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Des bruits de serrure précédèrent l’ouverture de la porte. Dans le couloir, trois personnes se pressaient, et ce n’étaient pas les gardes qu’Elayne attendait.

Celui qui semblait être le chef avait de courts cheveux noirs, presque inexistants sur les tempes, et une grosse moustache. En pantalon marron et chemise blanche, il portait une sorte de redingote.

Le « secrétaire » de Sylvase ! Derrière lui se tenaient deux femmes – Temaile et Eldrith – membres de l’Ajah Noir. Et unies à la Source.

Par la Lumière !

Elayne dissimula sa surprise, soutint le regard des traîtresses et ne céda pas un pouce de terrain. Si elle pouvait convaincre une sœur noire qu’elle faisait partie des Rejetés, pourquoi pas trois ?

De fait, Temaile écarquilla les yeux et se jeta à genoux, vite imitée par le secrétaire. Eldrith, elle, se révéla plus hésitante.

Le déguisement d’Elayne ? Sa posture ? Sa réaction en voyant les trois nouveaux venus ? Quoi qu’il en soit, Eldrith se montrait dubitative. D’ailleurs, elle commença à canaliser le Pouvoir.

Tout en se maudissant, Elayne prépara des tissages de son cru. Sentant qu’Eldrith voulait la placer sous un bouclier, elle fut plus rapide et en généra un autour de la sœur noire.

Sans le médaillon de Mat, cette riposte n’aurait pas suffi. Là, les flux ennemis disparurent et le bijou devint froid dans la main de la jeune reine.

Ne rencontrant pas d’obstacle, le bouclier d’Elayne coupa Eldrith de la Source. Aussitôt, l’aura du saidar cessa d’envelopper la traîtresse.

— Que fais-tu donc, idiote ? s’écria Chesmal. Tu t’en prends à une Élue. Tu veux notre mort à tous ?

— Ce n’est pas une Élue ! se défendit Eldrith.

Trop tard, Elayne regretta de ne pas l’avoir bâillonnée.

— Elle t’a trompée ! C’est…

Elayne fit taire la sœur noire, mais c’était effectivement trop tard. Temaile, qui avait toujours paru trop délicate pour être une sœur noire, s’unit à la Source et releva la tête. Sur le visage de Chesmal, la colère remplaça la terreur.

Le plus vite possible, Elayne noua le bouclier d’Eldrith, puis entreprit d’en tisser un autre. Mais un flux d’Air la percuta. De nouveau, le médaillon devint froid – que Mat soit loué pour ce prêt si efficace. Du coup, Elayne put aussi placer Chesmal sous un bouclier.

Stupéfiée que ses tissages soient inoffensifs, Temaile regarda la reine déguisée avec de grands yeux.

Moins lent d’esprit, le secrétaire de Sylvase bondit, percuta Elayne de plein fouet et la plaqua contre le mur du fond de la cellule.

L’épaule en feu, la jeune reine sentit que quelque chose avait craqué à l’intérieur. Sa clavicule ?

Les bébés ! pensa-t-elle soudain.

La vision de Min oubliée, Elayne éprouva une terreur comme elle n’en avait jamais ressenti. Si ce choc avait nui aux petits…

Horrifiée, elle cessa de maintenir le portail qui la reliait à sa chambre. Bien entendu, il se dissipa.

— Elle a un ter’angreal défensif ! cria Temaile. Les tissages glissent sur elle.

Pour repousser le secrétaire, Elayne recourut à un poing d’Air. Pendant qu’elle canalisait, l’homme lui saisit la main et tenta de lui ouvrir les doigts, sans doute parce qu’il avait vu briller quelque chose sous eux.

Au moment où le poing d’Air le percutait, le Suppôt referma ses doigts sur le médaillon.

Il vola en arrière, mais sans lâcher le bijou. Elayne rugit, toujours furieuse. Avec un sourire pervers, Temaile l’enveloppa de flux d’Air. Enfin, elle essaya, car Elayne lui opposa une muraille du même Pouvoir.

Les deux tissages se percutèrent, faisant vibrer l’air dans la petite pièce.

Des brins de paille volèrent partout. Malmenées par la pression soudain très forte, les oreilles d’Elayne protestèrent.

Le secrétaire aux cheveux noirs décida qu’il était temps de se défiler – avec le ter’angreal de Mat. Elayne lui projeta dessus un tissage d’Air, mais celui-ci se dissipa.

Son épaule lui faisant un mal de chien, la jeune reine cria de rage. La minuscule cellule était bondée, et Temaile, devant la porte, bloquait involontairement le chemin du secrétaire. Ou agissait-elle délibérément, parce qu’elle désirait s’approprier le médaillon ?

Toujours neutralisées, les deux autres sœurs noires lévitaient à quelques pouces du sol.

À travers son angreal – la figurine aux longs cheveux –, Elayne puisa autant de Pouvoir que possible et propulsa son tissage d’Air avec une puissance qui força celui de Temaile à reculer.

Le choc en retour propulsa la sœur noire en arrière, l’éjectant de la cellule et l’envoyant s’écraser contre le mur du couloir. Même si Temaile semblait sonnée pour le compte, Elayne la plaça elle aussi sous bouclier.

Le secrétaire bondit vers la sortie. Paniquée, Elayne fit la première chose qui lui vint à l’esprit. Crochetant Chesmal avec un flux d’Air, elle la propulsa sur le fuyard.

Les deux s’écroulèrent en tas. Un son métallique indiqua à Elayne que le médaillon, lâché par le Suppôt, avait rebondi sur le sol puis roulé hors de la cellule.

Elayne inspira à fond. Un bras inerte, elle avait mal dans toute la poitrine. Soutenant le membre lésé avec le sain, elle s’accrocha furieusement à la Source.

La douceur du saidar la réconforta. Tissant de l’Air, elle saucissonna Chesmal, le secrétaire et Eldrith, qui tentait d’approcher d’elle en se tortillant.

Après s’être un peu calmée, la jeune reine sortit de la cellule pour aller s’assurer du sort de Temaile. Elle respirait encore, mais ne reprendrait pas conscience vite. Au cas où, Elayne la « ligota » aussi, puis elle ramassa le médaillon, ce simple geste mettant son bras blessé à l’agonie. Une fracture, sans aucun doute…

Le couloir obscur où s’alignaient les portes de quatre autres cellules était désert. Où se trouvaient les gardes et les femmes de la Famille ?

Elayne hésita puis dissipa le tissage qui générait son déguisement. Si des renforts arrivaient, il ne fallait surtout pas qu’on la prenne pour une Rejetée ou un Suppôt.

Enfin, quelqu’un avait bien dû entendre ce boucan. Dans un coin de son esprit, Elayne sentait l’inquiétude de Birgitte. D’ailleurs, la Championne approchait, sûrement consciente que son Aes Sedai était blessée.

Pour un peu, Elayne aurait préféré la douleur, dans son épaule, au sermon que Birgitte allait lui servir. À cette seule idée, elle fit la grimace puis se tourna pour étudier ses prisonniers. Ensuite, il faudrait qu’elle vérifie les autres cellules…

Ses bébés n’auraient rien, bien entendu. Et elle non plus. La douleur l’incitait à dramatiser. En fait, elle n’avait pas vraiment eu peur. Pourtant, il valait mieux…

— Bonjour, ma reine, souffla une voix d’homme à l’oreille d’Elayne, juste avant qu’une onde de douleur lui déchire le flanc.

Elle tituba, sonnée. Alors, une main lui subtilisa le médaillon.

Elayne eut le sentiment que le décor tournait autour d’elle. Sur son flanc, un liquide chaud ruisselait. Elle saignait !

Stupéfiée, elle se coupa de la Source.

Doilin Mellar se tenait dans le couloir, un poignard rouge de sang dans la main droite, et le médaillon dans la gauche. Sur son visage taillé à la serpe, un grand sourire s’affichait. Pourtant vêtu de haillons, il semblait aussi sûr de lui qu’un roi sur son trône.

Elayne voulut s’unir à la Source, mais rien ne se passa. Dans son dos, elle entendit ricaner une femme. Chesmal ! Trop pressée, elle n’avait pas noué le bouclier de la sœur noire, libre de ses mouvements dès qu’elle s’était coupée de la Source. Sans surprise, elle vit que c’était elle, désormais, qu’un bouclier isolait du Pouvoir.