de la grande race rouge, la race de Vzlik. Je me rappelai que ce dernier m’avait maintes fois dit que sa tribu venait du sud, s’étant séparée de son peuple, peu de générations auparavant, pour des raisons qui m’étaient restées inconnues. Cette rencontre nous ennuya, car ils nous barraient la route des montagnes, et, avec leur caractère belliqueux, la bataille semblait inévitable si nous avancions. Mais peut-être ne nous avaient-ils pas vus, car ils obliquèrent à gauche et se perdirent à l’horizon. Nous tînmes un rapide conseil de guerre. J’optai pour le retour immédiat, car nous étions déjà loin du Téméraire, et en pays inconnu. Mais Smith et Michel étaient d’avis de pousser en avant, et de ne rentrer que le lendemain. Nous continuâmes donc vers les montagnes, et, à quatre heures, nous étions en vue d’une falaise qui se dressait en avant de la chaîne. Haute d’environ trente mètres, elle nous sembla crénelée. Quand nous en fûmes plus près, nous vîmes qu’elle portait des fortifications faites de tours espacées d’une vingtaine de pas, hautes d’environ dix mètres. Au pied de la falaise, et sur une profondeur de cinq à six cents mètres, pas un arbre, pas un buisson ne se dressait. Entre les tours galopaient des Sswis. Ils semblaient très agités, et, à la jumelle, nous les vîmes nous montrer du doigt. Hésitant, je ralentis.

Soudain, du haut d’une tour, en face de nous, à quatre cents mètres, quelque chose jaillit, long et noir, qui plana dans le ciel et piqua. Avec un sifflement, une gigantesque javeline, qui devait bien peser une trentaine de kilos, se planta en terre à quelques pas de nous. Je freinai, puis, reprenant mon sang-froid, virai et accélérai.

« Zigzague », me cria Michel.

Je me retournai, et vis une dizaine de traits dans le ciel. Ils se piquèrent en vibrant dans le sol tout autour de nous, et je dus donner un violent coup de volant pour en éviter un. La mitrailleuse cracha: Smith était à son affaire ! Il avait été champion de tir de l’aviation américaine. Michel me raconta plus tard qu’en un rien de temps il avait incendié six tours. De cette phase du combat, je ne vis rien. J’étais cramponné au volant, le pied enfonçant l’accélérateur, cahoté sur le sol inégal, la tête rentrée dans les épaules, croyant à chaque instant sentir une javeline se planter dans mon dos. Et, de fait, il s’en fallut de peu ! Comme nous arrivions aux premiers arbres qui limitaient la zone dénudée, il y eut derrière moi un choc violent, un bruit de métal déchiré. Je fis une embardée. Quand, plusieurs minutes après, je passai le volant à Michel, je vis qu’un javelot avait traversé le toit, était passé entre les jambes de Smith et avait terminé sa course la pointe enfouie dans une grosse boîte de corned-beef, la clouant au plancher. La hampe dépassait du toit de deux bons mètres. Sans nous arrêter, nous la sciâmes, et je pus examiner la pointe: elle était triangulaire, barbelée, et en acier !

À la nuit, nous fîmes une courte halte, et, tout en mangeant, discutâmes de notre aventure.

« Il est bizarre, dis-je, que ces Sswis connaissent le métal, et, qui plus est, un acier de bonne trempe ! Il s’agit certainement du peuple dont provient la tribu de Vzlik, ce qui signifie qu’il y a quelques générations seulement, ils en étaient encore à l’âge de pierre. Les Sswis sont fort intelligents, certes, mais une telle rapidité de progrès m’étonne. »

Michel réfléchissait.

« Peut-être est-ce en rapport avec notre découverte dans l’île ?

— Peut-être. Et ils ont des catapultes — ou plutôt des balistes — qui portent à plus de cinq cents mètres !

— En tout cas, dit Smith en anglais, je leur ai démoli au moins six tours.

— Oui. Filons maintenant. Le pays n’est pas sûr ! »

Nous roulâmes toute la nuit. Certes, j’avais déjà vécu sur ce monde des nuits agitées, mais aucune comme celle-là ! Les trois lunes étaient levées, et toute la faune de la planète semblait s’être réunie dans ce coin. Nous dûmes nous frayer un passage à travers des troupeaux d’éléphants attirés par les phares. Puis ce fut un tigrosaure en chasse qui subit notre feu, sans dommages apparents, sauf une frousse certaine, que nous partageâmes largement d’ailleurs. Trois fois des Goliaths nous forcèrent à changer de route, et deux de nos pneus expirèrent sous la morsure de vipères. Cependant, avant le lever du jour nous étions en vue des fusées lancées du Téméraire et, à l’aube, nous étions à bord.

CHAPITRE V

LE DANGER

Quelques jours plus tard, nous arrivâmes à l’embouchure de la Dordogne, sans autre ennui qu’une panne de moteurs qui nous obligea à un jour de voile. Ayant alerté Cobalt par radio, nous ne fûmes pas surpris d’être attendus au confluent de l’Isle par un canot portant Martine, Louis et Vzlik. Ils montèrent à bord, et le canot fut pris en remorque jusqu’à Port-Léon. Il y avait plus d’un mois que nous étions partis. Inutile de dire que je fus heureux de revoir Martine. Bien des fois, au cours du voyage, j’avais cru ne plus revenir.

Louis me tendit le texte du dernier radio reçu de New-Washington. Je le lus avec étonnement et le passai aux Américains. Biraben le leur traduisit. La teneur pouvait en être résumée ainsi: New-Washington s’enfonçait lentement dans la mer, et si le rythme de l’affaissement ne changeait pas, dans six mois au plus l’île aurait totalement disparu. Le gouverneur nous lançait donc un S.O.S.

Le conseil se réunit en présence des Américains. Jeans prit la parole en français: