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— Lidrin, reviens et nous…

Lidrin tourna la tête devant lui et recommença à charger.

— Essayez de rappeler ses hommes ! ordonna le général. Et refermez les brèches dans les rangs de piquiers. Vite ! On ne peut pas…

Les Trollocs relancèrent leur charge. Avec un rire de dément, Lidrin périt dans un geyser de sang. Pas assez nombreux, ses hommes durent s’écarter devant les monstres. Alors que les piquiers resserraient les rangs, des Trollocs les percutèrent. Certains tombèrent… mais pas tous, loin de là.

Les monstres les plus proches braillèrent quand ils virent un trou dans les rangs. Piétinant les dépouilles de leurs frères d’armes, ils se jetèrent à leur tour sur les piquiers.

Avec un juron, le général fit avancer Onde de l’Aube. À la guerre, comme dans une ferme, il fallait parfois ne pas hésiter à patauger dans la gadoue.

Quand il arriva au contact avec les monstres, Ituralde cria à s’en casser les cordes vocales. Ses hommes l’entourèrent, refermant la brèche.

Alors, l’enfer se déchaîna.

Onde de l’Aube renâcla et piaffa tandis que son maître faisait des ravages avec sa lame. Détestant être si près des Créatures des Ténèbres, le destrier, très bien dressé, était un cadeau d’un des hommes de Bashere. D’après ce brave, un général en poste dans les Terres Frontalières devait monter un animal habitué à combattre les Trollocs. Ce bienfaiteur, Ituralde le bénissait…

Le combat dégénérait. Le premier rang de piquiers faiblissait, et les deux autres ne tarderaient pas à l’imiter.

Ituralde entendit Ankaer crier qu’il prenait le commandement et qu’il fallait maintenir la formation. L’officier semblait paniqué. Un très mauvais signe.

Le général exécuta un Héron sur la Souche – une figure d’escrime adaptée à la cavalerie –, égorgeant proprement un Trolloc. Un geyser de sang brunâtre jaillit du cou du monstre, qui s’effondra sur un congénère à tête de sanglier.

Au sommet de la colline, un étendard flottait désormais au vent. Représentant un crâne de bélier, c’était le drapeau des Ghob’lin.

Ituralde poussa son cheval sur la droite, hors de la trajectoire d’un tranchant de hache vicieux. Puis il fit avancer sa monture, et traversa le flanc du Trolloc avec sa lame. Autour de lui, Whelborn et Lehynen, deux de ses meilleurs hommes, avaient péri en défendant son flanc. Que la Lumière carbonise les Trollocs !

La ligne défensive se débandait. Le général et ses gardes étaient trop peu nombreux, et ses autres hommes se repliaient déjà.

Non ! Non !

Très inquiet, Ituralde tenta de s’extraire de la mêlée pour reprendre le commandement. Mais s’il reculait, les Trollocs feraient une percée.

Eh bien, il allait prendre le risque. Après tout, son métier consistait à gérer les problèmes de ce genre.

Mais un trompette sonna la retraite.

Horrifié, Ituralde écouta les notes maudites se répercuter sur tout le champ de bataille. Les sonneurs de cor allaient s’y mettre aussi, à présent. Mais ils n’étaient pas censés intervenir avant qu’il en donne l’ordre ou qu’un membre de sa garde le fasse. C’était trop tôt ! Beaucoup trop tôt !

D’autres trompettes reprirent la sonnerie, mais pas tous. Sans doute parce qu’ils voyaient que c’était prématuré. Hélas, leur réaction aggrava les choses. Une moitié des piquiers se retirèrent, les autres tenant la position.

Autour du général, la ligne défensive explosait sous les coups de boutoir des Trollocs. Un désastre ! Le pire qu’ait connu Ituralde.

Il sentit ses doigts s’engourdir.

Si j’échoue, les Ténèbres dévasteront l’Arad Doman.

Ituralde rugit et lança Onde de l’Aube sur les Trollocs. Ses compagnons survivants le suivirent.

— Helmke et Cutaris, lança le général à deux de ses gardes, rejoignez la cavalerie de Durhem et dites à ces hommes d’attaquer le centre des hordes ennemies dès qu’une ouverture se présentera. Kappre, file donner le même ordre à l’escadron d’Alin. Qu’il fonde sur le flanc est des Trollocs. Sorrentin, va chercher les Asha’man. Je veux qu’ils réduisent en cendres ces monstres.

Tandis que les messagers s’éloignaient, Ituralde fonça vers l’ouest, où la ligne de défense tenait encore. Rejoignant une des deux rangées arrière, il la déplaça pour qu’elle comble une brèche. La manœuvre faillit réussir, n’était que les Blafards attaquèrent à cet instant précis, soutenus par une nuée de Draghkars.

Ituralde en fut réduit à combattre pour sauver sa peau.

Partout, le champ de bataille ne ressemblait plus à rien. Dans la débandade, des Trollocs cherchaient une proie à achever et les Blafards s’efforçaient, à coups de fouet, de les rediriger vers les derniers carrés de piquiers.

Du feu déchira l’air quand les Asha’man s’en prirent enfin aux Trollocs. Mais leurs tissages étaient beaucoup plus faibles qu’avant leur affection. Sous un ciel trop chargé de nuages, des armes s’entrechoquèrent, des hommes crièrent et des bêtes rugirent.

À bout de souffle, Ituralde sentit que la fin approchait. Tous ses compagnons avaient péri. En tout cas, il avait vu tomber Staven et Rett. Qu’était-il advenu des autres ?

Il ne les voyait nulle part. Tant de morts…

Pourquoi cette sueur dans ses yeux ? se demanda le général.

Au moins, on leur aura compliqué la tâche. Résister si longtemps, je n’aurais pas cru ça possible.

Une colonne de fumée montait du nord. Donc, une manœuvre avait bien tourné. Cet Asha’man, Tymoth, avait rempli sa mission. La deuxième batterie d’engins de siège était en feu. Plusieurs officiers avaient jugé « dément » d’éloigner un des Asha’man, mais un homme en noir de plus ou de moins n’aurait rien changé au désastre. En revanche, quand les Trollocs attaqueraient Maradon, l’absence des catapultes modifierait la donne.

Une lance ennemie transperça le flanc d’Onde de l’Aube, qui trébucha. Ituralde n’en étant pas à sa première monture morte sous lui, il savait rouler sur le côté au bon moment. Mais ce coup-ci, il n’était pas assez bien équilibré et il entendit sa jambe se briser lors de l’impact.

Les dents serrées – pas question de mourir allongé sur le dos –, il réussit à s’asseoir. Puis il lâcha son épée – lame gravée du héron ou pas – et récupéra une pique à la hampe brisée qu’il enfonça dans le torse d’un Trolloc.

Un flot de sang noir aspergea le moignon de hampe et les mains d’Ituralde.

Un roulement de tonnerre déchira l’air. Avec ces nuages, ce n’était pas rare, et presque toujours sans rapport avec les éclairs qui en jaillissaient.

Ituralde déplaça sa pique pour écarter le cadavre du Trolloc. À cet instant, un Myrddraal l’aperçut.

Le général reprit son épée, mais il ne se fit pas d’illusions. Ce Blafard serait son bourreau. À lui seul, un de ces monstres pouvait tuer dix hommes. Alors, en affronter un avec une jambe cassée…

Ituralde tenta quand même de se relever. Il n’y parvint pas et retomba en arrière en jurant. Alors que le Blafard chargeait, il leva sa lame, prêt à mourir dignement.

Une dizaine de flèches se plantèrent dans le torse du Blafard. Incrédule, Ituralde le regarda tituber.

Le tonnerre se faisait de plus en plus fort.

Ituralde se releva et découvrit, stupéfié, que des milliers de cavaliers chargeaient les Trollocs et les massacraient.

Le Dragon Réincarné ! Il est venu !

Non, ces hommes luttaient sous l’étendard du Saldaea.

Le général regarda derrière lui. Les portes de Maradon étaient ouvertes, et les survivants épuisés de son armée les franchissaient en claudiquant. Depuis les créneaux, des lances de flammes s’abattaient sur les Trollocs. Les Asha’man avaient pu accéder à une position dominante…